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Véritable poumon économique et source de vie, pour son importance particulièrement dans l’agriculture, l’élevage, la pêche, le transport, le commerce, le fleuve Niger fait malheureusement face à des menaces dont l’ensablement. Une situation qui inquiète les populations dont la vie est liée aux ressources de ce cours d’eau qui parcourt plusieurs pays.
À Niamey, sur la rive gauche du fleuve, les espaces sablonneux attirent l’attention dès le premier coup d’œil. Le bord du fleuve ne ressemble plus à une rive, mais plutôt à un chantier abandonné. Des bouteilles, des sandales et des sachets en plastique sont visibles partout. Des jeunes qui barbotent dans l’eau boueuse sourient comme s’ils jouent dans une piscine. Penché dans l’eau depuis plus de deux heures, Amadou Ali exerce son métier de blanchisseur malgré la couleur boueuse de l’eau. L’homme âgé frotte avec force les habits sur une sorte de rocher. « J’ai plus de 15 ans de carrière dans ce métier. Je quitte chaque matin le quartier Boukoki pour venir ici et c’est devenu une habitude pour moi. Mais les temps ont changé, l’eau n’est plus comme avant. Maintenant, on lave les habits dans l’eau boueuse et on prend nos seaux pour aller chercher l’eau du robinet au niveau des maisons riveraines pour rincer les habits. C’est trop pénible », a-t-il déploré.
Pirogue attachée au bord du fleuve, en attente du moment opportun pour pêcher, Boubacar Mahamadou observe le fleuve : « J’ai peur pour l’avenir des poissons dans ce fleuve ». Secouant sa tête, ce pêcheur ajoute que le fleuve n’est plus profond et que les poisson ont besoin d’un endroit pour se regrouper. « Avant, on pêchait de grandes quantités de poisson à cet endroit, mais, aujourd’hui, on ne peut avoir même un quart de ces prises. Nous sommes obligés des fois d’aller au milieu du fleuve pour capturer les poissons. Ce qui n’est pas normal car nous avons franchi un endroit qui ne nous est pas dédié », a-t-il dit.
Il explique les causes du retrait progressif du fleuve. « Ce n’est pas la première fois qu’on vient nous interviewer sur ce phénomène mais toujours pas de réaction. On doit creuser le fleuve pour qu’il y ait plus de poisson et pour que l’eau soit permanente. Il y a de rares fois où les gros porteurs viennent enlever le sable qu’ils partent vendre en ville », a-t-il souligné.
Du côté des riverains de la rive droite, l’ensablement du fleuve freine les activités de culture de contre-saison. Les terrains s’inondent et certaines cultures ne supportent pas beaucoup d’eau. « Le fleuve est vaste, mais faute d’entretien, on est toujours inondé. A un moment, c’est cette inondation qui fait que certains produits comme le moringa deviennent chers », explique Fayçal Ibrahim, un riverain.
Le fleuve Niger constitue une ressource qui nourrit le Sahel. Mais, aujourd’hui, le sable est entrain de l’étouffer ; sans réaction, la situation pourrait avoir de graves conséquences un jour.
Salima H. Mounkaila (ONEP)
