M. Ali Kilili, président du village artisanal de Niamey
Véritable lieu de promotion du savoir-faire artisanal nigérien, le village artisanal de Wadata à Niamey, constitue un important espace de création, d’exposition et de commercialisation des produits artisanaux. Fabrication, création, exposition et vente y sont réunies afin de mettre en valeur le talent des artisans locaux. Cependant, depuis quelques années, ces derniers sont confrontés à plusieurs difficultés, notamment la baisse de la fréquentation et la mévente de leurs produits, qui fragilisent l’activité au sein de ce centre.
À l’entrée du site, le calme est frappant et les lieux semblent relativement peu fréquentés. Le seul bruit qui attire l’attention est celui des machines ou des outils utilisés par les artisans travaillant le fer, l’argent ou d’autres matériaux. Pourtant, ils sont bien présents. Assis dans leurs ateliers, certains observent l’entrée du centre et prêtent attention au moindre mouvement dans l’espoir de voir arriver un client.
Chaque passant représente ainsi un potentiel acheteur et chaque visite peut constituer une occasion de réaliser une vente ou d’enregistrer une future commande. Cette situation fait partie du quotidien de nombreux artisans installés depuis plusieurs années dans le centre. Selon le président du village artisanal, M. Ali Kilili, plusieurs facteurs ont contribué à la baisse de l’activité, notamment les conséquences de la pandémie de COVID-19, la persistance de l’insécurité dans certaines zones du Sahel ainsi que les répercussions des sanctions prises contre le Niger à la suite des événements du 26 juillet 2023. « Le Niger s’est retrouvé davantage isolé, ce qui a rendu plus difficiles les déplacements de certains visiteurs et touristes. Cette situation a également eu des conséquences sur la commercialisation et le transport des créations des artisans nigériens », a-t-il expliqué. Cette conjoncture a particulièrement affecté les 122 ateliers que compte le site, mettant à rude épreuve les conditions de travail et les revenus de nombreux artisans.

En dehors de ces difficultés, le président relève également plusieurs défis structurels, notamment l’accessibilité du centre, son emplacement entre la gare et le marché de Wadata, les questions liées à la sécurité ainsi que la vétusté des locaux. Selon lui, le site n’a pas bénéficié d’une rénovation importante depuis sa création.
« En raison des difficultés d’accès, certains consommateurs ne visitent pas le centre et préfèrent acheter les produits auprès d’autres revendeurs installés en ville. Nous travaillons également à renforcer la sécurité du site avec l’appui de la Police nationale », a-t-il indiqué.
Les clients se font rares
Sur place, la mévente des produits artisanaux est perceptible. « Il arrive que certains artisans ne vendent que quelques produits dans la journée, car la fréquentation reste faible alors que la production se poursuit », a déploré M. Bachir, artisan maroquinier.
Certaines femmes installées dans le centre, notamment dans les domaines de la couture et de la broderie, parviennent toutefois à maintenir leurs activités grâce à la formation. Elles organisent notamment des sessions destinées aux jeunes filles et disposent d’une clientèle qui leur permet de mieux rentabiliser leurs investissements. Les artisanes spécialisées dans la maroquinerie, en revanche, rencontrent encore des difficultés similaires liées à la commercialisation de leurs produits.
Malgré ces contraintes, le village artisanal demeure un espace important de promotion du savoir-faire local. Le président souligne que le centre regroupe différentes étapes de la production artisanale et que les pratiques ont beaucoup évolué depuis sa création.
À ses débuts, une grande partie du travail était réalisée manuellement. La mécanisation s’est progressivement développée, notamment à partir des années 2000. Aujourd’hui, les artisans cherchent davantage à intégrer l’innovation dans leurs méthodes de production.
Des initiatives pour améliorer la visibilité des artisans
Face aux difficultés de commercialisation, le président et la coopérative du centre ont engagé plusieurs initiatives destinées à améliorer la visibilité des artisans et de leurs produits. « Nous diffusons de petits documentaires sur les chaînes nationales et les réseaux sociaux, en mettant chaque mois un artisan à l’honneur afin de présenter son savoir-faire et de mieux le faire connaître. Nous cherchons également à promouvoir les produits à l’international et nous menons des actions de plaidoyer auprès du ministère de tutelle pour une meilleure valorisation du tourisme et de l’artisanat », a expliqué M. Ali Kilili. Le village artisanal a également accueilli les festivités de la Journée de l’artisanat, édition 2025. Cette occasion a notamment permis l’organisation d’un atelier de sensibilisation destiné aux artisans ainsi que d’une formation sur le commerce électronique (e-commerce). Une collaboration a également été engagée entre le centre, la Chambre des métiers de l’artisanat du Niger (CMANI) et Niger Poste, notamment autour d’initiatives susceptibles de faciliter la commercialisation des produits artisanaux. « Ces activités ont permis de sensibiliser les artisans sur les possibilités qui s’offrent à eux et de les encourager à moderniser leurs méthodes de production et de commercialisation afin de mieux valoriser leur savoir-faire », a-t-il ajouté.
Pour un artisan, être installé au village artisanal peut représenter une opportunité de bénéficier d’un cadre organisé et de certaines possibilités d’accompagnement. « Rejoindre le site permet à l’artisan de bénéficier de certains avantages liés à son activité et d’évoluer dans un cadre organisé. Il peut également avoir accès à des formations, des foires, des ateliers de sensibilisation et à d’autres opportunités », a précisé le président.

En définitive, le président du village artisanal appelle les autorités et les partenaires à renforcer le dialogue avec les artisans afin d’identifier des solutions adaptées aux difficultés auxquelles ils sont confrontés. De leur côté, les artisans souhaitent poursuivre leurs activités et contribuer à renforcer l’attractivité du centre, malgré les difficultés financières et commerciales. « Ce village représente un patrimoine important pour notre pays. Nous souhaitons que des dispositions soient prises pour rénover et moderniser le site afin qu’il réponde davantage aux besoins des artisans et aux attentes des visiteurs. Nous espérons également que l’État renforcera les dispositifs favorisant l’innovation, la création et la promotion des produits artisanaux locaux auprès des consommateurs et des visiteurs », a souhaité M. Ali Kilili.
Au-delà des difficultés actuelles, le village artisanal de Wadata reste ainsi un espace où se perpétuent et évoluent des savoir-faire locaux. Sa rénovation, une meilleure accessibilité et le développement de nouveaux modes de commercialisation, notamment numériques, pourraient contribuer à renforcer sa fréquentation et à offrir davantage de débouchés aux artisans.
Massaouda Abdou Ibrahim (ONEP)
