Sports équestres au Niger : Une tradition portée par la passion et une pratique qui évolue au fil du temps
Au Niger, les sports équestres, notamment les courses hippiques pratiquées depuis la nuit des temps, ne se résument pas à une simple compétition sportive. Elles constituent un véritable patrimoine culturel et une activité qui fait vivre de nombreux acteurs à savoir les propriétaires de chevaux, entraîneurs, jockeys, organisateurs, parieurs et passionnés. Avec l’évolution, derrière chaque course se cache une organisation, encadrée par la Fédération nigérienne des sports équestres. Des chefs d’écurie, responsables techniques et jockeys partagent un univers où tradition, passion et ambition de modernisation se côtoient malgré la rareté des compétions d’envergure.
Depuis le 25 juillet 2026, et ce jusqu’au 3 août, l’hippodrome de Niamey vibre au rythme d’épiques spectacles de courses hippiques qui drainent un grand public, par centaines, pour le moins, conservateur des traditions équestres. Dans les après-midis de ces weekends du 25 au 26 juillet 2026, entre la ferveur et la sérénité de la Journée Nationale de la Souveraineté et du Patriotisme, et l’enthousiasme pour la commémoration du 3 aout, Fête de l’Arbre, le bruit de claquements de sabots résonne de loin. Dans l’enceinte, située à la périphérie de la Ceinture Verte, derrière une esplanade ombreuse qui donne sur la voie expresse de la ville, les cavaliers, ces jockeys vêtus de leurs combinaisons, arborant leurs casques, chacun sa cravache en main, trottent et galopent pour jauger le terrain avant de s’aligner sur les départs d’une course au galop. Penchés sur leurs montures, ils laissent derrière eux un nuage de poussière. Les jeunes dresseurs d’équidés rivalisent d’astuces et de constance pour franchir en premier la ligne d’arrivée, sous les applaudissements et cris d’encouragement d’un public de tout âge, certains envahis par les frissons du pari, d’autres tout simplement émus par les performances des leurs.
L’on se croirait à une édition délocalisée du festival Dokin Iska Dan Filingué. Bien plus qu’une compétition, c’est le lieu de retrouvailles entre les acteurs d’ici et d’ailleurs. Un peu loin du cérémonial de l’événement, les murmures et les discussions sont ambiants autour de la pratique des personnages du jour, le jockey et le cheval. D’aucuns estiment qu’un meilleur jockey peut faire gagner un cheval moins bon tandis qu’un cheval bien en phase peut mener à la victoire le cavalier le moins rompu à la tâche. L’un dans l’autre, la tradition, portée par la passion et une pratique qui évolue au fil du temps, tient toujours sa promesse d’exploits souvent assimilés à une certaine complicité entre l’homme et son cheval. Et le plus souvent, ce sont les écuries qui dressent leurs chevaux et engagent les Jokeys.
Dressage de cheval de course, un travail d’équipe
Dans la foulée des événements à l’hippodrome de Niamey, nous avons rencontré un jeune éleveur de chevaux, M. Kadri Tahirou. Fils de Tahirou Gueriel, plus connu sous le surnom d’Albarka. Sa passion pour le sport équestre est énorme d’autant plus que c’est un héritage familial. « Notre père a marqué l’histoire des courses hippiques. Aujourd’hui encore, tout le monde le connaît sur les hippodromes. Il possédait plus d’une dizaine de chevaux. C’était un éleveur reconnu qui a marqué les amoureux du sport équestre », a-t-il rappelé.

Il précise qu’il n’a commencé cette activité que depuis deux à trois mois et reconnaît que l’élevage des chevaux est une activité particulièrement exigeante. « Pour réussir dans ce domaine, il faut disposer d’un personnel compétent, investir des moyens financiers importants et faire preuve de beaucoup de courage, de patience et d’humilité », a-t-il indiqué. « Ils ont besoin d’entretien, d’une bonne alimentation, d’entraînements réguliers et surtout d’un entraîneur compétent. Je suis juste là en tant que propriétaire, mais tout le travail est accompli par l’équipe », a-t-il déclaré, tout en rendant hommage aux entraîneurs et à l’ensemble de son personnel.

Kadri Tahirou s’investit pleinement dans l’entretien de ses quatre chevaux. Son équipe est composée de sept personnes, parmi lesquelles figurent son conseiller Ali Diallo, un expert en chevaux, ainsi que son entraîneur principal, Zakariyaou, qu’il admire particulièrement pour sa passion, son exigence et sa détermination. Il assure également que cette activité commence déjà à porter ses fruits. « Depuis que je me suis investi, j’ai remporté au moins trois ou quatre primes. Je ne considère jamais une défaite comme un échec, car chaque course est une leçon qui nous permet de progresser », a-t-il confié. Son ambition est de remporter de nombreux titres et d’encourager davantage de jeunes à s’intéresser au sport équestre. Il lance également un appel à la fédération afin qu’elle traite tous les chefs d’écurie sur un pied d’égalité et fasse preuve d’équité envers l’ensemble des acteurs de la discipline.
L’écurie Kazim Lamine de M. Souleymane Ali Sanda
Le nom de M. Souleymane Ali Sanda revient aussi fréquemment lorsqu’on parle des courses hippiques au Niger. C’est le responsable de l’écurie Kazim Lamine, l’une des plus prestigieuses du Niger. Son écurie présente 12 chevaux, entre autre, Islam, Godiaga Allah, Islam, Salsabilsle Hayat, Guimbia, Contina, sans compter les nouvelles recrues et représente régulièrement le pays lors des compétitions hippiques organisées à l’étranger et s’illustre souvent en remportant de nombreux trophées.
Souleymane Ali Sanda consacre son temps libre à une passion née presque par hasard. En 2003, il achète son premier cheval pour 750 000 francs CFA, sans en informer sa famille, raconte-t-il en souriant. Ses parents s’étaient opposés à cette passion, qu’ils considéraient comme une perte de temps et d’argent. Finalement, son père lui a donné son accord pour poursuivre l’activité. « Nous ne pouvons que remercier Dieu. Par sa grâce, nous remportons des prix à presque chaque compétition. Rien que l’année dernière, nous avons gagné six voitures au Nigeria. En une seule année, notre écurie a remporté jusqu’à sept véhicules. Au Niger, on ne les compte même pas », affirme-t-il.

Contrairement à beaucoup d’acteurs du milieu hippique, Souleymane Ali Sanda n’a pas grandi dans une famille de propriétaires ou d’éleveurs. Son amour pour les chevaux est né d’une simple curiosité d’enfant. À l’époque, Souleymane habitait le quartier Poudrière, à Niamey. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il se rendait régulièrement à l’hippodrome pour jouer au football avec ses amis. À quelques mètres du terrain se déroulaient des courses hippiques. Il observait ces compétitions de loin, fasciné par la vitesse des chevaux, l’ambiance des tribunes et l’enthousiasme des propriétaires. Jour après jour, cette curiosité se transforma en véritable passion. Il commença à s’intéresser au fonctionnement des courses, à poser des questions, à apprendre les règles et à fréquenter de plus en plus souvent les acteurs de ce milieu. Sans même s’en rendre compte, il venait de trouver ce qui allait occuper une grande partie de sa vie. « Pour gagner une course, il faut un cheval bien préparé, un entraînement rigoureux, un très bon jockey et un palefrenier compétent. Chacun joue un rôle essentiel dans la performance de l’écurie » a-t-il souligné.
Souleymane appelle les autorités et la fédération à renforcer la sensibilisation et aux organisateurs d’augmenter les récompenses attribuées aux vainqueurs à l’image de la grande course organisée à Dokin Iska Dan Filingué, avec un premier prix de 10 millions de francs CFA.
Grâce à la course hippique, M. Souleymane affirme avoir parcouru presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest où sont organisées des compétitions. « Les courses hippiques m’ont permis de voyager partout. Elles m’ont aussi ouvert les portes de nombreuses personnalités. Le monde du cheval est extraordinaire. Le cheval m’a tout donné et je resterai toujours un passionné » a-t-il souligné.
La FENISEQ, une organisation bien structurée
La Fédération nigérienne des sports équestres (FENISEQ) est présente dans toutes les régions du Niger, à travers ses ligues et districts qui coordonnent les compétitions, sous la supervision du président de la structure, assisté de son vice-président et des autres membres du bureau exécutif.
À l’ouverture de chaque saison, chaque propriétaire d’écurie doit s’acquitter des frais d’adhésion afin de régulariser la situation de son écurie. Pour assister à une course hippique, il faut avoir un cheval et que ce cheval ait une licence obtenue auprès de la fédération. Cette licence est comme une carte d’identité du cheval qui lui permettra de participer aux courses. Il faut ensuite payer l’inscription selon la catégorie. Il y a les locaux qu’on appelle Arewa, il y a les « Talons » et les « Soudans ». Il y a des courses de 1 200m, 1 400m, 1 600m et chaque cheval, en cas de victoire, augmente de catégorie de distance. Avant chaque course, les chevaux doivent être internés pour éviter toute tentative de tricherie la veille de la course de 15h30 au moment de la course. Les règles sont strictes et les sanctions clairement établies. Lorsque quelqu’un est pris en flagrant délit, il est automatiquement disqualifié.
Chaque week-end, des compétitions sont organisées aussi bien à Niamey qu’à l’intérieur du pays. Certains chefs d’écurie privilégient d’ailleurs les courses organisées dans les régions, où ils réalisent souvent de meilleurs bénéfices. Seules les écuries en règle avec la Fédération sont autorisées à participer aux compétitions. En cas de difficulté d’accès à certaines compétitions, au Niger comme à l’étranger, la Fédération peut intervenir afin de trouver une solution. La Fédération désigne régulièrement deux ou trois chefs d’écurie pour représenter le Niger lors des compétitions internationales.
La première étape lors d’une compétition est la pesée. A ce sujet, nous avons rencontré le responsable de la pesée, M. Mamoudou Maoudé, qui a une trentaine d’années d’expérience dans l’activité. Avant chaque course, il s’assure que les jockeys respectent le poids réglementaire, fixé à au moins 50 kilogrammes et le même poids au minimum à l’arrivée. Il précise que certains propriétaires préfèrent des jockeys plus légers pour favoriser la vitesse du cheval. Après une course, si le poids du jockey descend en dessous des 50 kilogrammes, même s’il a 49.99kg, il est automatiquement disqualifié, déclare M. Mamoudou. Par ailleurs dit-il, il est permis à des jeunes de moi,ns de 50 kg de porter des plombs pour compléter et atteindre les 50kg. « Le travail se déroule très bien, mais les problèmes ne manquent pas car certains essaient de tricher » a-t-il dit.
La deuxième étape est celle des paris hippiques. À chaque course, dans les hippodromes, difficile de ne pas remarquer Yacouba Adamou, plus connu sous le surnom de « Tamilo ». Son rôle consiste à animer les paris hippiques en annonçant les mises proposées sur chaque cheval. Il est dans cet univers depuis son jeune âge avec le poste d’enfant d’écurie, puis entraîneur de chevaux et, aujourd’hui, il est membre de la Fédération nigérienne des sports équestres au niveau de l’équipe technique. Sa voix retentit sans interruption lors desdits événements. « Cheval numéro 1: 5 000 francs CFA ; cheval numéro 2: 15 000 francs CFA, etc. » Les enchères montent progressivement selon l’intérêt des parieurs et leurs moyens financiers. Lors des grandes compétitions, raconte-t-il, les mises peuvent atteindre des sommes impressionnantes, dépassant parfois un million de francs CFA. « Certains gagnent, d’autres perdent, c’est le principe même du jeu de hasard », a-t-il affirmé.
La dernière étape est celle qui consiste à garantir une arrivée sans contestation. Cette fonction essentielle dans le déroulement des compétitions est confiée au « Président de l’arrivée », M. Abdoulaye Maman Laouali, connu sous le nom d’Irik. Il est chargé de garantir un départ régulier ainsi qu’une arrivée sans litige. « Notre travail consiste à identifier correctement les chevaux à l’arrivée. Ce n’est pas une tâche facile. Pour éviter toute contestation, nous utilisons désormais une caméra qui permet de confirmer le classement », a-t-il ajouté.
Plusieurs paramètres sont pris en compte lors de la validation des résultats. A la fin d’une course, il doit retenir les 6 premiers chevaux à l’arrivée car certains peuvent être disqualifiés notamment lorsqu’ils mordent la ligne, manque le poids à la pesée et ceux qui sont disqualifiés sont alors remplacés automatiquement par les suivants au classement. Le principal obstacle est la foule. « La piste doit être vide afin d’observer correctement les chevaux. Malheureusement, certaines personnes se placent devant le jury ou devant la caméra, ce qui complique notre travail » a-t-il indiqué.
Il a aussi invité la population à assister aux courses la qualifiant de spectacle exceptionnel. « Mais chacun doit rester dans les tribunes afin de faciliter notre travail. En Europe, les courses hippiques ont énormément évolué. Chez nous, elles restent encore très traditionnelles. Nous avons besoin de moderniser nos installations », a-t-il ajouté tout en appelant à une modernisation des infrastructures.
La FENISEQ plaide pour un meilleur accompagnement et la réhabilitation de l’hippodrome de Niamey
Pour sa part, le Trésorier général de la Fédération nigérienne des sports équestres (FENISEQ), M. Idrissa Issa Ado, a indiqué que la fédération compte une douzaine de membres et organise régulièrement des compétitions internationales qui se déroulent dans de très bonnes conditions. Plusieurs compétitions nationales sont également organisées à l’occasion des festivités du 18 Décembre, du 3 Août, de Dokin Iska et d’autres célébrations. Toutefois, pour des raisons d’insécurité, certains pays ne parviennent plus à participer à ces compétitions. « Nous organisons des compétitions à Zinder, à Maradi, à Dosso et cette année, les festivités du 18 décembre 2026 se dérouleront à Tahoua. Nous avons prévu que chaque vainqueur remportera une moto », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, il a invité les populations à assister aux courses que les ligues organisent chaque week-end dans les hippodromes qu’il juge à la fois attractives, culturelles et porteuses des valeurs du patrimoine national. Il a également sollicité un meilleur accompagnement de l’État dans l’organisation des compétitions et a profité de l’occasion pour évoquer la principale difficulté à laquelle la fédération est confrontée, à savoir le déguerpissement des écuries de l’hippodrome de Niamey.

« Nous sollicitons l’aide des autorités afin de nous permettre de revenir à l’hippodrome. Depuis le déguerpissement, les chevaux sont gardés en ville. Les conduire jusqu’à l’hippodrome est un véritable parcours. Ils doivent traverser les routes goudronnées, tandis que des enfants courent derrière eux, crient et s’agitent dès qu’ils aperçoivent un cheval. Cela représente un réel danger et peut provoquer des accidents », a-t-il expliqué. « Nous souhaitons également bénéficier de subventions. Le sport équestre nécessite d’importants moyens financiers. L’organisation d’une compétition coûte cher, il faut assurer l’hébergement et la prise en charge des invités, l’entretien des chevaux, leur mise en internat pour prévenir le dopage, ainsi que la sécurité », a-t-il ajouté.
Assad Hamadou (ONEP)
