Au bout d’une piste rurale poussiéreuse empruntée par des charretiers, âniers et quelques piétons transportant toute sorte de charges, on arrive à Dey Tégui Béri, un village de la commune urbaine de Loga situé au sud-ouest de la ville. A la sortie sud-ouest du village, se trouve un grand site maraîcher d’environ 13 hectares dans une vallée. Sa particularité est qu’il s’agit d’un terrain exploité exclusivement par des femmes.
De vaillantes femmes qui ont décidé de mettre une croix sur la misère qui caractérise parfois la femme rurale, de se lever tôt et de travailler pour leur autonomie financière à travers la production maraîchère. Sur ce site équipé d’une dizaine de puits et de deux forages, elles sont plus de 400 mères de familles à disposer chacune d’un lopin de terre propre qu’elles exploitent. On dénombre environ 800 exploitantes (femmes et filles), en y incluant les membres de leurs familles, qui y travaillent au quotidien tout au long de la saison sèche allant d’octobre à juin.
En ce jour du 26 mars 2026, accompagnés de l’administrateur délégué de la commune urbaine de Loga, l’Adjudant-chef Major Salaha Adamou, nous avions trouvé le lieu bondé de monde ; des femmes déterminées, engagées, acharnées et rompues à la tâche. Il était environ 10h du matin. Le soleil pointant déjà ses rayons. Mais ni la chaleur de cette fin de mois de mars, ni la poussière du jour ne décourageaient ces braves dames. Que du beau monde au travail ! Au bord de chacun des dix puits, ces travailleuses tenaient fièrement les cordes des puisettes en main, puisant de l’eau à la force des bras à travers un système de poulie ; une eau qu’elles mettaient dans les puisards. Pendant ce temps, d’autres femmes se chargeaient de transporter l’eau avec des arrosoirs, tasses ou autres récipients pour arroser les plans. Les enfants, quant à eux, déambulaient allègrement, faufilant entre les plans et les rigoles. Un véritable travail à la chaîne où tout le monde se met à l’œuvre pour maintenir l’endroit bien humide, bien arrosé.
Par endroit, on voit certaines femmes en train de défricher leurs lopins de terre. Mariama, binette à la main, dit qu’elle a déjà vendu toutes ses deux premières récoltes de laitue et de tomate produites pendant la saison froide. « Maintenant, je prépare le terrain pour la prochaine session. Je vais mettre d’autres cultures adaptées à la chaleur car les tomates et la laitue ne donnent pas bien avec la chaleur » dit-elle. Aissa d’ajouter, quant à elle, qu’il ne lui reste que quelques pieds de carotte à récolter avant de préparer le terrain pour la prochaine production.
Sur ce site, un constat se dégage, tout se fait à la main. Les femmes ne disposent pas de motopompes, encore moins d’un dispositif de drainage adapté. Elles se contentent d’utiliser la force des bras pour puiser, transporter l’eau et arroser leur terre. Malgré la pénibilité manifeste du travail, aucun signe de fatigue ni de découragement ne se lit sur leurs visages. Bien au contraire, l’ambiance est bon enfant, le regard radieux, la joie apparente. Sur cet immense site très verdoyant les vaillantes femmes de Dey Tégui Béri produisent toute sorte de légumes allant de la tomate à la patate douce, en passant par la laitue, la carotte, le chou, l’aubergine, l’oignon, la courge ainsi que la menthe, les épices, les concombres, le poivron, le piment vert, etc. Cette année, le rendement a été abondant et la demande l’a été aussi. Mme Mariama se réjouit du fait que toutes leurs productions ont été écoulées à Loga et dans les villages et marchés environnants. Quant à la laitue (salade), qui est de très bonne qualité et appréciée des consommateurs, elle est transportée jusqu’à Niamey, soutient-elle.
L’ambiance sur le site maraîcher de Dey Tégui Béri, c’est aussi le ballet incessant de ces nombreuses autres femmes qui prennent d’assaut le site chaque matin pour se procurer des marchandises qu’elles iront vendre ailleurs pour gagner un peu de sou. Elles sont toujours là, qui pour acheter de la tomate, qui pour se procurer la laitue, la courge, la carotte qu’elles espèrent revendre dans la ville de Loga ou leurs villages respectifs ou encore dans d’autres villages ou marchés plus éloignés. Face à l’engouement de la population féminine de ce village mais aussi au potentiel existant, l’administrateur délégué a indiqué qu’il envisage une deuxième extension du site pour porter la superficie à 80 hectares afin de permettre à un nombre plus important de femmes de l’exploiter en vue d’améliorer davantage leurs revenus.
Témoignage des femmes maraichères du village de Dey Tégui Béri
L’exploitation du site maraîcher de Dey Tégui Béri permet à de nombreuses femmes de subvenir aux besoins de leurs familles. C’est le cas de Zeinabou Issoufou, rencontrée à l’entrée du site transportant sur sa tête un panier de laitue et en partance pour la ville. « Je pars au marché de Loga vendre de la salade que je viens de cueillir moi-même. Pour le prix, il y en a pour 100 FCFA, 150 FCFA, 200 FCFA et plus. Par jour, je peux gagner 3 000 FCFA ou plus, ça dépend du marché. Parfois, les populations viennent elles-mêmes acheter nos produits ici », a-t-elle expliqué. Elle précise que cela fait maintenant deux ans qu’elle cultive de la laitue, de la tomate, de l’oignon et de l’aubergine. « Grâce à cette activité, je ne pars plus en exode pour faire du travail domestique. Auparavant, après chaque saison des pluies, je me rendais à Niamey pour travailler comme « domestique ». Mais depuis que j’ai commencé le maraîchage, je ne pars plus, car je gagne bien ma vie ici. Par mois, je peux avoir 20 000 FCFA ou plus. Je suis vraiment contente de ce travail et j’arrive toujours à subvenir à mes besoins », se réjoui-t-elle.

Mademoiselle Bibata Boubé est élève au Centre de formation aux métiers de Loga. Elle cultive, dans ses quatre planches, uniquement de la laitue destinée à la vente au marché de Loga. « Cette activité me permet de subvenir à mes besoins. L’argent gagné grâce à la vente de la salade me sert à l’achat de vêtements et d’équipements pour la maison en vue de mon futur mariage », confie-t-elle.
Par ailleurs, la jeune Bibata explique comment elle s’organise pour allier études et maraîchage : « Je m’occupe de mes planches uniquement les week-ends ou les jours fériés, car je suis élève au Centre de formation aux métiers. Les autres jours, c’est ma maman qui s’en charge », ajoute la jeune productrice Bibata.

À côté d’elle, Rams s’affaire à la corvée d’eau au bord d’un puits pour arroser les planches. « Je travaille ici depuis longtemps. Je suis très heureuse dans ce travail car j’y gagne bien ma vie. Grâce à cela, j’ai pu élever tous mes cinq enfants. Actuellement, j’ai même des petits-fils qui m’aident dans cette activité. Je cultive de la tomate, du chou, de la carotte et de la salade pour la consommation familiale, mais également pour la vente au marché », a-t-elle précisé, affirmant n’avoir aucun problème dans ce travail qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille et d’aider les autres. « Nous avons juste du matériel de travail comme les arrosoirs, les moto-pompes pour mieux pratiquer nos activités », ajoute-t-elle.
Quant à Aïchatou Moussa, une cliente, venue acheter de la salade fraîche, elle apprécie la qualité de la production. « Je suis venue acheter de la salade ici pour aller vendre. Ce jardin nous rend un grand service. Les femmes travaillent bien et les produits sont de bonne qualité », ajoute-t-elle.
Zabeirou Moussa et Yacine Hassane, Envoyés spéciaux
