Lors de l’entretien
Le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, Colonel Mahaman Elhadj Ousmane, était, le vendredi 22 mai dans la soirée, sur les ondes de la RTN pour présenter le bilan de son ministère, conformément aux instructions du Président de la République, Chef de l’Etat, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani. Pendant près de trois heures d’échanges avec des journalistes, le ministre est revenu sur les actions accomplies par son ministère ainsi que sur les perspectives, notamment avec l’intensification du Programme Grande Irrigation.
Le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage a rappelé que les différents gouvernements qui se sont succédés au Niger ont tous élaboré et mis en œuvre des politiques et stratégies visant à rendre le secteur rural plus performant. Malgré les ressources investies dans le secteur agro-pastoral de l’indépendance à 2023, se désole-t-il, le Niger continue à connaître des crises alimentaires répétées, une malnutrition chronique et une paupérisation du monde rural dont l’économie repose essentiellement sur l’agriculture, l’élevage et l’exploitation des produits forestiers. « Avec l’avènement du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), les nouvelles orientations définies dans le livre vision du Président mettent l’accent sur la nécessité de la prise en charge endogène du développement socioéconomique du pays », indique le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage. Cette nouvelle vision, poursuit-il, a redéfini les relations entre le Niger et ses partenaires, assorti de l’élaboration du Programme de Refondation de la République (PRR) dont l’axe 3 « le développement des bases de production pour la souveraineté économique » prend en compte l’atteinte de la souveraineté alimentaire.
Colonel Mahaman Elhadj Ousmane affirme que l’Agriculture et l’élevage bénéficient d’une attention particulière des autorités actuelles. « Pour 2025, la programmation financière totale pour l’agriculture est de l’ordre de 75 milliards de FCFA. Les réalisations financières sont de l’ordre de 65 milliards, soit 86%. Cependant, il est à noter que d’autres financements sont également assurés dans les autres départements ministériels », relève-t-il. Ces investissements conjugués ont permis d’enregistrer une production excédentaire pour la campagne agricole 2025 avec une production totale nette est de 5 725 252 tonnes entre la campagne pluviale et la campagne irriguée pour un besoin national de 4 854 451 tonnes. Sur le plan pastoral, le disponible fourrager net est de 35 409 326 tonnes de matière sèche (TMS) pour un besoin estimé à 38 157 105 TMS, soit un déficit de 2 747 781 TMS, avec un besoin de 20 000 tonnes d’aliments pour bétail déjà identifié et couvert à 95 %. En matière de santé animale, la campagne de vaccination 2024-2025 a permis de vacciner 7 355 207 bovins (47,84 %), 17 295 379 petits ruminants contre la PPR (65,76 %) et 208 297 camelins contre la pasteurellose (40,28 %), poursuit-il. Ces actions combinées, se réjouit Colonel Mahaman Elhadj Ousmane, ont favorisé une baisse globale des prix des denrées alimentaires.
Afin d’assurer un développement durable de l’élevage, les autorités ont adopté une stratégie qui permet d’augmenter la productivité animale, valoriser le potentiel pastoral et réduire les importations de produits laitiers, a déclaré le ministre. Cette stratégie a permis de créer en 2025 un Centre National d’Amélioration de la Production Animale, d’installer un générateur d’azote liquide pour la conservation des semences animales, de mettre en place deux unités pilotes d’insémination artificielle à Gaya et Konni, de finaliser l’abattoir frigorifique moderne de Maradi, de réaliser sept stations de pompage pastorales et trente-sept puits cimentés pastoraux et de valoriser les produits pastoraux via des centres modernes de transformation de la viande à Niamey, Madaoua, Tahoua et Zinder, et six centres de collecte de lait. La stratégie a également permis de la construction de vingt-six postes vétérinaires et cent-un parcs de vaccination, le développement des cultures fourragères dans les CSMB, la vaccination annuelle du cheptel. Au cours de l’année 2026, le LABOCEL sera réhabilité pour le mettre aux normes.
Forte potentialité du secteur de l’agriculture et de l’élevage malgré la persistance des défis
La première force du secteur de l’agriculture et de l’élevage, est la volonté politique des autorités, au sommet de l’Etat, de faire de ce secteur le fer de lance du développement du pays. « Les plus hautes autorités du pays accordent une priorité stratégique à la souveraineté alimentaire, la grande irrigation, la mécanisation agricole, la modernisation des exploitations, la transformation locale des produits agricoles », indique Colonel Mahaman Elhadj Ousmane. Avec une population possédant une longue tradition agropastorale et des mouvements coopératifs opérationnels et capables de s’adapter, en plus d’une population largement jeune dont plus de 80% vit directement ou indirectement de l’agriculture, le Niger dispose d’atouts majeurs pour développer ce secteur conformément à la vision de souveraineté et de refondation prônée par les autorités. Entre autres atouts, le pays dispose également de plusieurs dizaines de terres arables, 40 millions d’hectares de terres pastorales, 2 630 milliards de m³ d’eau souterraine et de surface, ainsi qu’un climat favorable avec des filières porteuses et un cheptel estimé à 62 millions de têtes, avec une forte présence de petits ruminants.
Cependant, ajoute le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, le pays souffre d’une agriculture majoritairement dépendante à la pluie avec pour conséquences une faible maitrise de l’eau à -peine 1% des terres irrigables sont exploitées- et une faible mécanisation du secteur couplée à des difficultés d’accès aux intrants. La persistance des maladies animales, la récurrence du déficit fourrager, la réduction des espaces pastoraux, l’insuffisance des points d’eau, ainsi que l’insécurité et la pression démographique contribuent à perturber les activités agro-pastorales et les activités économiques rurales, avec souvent des déplacements des populations.
Investir dans la souveraineté alimentaire
Dans le contexte actuel de Refondation, a expliqué Colonel Mahaman Elhadj Ousmane, l’agriculture vise spécifiquement l’atteinte de la souveraineté alimentaire à travers l’exploitation de toutes les potentialités dont dispose le Niger. « Pour ce faire en sus des cultures pluviales, nous avons élaboré et mis en œuvre le Programme Grande Irrigation », notamment à travers le programme de développement des productions végétales et celui de développement des productions animales, a expliqué le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage. Le PGI est à la fois un programme agricole et pastoral dont l’objectif global est de contribuer à l’augmentation des productions agrosylvopastorales par le développement de la grande irrigation.
Le Programme Grande Irrigation vise la mise en valeur de 39 700 ha de périmètres irrigués avec deux campagnes par an, la production d’au moins 481 500 tonnes de riz paddy à l’horizon 2027 et la réduction significative des importations de riz et des autres céréales comme le blé et le maïs. Après deux ans de mise en œuvre, se félicite le ministre, ce programme permis d’aménager et de réhabiliter 2 736 ha de périmètres irrigués, de mettre en valeur 17 359 ha en AHA et de produire de 208 666 tonnes de riz en 2026. Grâce au PGI, relève-t-il, 55 000 sacs de riz de 25 kg et 6 000 sacs de son ont été achetés et revendus à un prix subventionné au profit de la population, ce qui a fait passer la consommation moyenne de 20,4 kg/hbt/an en 2018, à plus de 35,64 Kg/hbt/ans en 2025.
« Il faut noter que la lettre de mission à nous confiée comporte explicitement le développement d’initiatives visant à promouvoir une agriculture orientée vers le marché en diversifiant les cultures à haute valeur commerciale et nutritionnelle », a laissé entendre le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage lors de présentation de son bilan. Dans ce cadre, les directions des filières (végétales et animales) ont été renforcées dans l’organisation du ministère pour prendre en compte la promotion des cultures à haute valeur commerciale et nutritive.
En plus de l’oignon, que le Niger exporte en grande quantité, les autorités investissent aussi dans des spéculations comme le blé, le maïs, le niébé, le sésame, le souchet, l’arachide la tomate et le poivron qui se positionnent comme des produits à haute valeur commerciale et nutritionnelle. La viande, le lait, les cuirs et peaux sont également prioritaires du fait de leur fort potentiel à l’exportation.
En ce qui concerne la pomme de terre, le Niger reste fortement dépendant des importations de semences, avec des besoins annuels de 6 à 8 000 tonnes, générant des dépenses de plusieurs milliards de FCFA. Pour remédier cette vulnérabilité, se félicite le ministre, le département de l’Agriculture et de l’Elevage, à travers l’INRAN et la Direction générale de l’agriculture, met en œuvre un projet de production des semences sous serre sur le mont Bagzan. « D’ici quatre ans, ce projet permettra de réduire de moitié les importations de semences et de diminuer les coûts d’acquisition des semences d’au moins 25% », affirme-t-il.
Des perspectives heureuses pour un Niger souverain
Pour transformer le secteur de l’agriculture et de l’élevage, le Niger ambitionne de mieux exploiter son potentiel agricole en développant l’irrigation et les chaines de valeur locales, améliorer la productivité grâce à des semences et des intrants adaptés et accessibles, en plus de la mécanisation, satisfaire les besoins alimentaires des populations et du bétail, développer l’entrepreneuriat agricole pour la création d’emplois, surtout pour les femmes et les jeunes, promouvoir les industries agroalimentaires par la création d’unités de transformation, de conservation et de commercialisation) et renforcer les mécanismes de financement.
En perspective, souligne Colonel Mahaman Elhadj Ousmane, le ministère entend poursuivre la mise en œuvre du Programme Grande Irrigation. Il travaille aussi sur l’élaboration d’une stratégie de mécanisation agricole, le développement des pôles agro-industriels, le développement de l’élevage par la création du Centre National d’Amélioration Génétique du cheptel et la promotion du secteur privé agricole. Déjà, deux programmes structurants sont en cours d’élaboration pour développer le sous-secteur élevage, annonce le ministre. Il s’agit du Programme de développement durable des chaines de valeur lait, viande et aviculture et du 3è volet du Projet de l’irrigation pour la sécurité alimentaire, en plus de l’élaboration imminente d’une stratégie nationale de mobilisation des eaux.
Dans l’espace de la confédération AES, les perspectives du secteur de l’agriculture et de l’élevage tournent autour de quatre propositions que sont la mise en place d’un dispositif confédéral de production et distribution de semences améliorées en quantité suffisante, le renforcement de la surveillance épidémiologique animale concertée, l’adoption des textes pour créer une réserve confédérale de souveraineté alimentaire incluant une fonction de régulation et un système confédéral d’information sur les marchés agricoles et l’élaboration d’un vaste programme intégré de protection de l’environnement et de gestion des ressources en eau, combinant grandes retenues d’eau, transferts d’eau pour l’irrigation et modification artificielle du temps (ensemencement des nuages).
« Le Niger traverse des défis importants, mais notre peuple a toujours démontré une capacité exceptionnelle de résilience. Nos producteurs, nos éleveurs, nos femmes rurales, nos jeunes agriculteurs continuent de travailler avec courage, malgré les difficultés climatiques, sécuritaires et économiques », déclare le ministre de l’agriculture et de l’élevage, après avoir annoncé des concertations avec le ministère de la Fonction Publique et celui des Finances pour adresser le déficit criard de personnel qui entrave les actions de son département ministériel. « Notre responsabilité collective est de transformer cette résilience en puissance productive, en souveraineté alimentaire et en prospérité nationale avec la vision des plus hautes autorités de notre pays, l’engagement des cadres techniques, le soutien des FDS et la détermination du peuple nigérien, nous avons la conviction que le secteur agricole et pastoral de demain serait plus fort, plus moderne et souverain », rassure le ministre Mahaman Elhadj Ousmane.
Colonel Mahaman Elhadj Ousmane a rendu, à la fin de sa présentation, un hommage appuyé à ‘’la résilience exemplaire’’ du peuple nigérien, à l’engagement constant des producteurs, éleveurs, cadres, techniciens et agents du ministère, ainsi qu’à la vision et au soutien des plus haute autorité du pays. « Nous poursuivrons avec responsabilité les efforts engagés pour garantir la souveraineté alimentaire, valoriser nos ressources et offrir un avenir meilleur aux générations futures », dit-il, tout en se réjouissant du choix assumé du pays de poursuivre sa marche souveraine vers son développement sécuritaire et économique, malgré les contraintes climatiques qui se dressent devant lui.
Souleymane Yahaya (ONEP)



