Le marché hebdomadaire de N’Gonga rassemble chaque semaine des centaines d’éleveurs, commerçants et acheteurs dans une ambiance d’intenses échanges
Dans la commune de N’Gonga, localité située à environ 8 kilomètres de Margou Bené, sur la RN1 menant à Dosso, le samedi est un jour spécial de contact entre populations, de retrouvailles entre amis et connaissances, de rencontre entre des partenaires d’affaires, entre éleveurs, négociants et acheteurs venus parfois de contrées lointaines pour commercer dans ce marché à bétail. Ici, c’est la chaleur humaine qui accueille d’abord vendeurs, acheteurs et simples visiteurs venus profiter de l’ambiance bon-enfant qui règne dans ce marché de renom.
Dès la veille, en fin d’après-midi, un ballet incessant d’animaux conduits par des pasteurs s’observe depuis la terrasse de la mairie. Les cris stridents qui accompagnent le cheptel destiné à la vente dans le marché hebdomadaire de N’Gonga continuent toute la nuit avec l’arrivée progressive des vendeurs de bétail qui sillonnent les marchés du département de Boboye et ses environs, mais aussi pour se procurer de nouvelles ‘’têtes’’ quand l’occasion se présente.

Ce n’est pas seulement ce beau spectacle qui attire l’attention du visiteur ! Dans un vrombissement continu qui démarre également en fin d’après-midi de la veille du jour du marché, et qui s’accélère tôt le matin du samedi, des véhicules de transports de marchandises communément appelés ‘’Dogon Baro’’ offre un visage de résilience et d’espoir, avec à leur bord marchandises, bétail et villageois soigneusement chargés pour parcourir les pistes rurales à la conquête des marchés ruraux.
A 9h00, le marché de N’Gonga accueille ses premiers arrivants alors que vendeurs, acheteurs et bétail continuent d’affluer sur le site, avec une prédilection pour les gros ruminants. Au milieu de la foule, un homme debout près des taureaux attire l’attention. Il s’agit de Moumouni Garba, un intermédiaire de vente dans le négoce de gros ruminants qui enchaîne les ventes sans jamais se détourner de son objectif : engranger le maximum de sous dans les quatre premières heures de marchés qui sont les plus intenses.
Un intermédiaire, nous confie que ce quinquagénaire est une personne qui se positionne entre le vendeur et l’acheteur et garantit l’acte de vente et d’achat jusqu’à son terme, une sorte de notaire ou d’huissier de justice traditionnel dans le marché rural. « En cas de conclusion d’une vente, il compte l’argent avant de le remettre au vendeur, puis se fait payer ses frais de prestation par l’acheteur », explique-t-il. Cette démarche protège les acheteurs qui s’assurent ainsi que l’animal acheté n’est pas volé.
Un modèle d’organisation résilient
‘’Show-show’’, comme il est affectueusement appelé dans le marché à cause de sa technique redoutable de conclure rapidement une vente ou de mettre un terme à une négociation, affirme que le marché est encore abordable. Ses prestations semblent lui donner raison car les gros ruminants s’arrachent à des prix qui varient entre 175 000f à 300 000 F pour les veaux, et 700 000f à 1 350 000F pour les taureaux bien engraissés. « Je gagne entre 15 000 F et 30 000 F par jour de marché. Même si c’est rare. Mais il y a aussi des jours où on ne gagne rien », affirme-t-il.

Ce gain aléatoire est issu de sa part sur les frais d’intermédiation qui sont 2 500F par vente conclue. La somme récupérée sur chaque opération est divisée en deux, avec 1 500F pour l’intermédiaire et 1 000 F pour l’autorité coutumière locale. Ce système innovant qui trouve ses racines dans les cultures locales contribue à améliorer le climat des affaires en mettant l’acheteur en confiance.
Du côté des vendeurs d’ovins et de caprins aussi on se frotte les mains. Le marché connaît depuis quelques années un boom spectaculaire, avec un impact limité de la décision de suspension des exportations du bétail sur sa fréquentation et sur les vendeurs. Depuis le début de l’année, affirme Amadou Abdoulaye, un intermédiaire, les prix de vente du mouton connaissent une tendance haussière, pour le grand bonheur des éleveurs.
Les prix du mouton tournent entre 125 000 F et 200 000 F CFA sur le marché en ce samedi 18 avril 2026 à N’Gonga. Le bélier qui était vendu avant à 150 000 F est cédé aujourd’hui à 175 000 F voire plus. « Si tu engraisses bien ton sujet et que tu l’amènes dans le marché, c’est normal que tu en tires un bon prix à la hauteur de ton travail. Mais, si ton embouche n’a pas été à la hauteur, alors c’est difficile pour toi d’avoir un bon prix », fait remarquer Amadou Abdoulaye. Avec des frais de service de 500 F sur chaque sujet vendu, cet intermédiaire tire son épingle du jeu avec la multiplication des ventes d’ovins.
Maintenir la dynamique pour occuper la jeunesse et les femmes
Dans un contexte sécuritaire tendu dans le Boboye, le dynamisme du marché hebdomadaire de bétail de N’Gonga joue un rôle prépondérant dans la lutte contre le désœuvrement de la jeunesse locale et contre l’exode des bras valides. L’espoir d’un lendemain meilleur qu’offre le marché à la population locale permet de souder le noyau familial, renforcer le brassage et la cohésion entre communautés et maintenir les plus jeunes dans leurs villages.

Habibou Issa, engagé dans le secteur dédié aux ovins, explique sous le contrôle de son jeune ami que beaucoup de leurs camarades ne partent plus en exode. Comme lui et son ami qui passent la journée à sillonner le marché pour acheter et vendre sur place, de plus en plus de jeunes s’investissent dans le commerce de bétail, en plus du maraîchage qui prédomine dans la zone. « Nous nous confrontons rarement à des problèmes dans ce marché. Avant la décision de l’Etat de suspendre les exportations, il y’a un jeune qui remplit des camions pour les envoyer en Côte d’ivoire pour les revendre. Il est toujours un modèle pour nous », dit-il.
Un peu plus loin, assise sous un petit hangar improvisé, Khadidja Abdoulaye prépare plusieurs mélanges de son de blé dilué dans de l’eau. Cette boisson est très appréciée par le bétail, surtout en ces temps d’extrême chaleur. De plus, une fois abreuvés, l’embonpoint des sujets se trouve amélioré et apporte un point positif dans les négociations. « Nous achetons le sac de son de blé à 12 000F CFA et nous vendons par Tiya, la mesure traditionnelle, aux propriétaires d’animaux à 350 F ou 400 F CFA la mesure. L’eau se vend séparément aussi pour abreuver les animaux », explique-t-elle.
Malgré le fait que quelques clients quittent sans payer, profitant de la couverture de la foule, Khadidja Abdoulaye arrive à faire plus de 20.000F de recettes en moyenne. « Nous avons eu des parcelles, construit des maisons et acquis du bétail dans ce métier. De plus, nous continuons d’assurer le bien-être de nos enfants grâce à cette activité », dit-elle fièrement. Même si elle et ses camarades sont exemptés de taxes pour l’espace occupé dans le marché, elle demande à l’Etat de faciliter l’accès au son de blé à travers des tarifs préférentiels, à l’image de ce qui est fait pour les céréales. Cela permettra de lutter contre l’inflation, renchérit-elle.
Le COGES se réjouit des travaux annoncés d’extension du marché
Le président du Comité de gestion du marché, M. Tchimba Illiassou, explique que plusieurs taxes sont perçues dans le marché de bétail de N’Gonga. « Il y a la taxe de présentation qui est de 100F pour les bovins et 50F pour les ovins et caprins. Elle est payée pour chaque sujet qui arrive dans le marché. Il y a aussi la taxe d’identification qui est de 500F CFA pour les bovins et 200F pour les ovins et caprins. Elle est payée par le vendeur pour tout sujet vendu », énumère-t-il.
Pour mettre la municipalité dans ses droits, quinze percepteurs appuyés par des agents de la mairie et des contrôleurs qui sillonnent incognito le marché, travaillent d’arrache-pied toute la journée, avec des résultats salués par le président du COGES. « Notre travail se passe bien. Très rarement nous remontons les problèmes à un niveau supérieur. Tous les petits problèmes sont gérés par nous-mêmes », indique-t-il avant de se féliciter de la rareté des conflits avec les éleveurs grâce à la tenue de plusieurs séances de sensibilisation.
M. Tchimba Illiassou demande aux intermédiaires de travailler selon les règles édictées par l’autorité pour éviter des problèmes potentiels. « Si la taxe d’identification est payée, alors la mairie les couvre même si la vente devient litigieuse par la suite. Mais sans le reçu faisant foi du paiement de cette taxe, la mairie n’intervient pas, il en est de même de l’autorité coutumière », prévient-il. Le précieux sésame délivré par le percepteur, insiste-t-il, fait foi de la légalité de la transaction et protège l’intermédiaire contre des poursuites éventuelles.

Le président du Comité de gestion estime qu’avec l’agrandissement annoncé du marché de bétail de N’Gonga, beaucoup de problèmes seront résolus. « Les intermédiaires n’auront plus à se disputer des places à cause de l’exiguïté du marché. Car, chaque intermédiaire a une place délimitée pour exercer son activité et disposera de plus d’espace », précise-t-il. Il relève que depuis l’avènement des nouvelles autorités, la taxe annuelle de 5 000F CFA payée par les intermédiaires est entièrement prise en charge par le chef de village. Pour accompagner le dynamisme du marché, Moumouni Garba dit ‘’Show-Show’’ plaide en faveur du rehaussement des frais de service payés aux intermédiaires. « Nous sollicitons que ces frais soient portés à 5 000F CFA, comme ça se fait dans les autres marchés du Boboye. Seule l’autorité coutumière a ce pouvoir de revoir à la hausse les frais car, nous sommes considérés comme travaillant pour lui », indique-t-il. Ce qui permettra de compenser le stress permanent que vivent les intermédiaires qui doivent s’assurer de la légalité de chaque opération de vente.
Un poumon économique qui booste le développement global de la commune
La magie du marché à bétail s’opère également hors du site aménagé. Dans ses alentours immédiats, un marché florissant de vente de céréales et de son de blé, de viande cuite ou grillée au feu de bois, de légumes et condiments, de textile ainsi que de divers articles aratoires et réparation des cases et greniers à céréales accompagne les habitants de la commune et les visiteurs. L’explosion des couleurs dans ce marché semi-viabilisé contraste avec la ferveur et les brouhahas qui remontent depuis la position des négociants à bétail installés une centaine de mètre plus loin.
Le vieux Souley est un habitué des jours de marché à N’Gonga. Ce natif de la commune se spécialise dans la vente de céréales et, la tendance l’oblige, de son de blé et des feuilles d’acacia très appréciées par les petits ruminants. Débout au milieu de ses sacs empilés sur les uns sur les autres à l’ombre des grands neems qui longent la voie principale, il enchaine les ventes sans perdre de temps. Car ici, beaucoup de commerçant n’exercent que le jour du marché, chaque samedi, du lever du soleil jusqu’en fin d’après-midi.
Pour ce commerçant expérimenté qui récupère et revends les stocks de certaines personnes qui ne pouvaient pas être surplace, le marché offre beaucoup davantage pour prospérer. Il explique que la mesure incitative de la mairie qui consiste à ne pas harceler les usagers avec des taxes, surtout pendant les jours moroses, poussent beaucoup de débrouillards à choisir N’Gonga pour commercer. Ce qui contribue à réduire l’exode dans les communes avoisinantes aussi.

Non loin du vieux Souley, Soumana Hassane, vendeur de bottes de mil originaire du village de Karnaré salue également cette stratégie incitative des autorités communales. Il précise que juste après les récoltes, la mairie prélevait régulièrement les taxes sur ses bottes vendues. Mais depuis que le marché est au ralenti, les agents municipaux leur laissent commercer librement. Le seul problème qui pèse sur son commerce, soupire-t-il, demeure l’absence de magasin de stockage de ses bottes invendues. Chez les particuliers, le stockage coûte cher, soupire-t-il de nouveau. C’est pourquoi, il plaide auprès de la mairie pour la construction de magasins municipaux de stockage des marchandises invendues.
Juste à côté, des chauffeurs de canions et leurs apprentis nous suivent avec attention. Cette profession joue un rôle crucial dans l’acheminement des commerçants et de leurs marchandises. Ils saluent la vitalité du marché de N’Gonga même si, soulignent plusieurs chauffeurs, le mauvais état de la route rend difficile le transport dans la zone. En effet, les routes latériques d’accès sur lesquelles de nombreux gros cailloux sont visibles, usent rapidement leurs pneus et provoquent souvent des accidents. Si les routes sont bien entretenues, prédisent les transporteurs, la commune rurale de N’Gonga n’aura rien à envier aux communes urbaines de la région de Dosso.
Souleymane Yahaya (ONEP)
Envoyé Spécial
