Commissaire principal de police Ibrahim Kemil
Située dans la partie Nord-Est de la région d’Agadez, à environ 145 km du chef-lieu de ladite région, la commune rurale de Tabelot s’étend sur une superficie de plus de 47 000 km², soit près du tiers du département de Tchirozérine. Elle compte une population estimée à plus de 57 000 habitants en 2024, majoritairement jeune. Avec un environnement sahélo-saharien marqué par un climat semi-aride, des précipitations faibles et irrégulières, ainsi qu’un relief contrasté dominé par des massifs montagneux, des vallées oasiennes et des zones désertiques, la commune rurale de Tabelot est confrontée à des défis liés à l’accès aux services sociaux de base. Dans cette interview, le Commissaire principal de Police Ibrahim Kemil, administrateur délégué de la commune rurale de Tabelot, évoque des opportunités relatives aux orientations de la Refondation et une dynamique de développement qui valorise l’économie locale basée essentiellement sur le maraîchage, l’élevage, le commerce, l’artisanat, les activités minières et, dans une moindre mesure, le tourisme.
Monsieur l’administrateur délégué, à votre prise de fonction, quelles étaient les principales orientations et missions qui vous avaient été assignées par les autorités, et quel diagnostic aviez-vous établi sur la situation générale de la commune à votre arrivée ?
Merci, avant de répondre à votre question, permettez-moi de m’acquitter d’un devoir, celui de remercier le Président de la République, Chef de l’Etat, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, et le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et de l’Administration du Territoire pour la confiance placée en ma modeste personne pour conduire la gestion administrative de commune rurale de Tabélot.
Pour répondre à votre question, il faut dire que, à ma prise de fonction, les orientations fixées par les plus hautes autorités portaient sur des axes essentiels qui sont : le renforcement de l’autorité de l’État, l’amélioration de la gouvernance locale, l’accès aux services sociaux de base et la relance du développement économique.
Pour réussir cette mission noble et exaltante, nous avons d’abord procédé à un diagnostic de la situation générale de la commune. Le diagnostic que nous avons posé a révélé une commune à fort potentiel mais confrontée à des défis structurels importants. La forte croissance démographique, avec plus de 57 000 habitants en 2024, exerce une pression considérable sur les infrastructures existantes, surtout avec l’arrivée massive des migrants internes et internationaux qui travaillent et transitent par la commune.
Nous avons également relevé un déficit important en infrastructures éducatives, sanitaires et hydrauliques, une faible mobilisation des ressources financières locales, ainsi que des contraintes liées à l’enclavement et au contexte sécuritaire.
Aujourd’hui, après deux ans à la tête de la commune de Tabelot, quel bilan global faites-vous ?
Le bilan est globalement satisfaisant au regard du contexte général de notre pays et spécifique de notre collectivité. Ainsi, sur le plan opérationnel, nous avons enregistré un taux de réalisation de 31,8 % des actions prévues dans le Plan d’Investissement Annuel de 2025, et ce taux atteint 53,7 % lorsqu’on intègre les réalisations hors planification initiale.
En ce qui concerne le Plan de Développement Communal 2022-2026 que nous venons de réplanifier, récemment de Décembre 2025 à janvier 2026, pour l’adapter au Programme de Refondation de la République (PRR), avec nos deux ans de service, nous avons atteint environ 47 % de réalisation, soit plus de 4,29 milliards de FCFA mobilisés et investis. Ainsi, nous pouvons dire que ces résultats traduisent une dynamique réelle et une capacité d’adaptation face aux contraintes.
Monsieur l’administrateur délégué, vous venez de souligner que le bilan est globalement satisfaisant, alors concrètement, quelles sont les principales réalisations que vous avez accomplies au profit des populations ?
Les réalisations sont visibles dans plusieurs secteurs, particulièrement dans les secteurs sociaux de base en lien avec les axes 3 et 4 de notre cahier de charge, à savoir : l’accès aux services sociaux de base et la relance du développement économique.
Dans l’éducation, nous avons construit et réhabilité des salles de classe, renforcé le suivi pédagogique et intensifié les actions de sensibilisation pour la scolarisation, notamment des jeunes filles. A titre illustratif, en deux ans, nous avons construit 11 salles de classes équipées, soit une moyenne d’environ une classe tous les deux mois. Nous avons actuellement 5 classes en cours au titre des investissements de l’année 2026. A cela s’ajoute le recrutement de huit (8) contractuels communautaires qui par la suite ont été repris par l’Etat. Alors, nous avons bénéficié de l’Etat la mise à disposition de 20 enseignants contractuels par le Ministère en charge de l’Education Nationale. Il faut aussi mentionner le renforcement de la fréquentation scolaire à travers plusieurs missions de sensibilisation des acteurs éducatifs dont principalement les parents d’élèves. Ces missions nous ont permis de visiter trois fois les écoles de la commune dont une sur le Mont Bagzam. Nous avons spécifiquement entrepris des actions pour rendre obligatoire la présence régulière aux cours des élèves en classe d’examen mais aussi aux examens de fin d’année.
Dans le domaine de la santé, nous avons appuyé les structures existantes et engagé des actions de réhabilitation, même si des efforts restent nécessaires pour les infrastructures majeures. Ainsi, nous disposons actuellement de sept (7) Centres de Santé Intégrés fonctionnels dont six (6) disposant chacun d’une ambulance médicalisée. A notre arrivée, nous avons trouvé douze (12) cases de santé fonctionnelles, aujourd’hui nous disposons de 20 cases de santé, soit un additif de 8 autres rendues fonctionnelles dont une entièrement construite sur fonds propres de la commune. Aussi, tous les agents de santé sont pris en charge par la commune sauf les Majors des sept CSI et certains agents fonctionnaires de l’Etat. Nous avons pu faire fonctionner le laboratoire au CSI de Tabélot dont le laborantin est pris en charge par la commune. Il faut noter que le matériel et les produits nous sont fournis par l’Etat. Nous avons également réussi à mettre en place 4 ambulances en deux ans. Ainsi l’une des ambulances a été achetée sur fonds propres de la commune et les trois autres ont été acquises suite à un important plaidoyer auprès de nos partenaires dont deux offertes par le Groupe SOS et une acquise récemment à travers la Société Tamayorte.
En matière d’hydraulique, plusieurs ouvrages ont été réhabilités, notamment des mini-adductions d’eau potable et des stations pastorales, avec une implication accrue des communautés dans leur gestion.
Sur le plan agricole, les producteurs maraîchers de la commune rurale de Tabélot ont connu une année difficile en 2025. Ils ont été confrontés à la mévente de leurs principaux produits : l’oignon, la tomate, et des fruits. C’est ainsi que la commune a apporté un soutien en semences, l’eau pour irrigation, et en pesticides. Par ailleurs, plusieurs perspectives s’ouvrent à la commune dont l’acquisition et l’aménagement d’un périmètre de 3 ha, pour les jeunes de la commune rurale de Tabelot, à travers un financement de PBF mis en œuvre par l’OIM dans le cadre de son projet : « Adresser et prévenir les facteurs de conflits liés aux trafics, à la consommation de drogue et à la problématique de la gestion des ressources minières à Agadez ».
Sur le plan sécuritaire, la collaboration avec les Forces de défense et de sécurité et l’UNVP a permis d’améliorer la stabilité à travers le partage des renseignements et des patrouilles régulières. Enfin, nous avons renforcé la cohésion sociale et la mobilisation mais aussi l’engagement communautaire, notamment lors des inondations qui ont touché plusieurs localités de la commune en 2024.
Parmi vos engagements initiaux, lesquels ont été réalisés et lesquels restent en cours ?
Comme je l’ai dit en répondant à la précédente question, une bonne partie des engagements a été réalisée, notamment en matière de gouvernance locale, de fonctionnement administratif et d’actions sociales. D’autres engagements sont en cours de mise en œuvre, en particulier les projets d’infrastructures dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’hydraulique.
Cependant, certains objectifs, notamment les investissements structurants comme la construction des nouvelles boutiques dans les marchés ou de centres de santé intégrés, restent à concrétiser en raison de contraintes financières et logistiques, l’enclavement de certaines localités avec des pistes difficiles et montagneuses.
Monsieur l’administrateur délégué, que faut-t-il retenir des progrès enregistrés dans les secteurs prioritaires entre 2023 et 2025 ?
Les efforts engagés commencent à produire des résultats et les progrès sont réels et perceptibles dans tous les domaines. Dans le secteur éducatif, nous constatons une amélioration du suivi pédagogique et une progression de la fréquentation scolaire même si le défi reste le maintien des filles à l’école. Sur le plan sécuritaire, la collaboration entre les populations et les Forces de défense et de sécurité a permis de renforcer la stabilité. Dans les secteurs productifs, notamment l’agriculture et l’élevage, les performances sont encourageantes, avec un taux de réalisation supérieur à 70 %, contribuant ainsi à la résilience économique des populations. Cependant, les investissements dans les services sociaux de base restent encore en deçà des attentes, avec un taux d’exécution d’environ 31,85 % du PIA, ce qui constitue un défi majeur pour les années à venir. Par ailleurs, des initiatives locales contribuent également à dynamiser les activités socio-économiques locales.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans l’exercice de votre mission ?
Les difficultés sont nombreuses ! Malgré les avancées, la commune reste confrontée à plusieurs difficultés majeures. La principale contrainte reste l’insuffisance des ressources financières, avec une forte dépendance vis-à-vis des partenaires. A cela s’ajoutent l’enclavement de la commune, l’immensité du territoire, l’insécurité résiduelle persistante dans la partie Est de la commune, les effets du changement climatique et les catastrophes naturelles comme les inondations.
Nous faisons également face à une forte pression démographique et la migration mais aussi à un déficit important en infrastructures sociales.
Quelles sont vos priorités pour 2026 et quel message adressez-vous aux populations et aux partenaires ?
Nos priorités pour 2026 s’inscrivent dans le cadre du nouveau Plan de Développement Communal (PDC) 2026-2030, structuré autour de quatre axes majeurs de notre cahier de charge. Aussi, nous allons mettre l’accent sur le renforcement des infrastructures sociales, la promotion de l’emploi des jeunes, la résilience face aux changements climatiques et la structuration des activités économiques locales. A cet effet, le PDC 2026-2030 prévoit plus de 400 actions pour un budget global de plus de 9 milliards de FCFA, dont une part importante reste à mobiliser.
Pour ce qui est du message, d’abord, j’appelle les populations à la mobilisation, à la cohésion et à l’engagement citoyen, mais aussi à plus de responsabilité pour accompagner les efforts de développement de la commune. A cet effet, nous allons poursuivre les efforts de sensibilisation au tour des valeurs de l’administration moderne et coutumière pour plus de travail afin de produire de richesses qui profitent au pays.
Mon message aux partenaires, c’est de réitérer notre disponibilité à travailler en synergie pour accompagner durablement le développement de la commune rurale de Tabelot. Ainsi, nous leur demandons de mettre l’accent, dans leurs programmations, sur des actions communautaires dans les domaines de l’agriculture et du pastoralisme, mais aussi la création de l’emploi pour les jeunes et les femmes.
A l’Etat, de renforcer le dispositif sécuritaire existant afin de répondre efficacement aux attentes des populations, avec la création d’un Escadron de la Garde Nationale du Niger au niveau du chef-lieu de la commune rurale de Tabelot.
Interview réalisée par Ali Maman
ONEP-Agadez
