Un jeune coupeur d’ongles à l’oeuvre dans une rue de Niamey
Sous le soleil ardent, un petit kit à la main et à l’affût du moindre client, les coupeurs d’ongles sillonnent les artères de la ville de Niamey. Ciseaux en main, lime et chiffon en poche, ces jeunes ambulants proposent, à même la rue, un service d’hygiène devenu leur gagne-pain. Si leur présence s’inscrit dans le quotidien des citadins, elle soulève aussi des interrogations sur les conditions d’exercice de cette activité, entre précarité, débrouillardise et risques sanitaires.
La débrouillardise, dans toute son intensité, se perçoit dans les rues de Niamey. Parmi tant d’activités, les coupeurs d’ongles ambulants ne sont pas en reste dans cette course à la survie. En effet, cette activité, prometteuse pour beaucoup de jeunes sans emploi et généralement non scolarisés, reste un recours vital dans la capitale. Cette activité, qui s’inscrit dans le domaine de l’hygiène corporelle, constitue un geste simple mais très important pour la santé. Beaucoup de jeunes s’y investissent dans un pays comme le Niger, où toute forme de travail contribue à lutter contre le chômage.
C’est le cas de Sabiou Mahamadou, un jeune ambitieux et déterminé. Pour lui, cette activité est noble pour des jeunes de leur condition, notamment les sans-emploi. Migrant courageux, il ne lâche rien pour assurer sa survie depuis qu’il a quitté son village pour s’installer à Niamey cette année. « J’ai commencé à exercer cette activité cette année même, ici à Niamey », affirme-t-il.
Ce travail, auquel beaucoup n’accordent pas d’importance, mérite pourtant d’être reconsidéré. Les jeunes migrants comme Sabiou y voient une alternative face au chômage. Bien qu’informel et comportant des difficultés, il présente aussi des périodes plus favorables.
« Dans l’ensemble, ça va, on peut dire Alhamdulillah. C’est surtout pendant la saison des pluies que ça marche mieux car on gagne plus et le climat est plus favorable pour nous, les travailleurs ambulants », explique-t-il.
Cependant, les revenus quotidiens ne répondent pas toujours aux attentes. « Pour les ongles des mains, on nous paie seulement 50 FCFA, et pareil pour les pieds. Le complet fait 100 FCFA. Mais certains clients nous donnent jusqu’à 200 FCFA », témoigne-t-il. « J’arrive à subvenir à mes besoins avec cette activité, mais parfois c’est difficile. Le revenu journalier tourne autour de 3 500 FCFA, et certaines journées, on gagne à peine 2 000 FCFA », ajoute-t-il.
Comme toute activité, ce métier comporte des difficultés. Selon Sabiou, l’un des principaux problèmes concerne le matériel, « les outils de travail sont parfois chers et difficiles à trouver ».
Abdoul Nasser Moussa, un autre jeune originaire de Tahoua, exerce la même activité dans les rues de Niamey pour gagner sa vie. Toutefois, il ne compte pas s’y éterniser. « Pour moi, ce n’est pas un métier permanent. Je le fais en attendant de trouver mieux », affirme-t-il. « Imaginez, le complet (mains et pieds) est à seulement 100 FCFA », se lamente-t-il. Ce travail n’est pas non plus sans risques ni tensions avec les clients. « Les difficultés viennent surtout des clients qui ne comprennent pas les accidents. Dès que l’instrument glisse un peu, certains te grondent, d’autres refusent même de payer. C’est vraiment compliqué parfois », déplore-t-il.
À la croisée de l’hygiène corporelle et de l’économie informelle, cette activité soulève des enjeux sanitaires et sociaux. « Au-delà de leur dimension économique, les coupeurs d’ongles ambulants interviennent directement dans l’hygiène corporelle, un aspect essentiel pour la santé individuelle et collective. La coupe régulière des ongles permet de prévenir l’accumulation de saletés et de microbes susceptibles de provoquer des infections », explique Mahamadou Seyni, usager régulier de ce service. Cependant, exercée dans des conditions souvent informelles, cette activité suscite de réelles préoccupations en matière de sécurité sanitaire. « L’utilisation d’outils parfois non désinfectés, le manque de matériel adapté ou encore l’absence de formation exposent les clients à des risques d’infections cutanées, de plaies mal soignées ou de transmission de maladies », ajoute-t-il.
Les coupeurs d’ongles ambulants occupent ainsi une place discrète mais importante dans le quotidien urbain. Ils répondent à un besoin réel tout en offrant une source de revenus à de nombreux jeunes. Toutefois, leur activité soulève des enjeux majeurs, notamment en matière d’hygiène, de sécurité sanitaire et de reconnaissance. Mieux encadrer ce métier, sans pour autant limiter son accessibilité, permettrait de valoriser ces acteurs de proximité tout en protégeant la santé publique.
Mahamadou Seyni Saley (Stagiaire)
