Un fabriquant de tamis à l’oeuvre
Conscients que la réussite ne vient pas forcément des diplômes ou du travail dans un bureau climatisé, certains jeunes nigériens des villes comme des zones rurales se débrouillent et s’engagent peu à peu dans la transformation de produits agricoles, le commerce, les travaux manuels et bien d’autres activités génératrices de revenus pour subvenir à leurs besoins. C’est le cas des jeunes fabricants de tamis de la ville de Birni N’Gaouré.
Dans les rues de la cité des « Bayéro », les jeunes passionnés de réussite, montent des étals un peu partout sur la voie principale, les coins des rues. Dans un couloir, trois jeunes hommes issus de la même famille travaillent ardemment les métaux. Munis des morceaux de tôles, des clous, des marteaux, des filets et autres petits outils, leur activité consiste à la confection des tamis.
Sous un hangar ouvert des quatre côtés, assis sur un sac vide servant de natte, marteau en main, le doyen du groupe, Abdoulaye Ousmane âgé de 32 ans, explique avec précision les étapes à suivre pour fabriquer un tamis, cet ustensile largement utilisé dans les tâches ménagères au Niger. Selon ses explications, confectionner un tamis requiert une bonne dose de concentration car, une petite inattention peut être la cause d’une blessure à la main. « Il faut à tout moment être vigilant. Travailler avec des outils tranchants et pointus est un risque énorme que nous prenons », a expliqué Abdoulaye Ousmane.
Pour fabriquer un tamis, il faut des morceaux de tôle ou des boites de tomate coupées et aplaties, des grilles ou des nasses, des clous, un marteau. « Nous commençons par former la structure, la charpente qui est le cercle à l’aide de nos outils, puis plaçons la fine grille que nous maintenons avec des petits clous », a-t-il précisé. Abdoulaye Ousmane ne vit que par son métier depuis plus de 10 ans. Grâce à ce travail, il dit avoir construit sa maison, s’être marié et aujourd’hui il subvient aux besoins de sa femme et de ses trois enfants. « Dans la vie, il faut savoir quoi faire, beaucoup de commerçants ont commencé petit, chacun aura sa part s’il sait mettre son savoir-faire en valeur. Avec la recette mensuelle, on met de côté le bénéfice et nous nous ravitaillons en matières premières avec le reste de l’argent », a-t-il précisé. Dans les cuisines, cet objet discret joue un rôle essentiel. Très recherché par les femmes, il se vend entre 200 FCFA et 300 FCFA. Par jour, les frères confectionnent 30 voire 50 tamis qui se vendent progressivement. « Les femmes l’utilisent beaucoup. C’est pourquoi chaque matin, nous nous installons pour ne pas rater les opportunités », a-t-il expliqué.
Tahirou Ousmane âgé de 30 ans est originaire de Tahoua ; il fait partie du trio. En 8 ans de service, il déplore la mévente due à la concurrence. « Le plus grand souci que je déplore, c’est la rareté des matériaux. Souvent, on est obligé de partir jusqu’à Niamey pour nous approvisionner en matériel, revenir, confectionner nos articles », a-t-il fait savoir. « Il n’y a pas de sot métier… », dit un dicton populaire. Beaucoup l’ont bien compris à travers des gestes innovants qu’ils mettent en pratiques tous les jours. Un métier peut sembler modeste, mais il est souvent indispensable dans la quête de l’autonomie financière. Eux, ils ont choisi d’être des « tamisiers ».
Fatiyatou Inoussa,
Envoyée spéciale
