Mme Lenaboua Coulibaly, cheffe de la Division des mines et des hydrocarbures de la Commission de l’UEMOA
Avec 1452 milliards FCFA et 4 pôles industriels, l’UEMOA lance la bataille du phosphate pour nourrir l’Afrique de l’Ouest avec des engrais « sur mesure ».
Dans la dynamique de la formation des journalistes des États membres de l’UEMOA tenue à Ouagadougou, Mme Lenaboua Coulibaly, cheffe de la Division des mines et des hydrocarbures de la Commission de l’UEMOA, a présenté le Livre Blanc de la filière phosphate. Un document stratégique par lequel la Commission ambitionne de bâtir d’ici 2030 une industrie régionale d’engrais adaptés aux sols ouest-africains, de réduire les importations et de créer 50 000 emplois formels par an, à travers un programme d’investissement de 1452,5 milliards de FCFA.
L’UEMOA consomme seulement 13 kg d’engrais par hectare contre 143 kg dans le monde. Cette faible consommation pénalise directement les rendements agricoles. À cela s’ajoute une dépendance totale aux importations et une offre qui ne correspond pas aux réalités des sols. « Les engrais qu’on importe aujourd’hui ne tiennent pas compte de la nature des sols et des cultures », a souligné Mme Lenaboua Coulibaly. Autre paradoxe, la sous-région exporte son phosphate brut. Le Sénégal et le Togo vendent du minerai alors que l’espace UEMOA dispose de 50 millions de tonnes certifiées et 5 milliards de tonnes non certifiées. Résultat, on exporte aussi les emplois et la valeur ajoutée.
Pour inverser la tendance, le Livre Blanc fixe une vision à l’horizon 2040 : bâtir une filière intégrée de production d’engrais sur mesure au service de la sécurité alimentaire. Selon la chef de division, trois batailles sont à gagner. D’abord la bataille de la connaissance : caractériser et certifier les réserves aux normes internationales. Ensuite la bataille de la compétitivité industrielle : produire localement au lieu d’importer. Enfin la bataille de l’intégration communautaire pour éviter les distorsions liées aux subventions nationales.
Concrètement, 4 clusters industriels sont prévus : au Sénégal, à San Pedro en Côte d’Ivoire, au Togo et dans l’Est du Burkina Faso. Le choix tient compte des réserves, mais aussi des infrastructures portuaires et des corridors agricoles. À cela s’ajoutera un réseau de « blenders ». Ce sont des unités industrielles de proximité installées près des bassins agricoles. Après analyse de laboratoire, elles fabriqueront des mélanges d’engrais spécifiques à chaque sol et chaque culture. L’objectif est d’avoir 100% des sols cartographiés d’ici 2030.
Le Programme Régional 2026-2030 est doté de 1452,5 milliards FCFA. Le secteur privé est appelé à mobiliser 1191 milliards, soit 82% du budget. Les États prendront en charge les 239,5 milliards restants. Au-delà du financement, la Commission prévoit de créer 50 000 emplois formels par an. « L’objectif c’est que nos concitoyens occupent les postes dans les usines. Sinon ce seront des étrangers qui viendront », a mis en garde Mme Coulibaly. Pour cela, plusieurs milliers d’agriculteurs et plusieurs centaines de techniciens et d’ingénieurs seront formés chaque année.
Le Livre Blanc sera présenté très prochainement aux ministres en charge des mines de l’UEMOA. Une réunion avec le secteur privé sera également organisée pour lancer la mobilisation des financements.
Rahila Tagou (ONEP)
