Fatchima et Leyhana, deux femmes battantes unies par le combat pour la dignité
Au Niger, les femmes jouent un rôle primordial dans la gestion des foyers, elles essaient tant bien que mal de contribuer à la prise en charge des familles. Mariées, divorcées ou veuves, elles soutiennent leurs familles. Ces responsabilités incombent traditionnellement à l’homme, désigné comme chef de famille. Si certaines occupent des emplois dans des bureaux, d’autres exercent des activités génératrices de revenus comme le commerce et le travail domestique.
Il était 11 heures lorsque nous arrivons au domicile de Fatchima Ibrahim au quartier Kalley Plateau à Niamey. Dans la cour, une chèvre attachée bêle et des poules gloussent tout en picorant dans le sable. À côté de ces animaux est assise Mme Fatchima. Elle vient de finir la vente de ses galettes de mil, un commerce qu’elle exerce parallèlement à son métier de ‘’ laveuse de marmites ‘’.
Agée de 50 ans, Fatchima est une femme divorcée qui a plusieurs enfants à sa charge. Face à la fuite de responsabilité du père de ses enfants, elle est obligée de se débrouiller pour subvenir à leurs besoins. « J’ai divorcé de mon mari, il y a un an de cela et, depuis lors, mon ex-époux a coupé les vivres à nos enfants. Pour ne pas tomber dans la mendicité, j’ai préféré m’engager dans ces deux activités », confie-t-elle, le regard impuissant.

La chance aidant, Fatchima est très sollicitée lors des cérémonies pour ses services. « Quand je ne suis pas chez mon patron, je vais dans les cérémonies ou je fais le tour des quartiers pour chercher des contrats de lessive à domicile », a-t-elle dit. Fatchima affirme qu’avec ce travail, elle arrive à prendre en charge sa famille. « La seule contrainte qui peut m’empêcher de continuer à exercer cette activité, c’est l’âge. Je ne suis plus jeune, bien que je tienne encore pour une femme de mon âge. Même maintenant, je débute toujours la journée après avoir pris quelques médicaments » a-t-elle indiqué.
Dans le quartier Madina 3 de Niamey, c’est le même combat pour Leyhana, une autre femme qui exerce la même activité. 45 ans, mère de 4 enfants, elle fait la lessive et le nettoyage pour vivre. Elle s’est, en effet, lancée dans cette activité informelle depuis 2016. « Je travaille 5 jours sur 7. Alors, pour ne pas rester oisive, je cherche des contrats de vaisselle dans les cérémonies. Cela me permet non seulement de gagner encore plus d’argent mais aussi d’offrir une meilleure vie à mes enfants sans qu’ils ressentent l’absence de leur père », a-t-elle expliqué.
Leyhana a indiqué qu’elle est assistée dans cette activité par une autre dame qui se bat aussi pour la survie de sa famille. L’équipe de Leyhana offre ses services moyennant 20.000 FCFA voire 30 000 FCFA par contrat qui s’étend de la veille au jour de la cérémonie. « Chacune d’entre nous peut donc avoir 10 000f voire 15 000F », a-t-elle affirmé.
Dans l’exercice de tout métier, il y a des difficultés et le métier de Fatchima et Leyhana n’en est pas exempt. Ces femmes battantes déplorent surtout le comportement de certains clients à leur égard. « Nous sommes là pour rendre propre l’espace après les cérémonies, nous méritons respect et considération. Mais, certaines personnes nous regardent de haut. Par contre, nous avons des clients qui nous traitent très bien comme si on était un membre de leur famille », a relevé Fatchima.
Selon Mme Aichatou, avoir une femme qui s’occupe de nettoyer tout pendant une cérémonie est un soulagement. « Leyhana avait travaillé pour moi comme femme de ménage ; depuis lors, je la contacte pour les contrats de cérémonie dans la famille. C’est une femme respectueuse, infatigable et qui fait toujours bien son travail », a-t-elle dit.
Salima H. Mounkaila (ONEP)
