Les participants au panel
Du 13 au 18 septembre 2026, la Commission de l’UEMOA a réuni à Ouagadougou des journalistes issus de ses États membres dans le cadre d’une formation. Au cœur des travaux, la présentation du Livre Blanc de la filière riz, un document de référence qui dresse un diagnostic de la dépendance de l’Union aux importations et trace une stratégie visant à atteindre l’autosuffisance à l’horizon 2040.
Depuis 2024, la Commission de l’UEMOA met en œuvre un Plan Impact visant à développer plusieurs secteurs, dont la filière riz. À travers le Livre Blanc, elle entend définir une stratégie commune avec le secteur privé pour renforcer la production et réduire la dépendance aux importations. Cette vision est ensuite déclinée en programmes quinquennaux comprenant des investissements, des réformes et des appuis au secteur privé, le tout dans un cadre de dialogue permanent.
Entre 2013 et 2023, la consommation de riz a doublé dans l’UEMOA. En revanche, la production ne suit pas. Elle reste dominée par le système pluvial, avec un rendement moyen de seulement 1,6 tonne à l’hectare, contre 5 tonnes en culture irriguée dans les pays asiatiques. Cette faible productivité s’explique notamment par le faible recours aux intrants de qualité. Les semences certifiées contribuent à 40 % du rendement, mais leur taux d’utilisation n’est que de 20 % à l’échelle régionale. Conséquence directe de ce décalage, la dépendance aux importations s’est aggravée. En 2021, 51 % du riz consommé dans l’UEMOA était importé, le taux d’autosuffisance n’étant que de 49 %. Une vulnérabilité majeure quand on sait que seulement 10 % de la production mondiale de riz est commercialisée à l’international.
À cela s’ajoute une faiblesse structurelle au niveau de la transformation. Seuls 2 % de la production locale sont aujourd’hui transformés par des procédés industriels permettant d’obtenir une qualité comparable à celle du riz importé. Les relations contractuelles entre producteurs, agro-industriels et commerçants restent faibles, tandis que le commerce intra-communautaire demeure entravé par le manque d’infrastructures, la non-harmonisation des normes de qualité et les mesures de restriction entre les États. Pour répondre à ces défis, la Commission a défini, avec le secteur privé, une vision commune, atteindre l’autosuffisance alimentaire dans le cadre d’une agriculture contractuelle, productive et durable.
Contractuelle, pour lier les acteurs par des contrats et sécuriser les investissements ; productive, pour améliorer les rendements aussi bien en culture pluviale qu’en culture irriguée ; et durable, pour intégrer les exigences environnementales et climatiques. Concrètement, il s’agit de passer de 8 millions de tonnes actuellement à 18 millions de tonnes de riz blanc, soit 27,8 millions de tonnes de paddy, afin de couvrir des besoins de consommation estimés à 30 millions de tonnes. L’objectif est de ramener la part des importations de 49 % aujourd’hui à seulement 10 % en 2040.
Pour y parvenir, quatre grandes batailles ont été définies. La première concerne la connaissance et l’innovation. Elle vise à adapter la filière au défi climatique à travers la recherche, les technologies adaptées et surtout une forte augmentation de l’utilisation des semences certifiées, qui doit passer de 20 % à 90 %, ainsi que la formation aux métiers de la chaîne de valeur. La deuxième bataille concerne l’aménagement des périmètres irrigués. L’objectif est d’inverser la tendance actuelle afin de produire davantage en culture irriguée qu’en culture pluviale, en optimisant les aménagements hydro-agricoles existants, souvent sous-exploités, et en créant de nouveaux périmètres permettant d’obtenir au moins deux récoltes par an.
La troisième bataille, qui constitue le cœur du changement, porte sur la productivité industrielle. L’ambition est de faire passer la transformation industrielle de 2 % actuellement à 90 % de la production à l’horizon 2040. Cette transformation se fera dans le cadre de contrats entre producteurs et industriels, à travers des agrégateurs. Ces derniers deviennent des acteurs clés du système. Ils fournissent aux producteurs un accès aux intrants, aux technologies et à la mécanisation, tout en sécurisant, en retour, l’approvisionnement des rizeries industrielles en paddy de qualité. Enfin, la quatrième bataille concerne l’intégration du marché communautaire. Il ne sert à rien de produire davantage si le riz ne peut pas circuler. Il s’agit donc de renforcer les infrastructures reliant les bassins de production aux pôles de consommation régionaux et de mettre en place un cadre réglementaire harmonisé sur la qualité et les politiques de soutien, afin de réduire les distorsions entre les États.
Cependant, la question du financement reste cruciale. La Commission a lancé un appel à la coalition en se positionnant comme chef d’orchestre. Le besoin global pour atteindre la Vision 2040 est évalué à 9 396 milliards de FCFA, pour un impact économique attendu d’au moins 3 568 milliards de FCFA de revenus annuels à partir de 2040. Le premier palier, correspondant au programme opérationnel 2026-2030, est évalué à 2 932 milliards de FCFA. Ce programme vise une étape intermédiaire de 65 % d’autosuffisance, soit 14 à 15 millions de tonnes de paddy, avec des rendements cibles de 3 tonnes à l’hectare en culture pluviale et de 7 tonnes en culture irriguée. Il prévoit également 20 % de transformation assurée par des agrégateurs, la réduction des pertes post-récolte de 30 % à 15 % et la création de 992 milliards de FCFA de valeur ajoutée. Dans le détail, sur les 2 932 milliards de FCFA prévus pour le quinquennat, 2 500 milliards sont destinés aux aménagements et à la productivité, 106 milliards au tissu industriel et à l’agrégation, 51 milliards à l’intégration du marché et 35 milliards à l’amélioration de l’environnement institutionnel et réglementaire.
Le modèle de financement repose sur un partage des rôles : l’État doit mobiliser 74 % des financements, notamment pour les aménagements hydro-agricoles qui relèvent des biens publics. Le secteur privé est attendu sur la transformation industrielle et, partiellement, sur les aménagements dans le cadre de partenariats public-privé. Quant à l’UEMOA et aux partenaires techniques et financiers, ils interviendront à hauteur de 4 % pour accompagner les réformes.
Rahila Tagou (ONEP)
