M. Abdoul Fata Adamou Mani
Le Niger, tout comme de nombreux pays à travers le monde, est confronté au phénomène de la cybercriminalité. Ce phénomène n’épargne ni les particuliers ni les institutions. Il prend d’ailleurs de plus en plus d’ampleur ces dernières années. Les plaintes faisant cas d’escroqueries et de fraudes par voie numérique se multiplient au niveau des autorités judiciaires. Le Forum sur la Gouvernance de l’Internet (IGF), conscient de l’ampleur du phénomène, l’a abordé au cours de sa deuxième édition, tenue du 23 au 24 avril 2026, où un panel a été consacré au thème de la cybersécurité.
Le panel, présenté par M. Abdoul Fata Adamou Mani, ingénieur des travaux informatiques et expert certifié en cybersécurité, avait pour objectif d’acculturer les participants aux enjeux liés à la cybersécurité et de les inciter à adopter des comportements vigilants. Il a passé en revue la notion de cybersécurité, les cadres juridiques en vigueur à l’échelle nationale et internationale, ainsi que la stratégie prévue par le Niger pour sécuriser son espace numérique. Véritable garde-fou sécuritaire pour les systèmes numériques, la cybersécurité est considérée comme l’ensemble des pratiques, technologies et processus visant à protéger les systèmes informatiques, les réseaux et les données contre toute attaque, tout accès non autorisé, dommage ou interruption. Afin de réussir cette ambition de protection, des réglementations ont été adoptées à l’échelle internationale.
Il s’agit notamment de la Convention de Budapest, réglementation internationale de référence en matière de cybersécurité visant à harmoniser les lois nationales dans ce domaine, que le Niger a ratifiée en 2020. Ensuite, la Convention de Malabo, convention de l’Union africaine, sert de cadre de référence aux pays africains afin de s’aligner sur la dynamique internationale en matière de cybersécurité. Au niveau de la Confédération de l’AES, la réglementation se base sur une feuille de route commune visant à harmoniser les actions menées face aux risques cyber dans les trois pays, tout en les alignant sur celles de l’Union africaine.
À l’échelle nationale, le présentateur a relevé plusieurs textes et mesures, tant juridiques qu’institutionnels, qui réglementent la cybersécurité. Parmi ceux-ci, il a cité la loi sur la cybercriminalité, la loi sur la protection des données à caractère personnel et la loi sur les communications électroniques. Outre le ministère en charge du secteur, organe chargé du pilotage de la politique nationale du numérique, plusieurs institutions publiques gèrent certains volets. Il s’agit, entre autres, de l’Agence Nationale pour la Société de l’Information (ANSI), de l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste (ARCEP), ainsi que des structures privées.
Enjeux et pertinence d’un secteur numérique sécurisé
Au regard des nombreux préjudices qu’elle cause à ses victimes, la cybersécurité présente sans doute de nombreux avantages. Dans son exposé, M. Abdoul Fata Adamou Mani en a présenté plusieurs. La cybersécurité permet de protéger les données sensibles, d’assurer la continuité des services dans les institutions, de lutter contre la cybercriminalité et de garantir une souveraineté numérique.
Stratégie de sécurisation du numérique à l’horizon 2023-2027
Pour disposer d’un espace numérique résilient et favorable au développement économique et social, le Niger s’est doté d’une Stratégie Nationale de Cybersécurité qui lui servira de tremplin. Cette stratégie s’articule autour de quatre axes. Le premier axe vise le renforcement du cadre législatif, réglementaire et institutionnel en matière de cybersécurité. « Ce premier axe, le Niger s’en est doté », a assuré le conférencier. « Il n’y a pas de problème de cadre juridique ni de cadre institutionnel », a-t-il ajouté.
Le deuxième axe, considéré comme le plus stratégique par le spécialiste, vise le renforcement des compétences nationales et de la culture en matière de cybersécurité. Il est également en passe d’être réalisé, a souligné le conférencier. Cela se traduit, selon lui, par les rencontres d’échanges sur le domaine, les différentes écoles de formation implantées dans le pays et les institutions d’accompagnement.
Le troisième axe stratégique est consacré au renforcement de la coopération nationale et internationale. Il met l’accent sur la coopération entre les différents acteurs de la chaîne du numérique et sur le partage d’expériences. Le quatrième axe stratégique se focalise sur le renforcement de la protection des infrastructures sensibles et critiques nationales. L’organe chargé de la mise en œuvre de cette stratégie sera le CNAC, qui a pour mission, en collaboration avec les parties prenantes, de coordonner et de mettre en œuvre les actions définies dans la stratégie nationale. À ce titre, il est chargé de lutter contre la cybercriminalité, de mener une veille numérique, de répondre aux incidents et aux alertes, et d’assurer la coordination nationale et transfrontalière en matière de cybersécurité.
Bachir Djibo (ONEP)
