Ousmane Roger Capochichi, l’artiste
Au quartier Plateau, à Dosso, une modeste maison accueille, tous les mercredis soirs et les week-ends, des enfants autour de l’artiste Ousmane Roger Capochichi pour des cours d’initiation. Dans une atmosphère conviviale, assis sur des nattes, ces derniers apprennent les métiers liés à la calebasse ainsi que d’autres activités artisanales, telles que le tissage de chaises et l’apprentissage des contes et légendes. Ensemble, ils frottent, sculptent et décorent les calebasses pour leur donner une nouvelle forme.
Au fil des années, Ousmane Roger Capochichi s’est illustré sur la scène musicale et culturelle nationale avec plusieurs albums, de nombreuses réalisations artistiques et un ouvrage intitulé « la fête des Reines ». Il prépare actuellement la sortie de son prochain album, ‘’Extraterrestres’’. Né en 1971 à Gouré et père d’une fille, l’artiste a perdu la vue il y a huit ans. Tout a commencé, raconte-t-il, un soir alors qu’il dormait paisiblement. Il avait vu en songe une lumière bleue jaillir se projeter dans ses yeux. Une semaine plus tard, alors qu’il se promenait en fin d’après-midi à la recherche d’inspiration pour composer ses textes, tout est brusquement devenu noir. Désorienté, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. C’est en entendant l’appel du muezzin qu’il s’est rendu compte que le temps avait passé et qu’il n’était plus capable de faire un pas sans risquer de tomber. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais perdu la vue », se remémore-t-il avec émotion.
En quelques heures, sa vie a basculé. Depuis, il vit avec son frère et sa belle-sœur. Mais son handicap n’a jamais freiné son engagement artistique ni ses activités.
Créatif et ambitieux malgré le handicap
Aveugle, mais loin d’être inactif, Roger Capochichi est aujourd’hui reconnu comme un défenseur de l’art de la calebasse. Attaché à la préservation des traditions, il œuvre à valoriser cet artisanat, à transmettre les contes et légendes du terroir et à apprendre aux jeunes un métier leur permettant de gagner dignement leur vie.
Sa reconversion vers l’artisanat, explique-t-il, ne signifie pas un abandon de la musique moderne, mais une manière de réaffirmer son identité culturelle. À travers son travail, il montre que l’art peut être un outil de résilience et un levier de transformation sociale. « Avec la calebasse, Dieu m’a donné le don de fabriquer des marionnettes que j’anime moi-même. J’ai participé à des expositions dans plusieurs pays. Je dispose d’un champ de production de courge, j’ai créé une coopérative et j’encadre aussi bien des personnes malvoyantes que celles qui voient, ainsi que des orphelins, à travers le travail de la calebasse. Je suis un artiste qui touche à plusieurs domaines », explique celui que beaucoup surnomment « le Moine ».
En tant que personne vivant avec un handicap visuel, il a notamment formé 17 malvoyants à Gaya, qu’il affirme avoir aidés à quitter la rue. « En vingt-cinq ans de carrière, je n’ai jamais reçu de soutien financier de qui que ce soit. Je me déplace à pied. Malgré cela, j’ai compris que, même aveugle, je peux être utile à la société », confie l’artiste.
Abdoul Aziz, l’un de ses apprenants âgés de 17 ans, était auparavant un enfant de la rue. Avant d’intégrer le centre de Roger Capochichi, il passait ses journées à traîner dans les garages et les boutiques pour gagner quelques pièces. « J’étais livré à moi-même. Quand j’ai entendu parler du centre de Roger, j’ai décidé de tenter ma chance. Aujourd’hui, je sais tisser des chaises et décorer des calebasses. Cela m’a éloigné de la délinquance. Je me sens utile et je rêve d’ouvrir un petit atelier pour former d’autres jeunes comme moi », témoigne-t-il. Mlle Fati, 16 ans, est l’une des rares jeunes filles inscrites au centre. Pour elle, la calebasse, autrefois très présente dans les foyers ruraux, tend progressivement à disparaître. « Grâce à Roger, j’ai appris à transformer la calebasse en objets décoratifs », explique-t-elle.
Le centre fonctionne grâce au soutien de sa famille et de quelques personnalités locales. Toutefois, plusieurs défis demeurent, notamment l’absence d’un local adapté, le manque de matériel spécialisé pour les personnes malvoyantes, les difficultés de transport et l’insuffisance des moyens financiers. Roger le Moine appelle les autorités et les partenaires à soutenir son centre afin de renforcer l’inclusion des enfants et des jeunes en difficulté. Son ambition est de former des artistes et des artisans capables de vivre de leur savoir-faire et de contribuer au développement de leur communauté.
Fatiyatou Inoussa,
Envoyée spéciale
