Une addiction ...
Bien qu’il n’existe pas de données officielles indiquant le nombre exact de parieurs, les observations sur le terrain témoignent de l’ampleur du phénomène des jeux de hasard au Niger. De nombreux jeunes sans emploi font de ces jeux leur principal espoir de revenus. Mais ils ne sont pas les seuls, des travailleurs, des femmes et même des personnes âgées s’y adonnent également. Parmi les jeux les plus populaires sont le Loto Balsa, le Pari Foot et 1xBet.
Le parcours des parieurs commence souvent de la même manière. L’influence de l’entourage conduit à une première expérience qui, lorsqu’elle se révèle encourageante, suscite un attrait grandissant et pousse à poursuivre la pratique. Les discussions autour des pronostics et des résultats occupent désormais une place importante dans les lieux de rencontre. Les plateformes numériques amplifient davantage le phénomène. Le pronostic, le parrainage ont tendance à devenir des métiers. Sur Facebook, TikTok, what’s app, et autres plateformes, des pages se consacrent exclusivement aux tâches.
Des expressions nouvelles inondent la toile. « Coup sûr » par-là, « code promo » par-ci, « double chance » là-bas. Peu à peu, de nombreux joueurs deviennent dépendants de ces jeux, tout en reconnaissant eux-mêmes les risques qu’ils comportent. Il y a quelques mois seulement, la mésaventure d’un responsable régional d’agence de transfert d’argent qui a détourné, puis misé et perdu plus 190.000.000 FCFA, a défrayé la chronique, à travers le pays. Mais c’est sans casser les ardeurs des parieurs nigériens qui scrutent et tentent tous les coups sur les compétitions du mondial 2026 de football en cours ces mois de juin-juillet. Entre les gains et les déceptions, les entreprises de jeux de hasards elles ne perdent jamais et multiplient les initiatives, à travers un matraquage publicitaire sans commune mesure, pour maintenir et drainer davantage des adeptes derrière l’appât de profit facile.
« Si je ne deviens pas riche maintenant, je ne le serai jamais »
Inoussa Hamani, surnommé le gars, porte tout son intérêt aux paris en ligne, Parifoot ou 1xbet. Autour de lui, ses amis ne discutent que sur les derniers matchs de foot et de leurs mises. Pour lui, tout comme beaucoup de ses amis, la période de la coupe du monde est une grande occasion d’amasser beaucoup d’argent et investir dans sa petite entreprise. « Je pense que si je ne deviens pas riche maintenant, je ne le serai jamais », a-t-il lancé en rigolant. Inoussa suit en permanence les matchs du mondial en cours. Avec seulement 300 FCFA, il espère toujours gagner au-delà de 80.000 FCFA. Et chaque jour il repartit ses mises en plusieurs paris ; il mise 300 FCFA sur différentes options pour multiplier ses chances pour gagner. « L’échec que j’ai encaissé hier nuit, m’a complément coupé le sommeil, et jusque-là quand j’y pense je transpire. Cela ne m’a pas découragé, parce que j’espère remporter un gros lot avant la fin de la coupe du monde », a-t-il fait savoir.
Mahamadou Djibo, un autre jeune homme du quartier Gamkallé, lui, sa mise se base sur l’équipe de football du Real Madrid. Il sait compter sur cette équipe dont il est fan. Quand elle joue, il se débrouille, autant qu’il peut pour parier. Pas forcément sur la victoire, mais souvent sur les nombres de buts, les nombre de cartons (rouge et jaune) ou encore sur des fautes ou des événements particuliers comme les coups francs. Il a déjà gagné 51 000 FCFA dans un match de son équipe préférée.

Pour le moment, il n’exerce aucune activité, mais arrive à se retrouver. Il est tout le temps en ligne, connecté à l’actualité du foot. Mahamadou Djibo a confié qu’il se sentait d’ailleurs bien plus connecté aux informations du football qu’à tout autre domaine, tant il tient aux mises.
Le Loto Balsa et ses parieurs
Abdoul Kader Mahamadou, la trentaine, fait partie des joueurs les plus connus du quartier Gamkalé. Il a commencé à jouer au Loto Balsa en 2019. Avant sa première mise, il s’est renseigné sur les règles du jeu. On lui a présenté les différentes combinaisons possibles ainsi que les chances de gain. « Quand je suis arrivé au kiosque, j’avais déjà le numéro 11 en tête. Les «experts» présents m’ont conseillé d’ajouter un deuxième numéro proposé par un habitué afin de jouer la deuxième combinaison, appelée Nap 2. J’ai suivi leurs conseils et j’ai gagné 7 500 francs CFA grâce au numéro 11, qui faisait partie des boules gagnantes », raconte Abdoul Kader Mahamadou. Selon lui, les jours suivants ont également été fructueux. « C’est à partir de ce moment-là que j’ai pris goût au jeu », reconnaît-il. Depuis, il affirme n’avoir presque jamais passé une journée sans miser. « Il n’y a pas eu un seul jour où je n’ai pas joué », confie-t-il.
Chaque jour, il mise entre 4 000 et 12 000 francs CFA. Lorsqu’il remporte un gain, il augmente généralement sa mise le lendemain, parfois jusqu’à plus de 20 000 francs CFA. « J’ai beaucoup gagné. Une fois, j’ai remporté 300 000 francs CFA et, à plusieurs reprises, plus de 200 000 francs CFA. Mais, sincèrement, je me demande toujours où passe cet argent. J’ai l’impression qu’il ne me sert à rien », regrette-t-il. Pour Mahamadou Oumarou, autre habitué du Loto Balsa, le fonctionnement du jeu mérite d’être revu. «Le Loto Balsa devrait revoir son mode de fonctionnement, car il fait beaucoup de victimes », lance-t-il, visiblement abattu.
Il se présente comme l’un des plus grands joueurs de son quartier. Pendant plusieurs années, il misait quotidiennement et pouvait engager plus de 100 000 francs CFA lorsque ses affaires marchaient bien. Chaque matin, il réservait une partie de ses revenus aux paris. Il partageait son temps entre son activité professionnelle et les recherches de combinaisons gagnantes.
Durant plusieurs années, la chance lui a souri. Les gérants de kiosques le connaissaient bien et de nombreux joueurs venaient solliciter ses conseils. Sa notoriété s’est surtout construite après avoir remporté un jackpot de sept millions de francs CFA. « Grâce à mes gains, j’ai pleinement profité de la vie. J’organisais de grandes fêtes et j’étais devenu un véritable «faroteur» », se souvient-il. Aujourd’hui, son discours est tout autre. Il a perdu son emploi sans avoir constitué la moindre épargne et estime que son addiction au Loto est en grande partie responsable de sa situation actuelle. Selon lui, le nombre élevé de combinaisons et le faible coût des mises rendent ces jeux particulièrement accessibles aux jeunes.
Abdoul Aziz, un autre habitué, reconnaît lui aussi que l’espoir de gagner demeure sa principale motivation. « C’est le gain qui me pousse à rejouer. Quand je perds, je fais une pause pour digérer ma défaite. Mais je continue de suivre toute l’actualité des jeux, parce qu’ils font désormais partie de mon quotidien », affirme-t-il.
Dans le milieu des parieurs, l’on rivalise en pronostic et l’on vante surtout ses « coups de génies ». Chacun porte au bout des lèvres son gros gain. Les déceptions, c’est dans la nature de l’homme, l’on en parle beaucoup moins, sauf quand elles sont colossales, comme c’était le cas du perdant aux 194 millions FCFA d’agence de transfert d’argent.
Bachir Djibo (ONEP)
