Situé à 105 km au sud-est de la ville de Zinder, dans la région éponyme et à 15 km à l’ouest de Wacha, le village de Maigardayé est un vaste terroir qui regorge de plusieurs mares permanentes envahies par le Typha australis, communément appelé « katchala ». Depuis 2018, dans le cadre de son programme Résilience, le Programme alimentaire mondial assiste les populations de cette localité dans le traitement des mares. Ce sont au total 130,33 ha de mares qui ont été faucardées pour permettre à la population d’accéder à l’eau afin de développer des cultures maraîchères. Quatre sites maraîchers modernes ont été aménagés pour faciliter l’apprentissage et favoriser une production diversifiée. Autour de ces mares, environ 40 ha d’espace ont été mis en valeur et ont permis à l’ensemble de la population d’accroître sa production.

Sur la voie latéritique qui mène au village de Maigardayé Haoussa, le paysage, qui était il y a quelques mois sec et aride, reprend doucement vie. Grâce aux premières pluies, les champs commencent à devenir verdoyants. Le mil semé sort déjà de terre à certains endroits, faisant renaître l’espoir des paysans. Dans la fraîcheur de cette matinée du 9 juin 2026, les paysans reprennent le chemin des champs, hilaires, houes sur les épaules des hommes. Bidons d’eau à la main, bébés sur le dos, les femmes s’éloignent des villages. En traversant certains villages, les clôtures en paille laissent entrevoir des femmes en train de piler avec vigueur le mil qui servira, sans nul doute, à préparer le «houra», breuvage destiné aux hommes qui travaillent dans les champs. À côté des champs de mil, les aires de pâturage sont remplies d’animaux qui broutent l’herbe et, un peu plus loin, des mares d’eau à perte de vue sont envahies par le Typha australis, une plante envahissante qui empêche toute exploitation de ces cours d’eau. Cependant, avec l’arrivée du Programme Alimentaire Mondial, les habitants du village ont été initiés au faucardage et payés 1 300 francs CFA par jour durant plus de cinq ans pour effectuer cette activité de traitement des mares.
Une amélioration de la production de riz
L’opération de faucardage consiste à entrer dans le cours d’eau afin d’arracher la plante envahissante depuis ses racines, longue de plusieurs mètres. Pour ce faire, les paysans ciblés sont constitués en groupes de vingt (20) personnes. Le premier groupe, constitué d’hommes d’âge mûr, particulièrement de fins nageurs, entre dans le cours d’eau pour couper la plante à l’aide d’un couteau ou d’une machette bien aiguisée. Le second groupe, quant à lui, ramasse la plante pour la déposer au bord de la mare et, ensuite, le troisième groupe, constitué entièrement de femmes, la ramasse pour l’acheminer vers une fosse. En effet, depuis le lancement de ce projet, les habitants ont confié que leur train de vie et leur rendement se sont considérablement améliorés. Mieux, l’exploitation de ces mares faucardées a permis de développer la culture du riz et les cultures maraîchères, offrant ainsi une activité quasi permanente aux hommes et aux femmes du village, ce qui réduit aussi l’exode rural et la vulnérabilité des ménages.

Habou Saidou est l’un des 461 paysans qui ont vu leur vie changer depuis le début des activités de « Katchala ». Il a raconté que lorsqu’il avait eu vent de ce projet, il s’y était immédiatement engagé, car il savait qu’il allait en tirer un double avantage. Il était conscient que le travail de faucardage lui rapporterait une somme assez confortable et qu’il serait ensuite autorisé à cultiver le riz autour du cours d’eau.
Il a surtout confié qu’avant, les quelques rares habitants qui cultivaient du riz arrivaient à peine à récolter un sac de riz, mais maintenant, appui-t-il, certains d’entre eux parviennent à avoir entre trente (30) et quarante (40) sacs de riz grâce à ce travail de traitement des mares qui a été réalisé. « Moi, si ce n’était pas grâce à cette activité, je passerais la plupart de mon temps en exode à Kirya, mais désormais, si je sors du village, c’est pour aller à Bandé ou à Wacha. Avant, j’arrivais à peine à avoir quelques tasses de riz, mais cette année, j’ai eu 26 sacs. Ce que j’arrive à avoir, je l’utilise pour la consommation et le surplus, je le vends pour investir davantage dans la culture afin d’avoir plus de bras qui vont m’aider à amplifier le rendement », a-t-il indiqué.
Habou Saidou a en outre souligné que les quatre cent soixante et une (461) personnes qui ont participé aux activités de faucardage détiennent aujourd’hui un périmètre sur lequel elles cultivent du riz, faisant de cette activité leur principale source de revenus. « Actuellement, beaucoup n’ont pas semé leur champ, mais sur leur périmètre, le riz est verdoyant. Les gens privilégient la culture du riz à celle du mil ou du haricot », a-t-il fait remarquer, écoquant un changement de paradigme.
Selon Abdoul Karim Hachimou, un autre bénéficiaire de ce projet, avant, il restait assis au village sans rien faire après les travaux champêtres et attendait qu’on vienne leur apporter de l’aide en période de soudure. Mais, à présent, affirme-t-il fièrement, ils travaillent avec leurs propres moyens. « Lorsqu’on nous apprenait comment préparer le terrain et cultiver le riz, nous nous sommes dit que c’était peine perdue, mais nous avons essayé petit à petit, avec dix tasses pour récolter six sacs, jusqu’à maintenant nous arrivons à avoir plus de trente sacs. Actuellement, celui qui récolte 20 sacs est classé parmi les fainéants, car nous sommes devenus assez riches et autonomes pour subvenir à nos besoins sans aller tendre la main. Avant, nous étions des employés ; dorénavant, nous sommes devenus des employeurs. «Muntchi Gaba sosey» », a-t-il déclaré d’un ton satisfait.

Dans les environs d’une mare faucardée, Biba Ibrahim, une femme dans la soixantaine accompagnée d’un petit garçon, laboure avec une houe son champ de riz. Veuve et sans enfants, elle exploite une petite parcelle de riz depuis plus de vingt ans. « Je suis obligée de continuer malgré l’âge, car je n’ai aucun enfant. Ici, je peux récolter jusqu’à dix sacs. Aujourd’hui, le riz est devenu mon aliment de base, c’est devenu comme le mil ; on fait de la bouillie avec et plein d’autres recettes. On gagne mieux ici que dans nos champs de mil, et grâce au faucardage, l’activité a pris de l’ampleur, car même ceux qui n’en cultivaient pas se sont lancés », a fait savoir Biba Ibrahim.
Loin des grands périmètres irrigués modernes de Niamey ou de Diffa, ou de ceux en cours de réalisation ou réhabilitation par l’ONAHA dans le cadre de la grande irrigation, ici, à Maigardayé, les paysans n’utilisent ni pompe hydraulique ni arrosoir. Le riz est semé comme on sème du mil, sans avoir à inonder le site et sans aucune digue. Les rizières s’étendent à perte de vue sur des terrains plats. Les cultures se nourrissent des eaux souterraines, des eaux de pluie et du compost fabriqué localement.
Mato Abdoul Karim est un homme dans la trentaine. Son rôle dans cette activité de faucardage se résume à faire le tri des plantes arrachées, à sélectionner et à disposer celles qui seront utilisées pour la production de compost. Formé à ce savoir-faire par les services techniques, il se tient devant deux grandes fosses dans lesquelles ils versent de la cendre de bois avant de disposer soigneusement la plante, d’y verser un peu d’eau et de refermer le trou. « Après trois mois, on ouvre, on remue et on transfère la plante en décomposition dans un deuxième trou. En tout, le procédé dure six mois. Avec l’arrivée de ce projet, une fois les mares traitées, une partie est utilisée pour la culture du riz, le maraîchage ou la pêche avec l’empoissonnement. Grâce à ce projet, beaucoup de gens qui n’avaient rien ont pu se relever. Ce que nous gagnons ici nous permet de mieux vivre et de mieux nous occuper de nos champs. Nous avons appris de nouvelles techniques de culture et de conservation des produits maraîchers », a-t-il expliqué.
Un projet encadré par les services technique de l’environnement
Le capitaine Fodi Mahamadou, chef de la division Gestion durable des terres, des forêts et des produits forestiers non ligneux à la direction régionale de l’environnement de Zinder, a indiqué que, depuis que les travaux ont commencé en 2018, les services techniques ont accompagné la mise en œuvre à travers un suivi technique. Sur le site de Maigardayé, a ajouté le capitaine Fodi Mahamadou, plus de 140 hectares ont été faucardés, ce qui a contribué considérablement aux efforts de l’État dans la lutte contre les espèces qui menacent les plans et les cours d’eau. « Parmi nos indicateurs que nous renseignons au niveau du ministère, il y a un indicateur qui parle de la lutte contre les plantes envahissantes, parmi lesquelles il y a des plantes aquatiques et terrestres. Donc, comme vous venez de voir ici une espèce qui envahit les cours et plans d’eau, rendant inexploitables ces ressources en eau. Vous venez de voir qu’en quelques minutes, avec deux à trois équipes, on a dégagé près de 600 mètres carrés. Et si c’est dégagé, on peut mettre en valeur cette eau à travers l’empoissonnement », a-t-il noté.

Selon le capitaine des Eaux et Forêts, depuis 2018, ce sont plus de quarante-quatre millions de francs CFA qui sont injectés chaque année par le PAM dans le traitement et l’empoissonnement des mares. À ce jour, a-t-il poursuivi, ce sont vingt-cinq (25) mares qui ont été faucardées, dont cinq (5) empoissonnées avec trente mille (30 000) alevins. « En 2024, ce sont 44 461 300 francs CFA qui ont été injectés pour les travaux de faucardage. Cela a permis aussi à nos collègues de l’agriculture de pouvoir faire les cultures de contre-saison et d’avoir accès à l’eau parce qu’au fur et à mesure, cela permet aux bénéficiaires de l’exploiter », a-t-il apprécié. Au cours des campagnes des années 2025 et 2026, au total, 227,5 tonnes d’oignons, de choux, de laitues, de tomates, de courges et de gombos ont été produites sur environ 91 ha pour une valeur de 11 345 000 francs CFA. Cela a contribué à l’amélioration de la diversité alimentaire et des revenus des ménages. Pour la production pluviale, au total, 3,23 tonnes de riz, 0,23 tonne de maïs et 0,1 tonne de gombo ont été produites en 2020 pour une valeur de 1 431 400 francs CFA. En 2025, cette production de riz est passée à 98,56 tonnes.
Hamissou Yahaya,
Envoyé spécial
