Ce n’est pas commode
La plus belle, la plus propre et la plus moderne ville du Niger, est censée être Niamey, la capitale. Mais, cette image coquette, chaleureuse et admirable demeure encore un mirage, surtout pour ceux qui viennent la visiter. Des sachets jetés un peu partout, des voies impraticables ou non éclairées, c’est le spectacle quotidien qu’offre la ville de Niamey. Malgré les efforts des autorités de la Ville de Niamey à travers la sensibilisation, la mise en place d’initiatives de gestion de déchets ou des sanctions, le constat reste amer et les pratiques prennent une dimension incontrôlable à cause des comportements inciviques de certains citoyens.
À Niamey, tant dans les quartiers périphériques qu’au centre-ville, le citoyen lambda s’adonne à un comportement devenu banal pour la majorité de la population. Jeter un sachet à travers la vitre d’un véhicule ou des objets, verser de l’eau sale à la devanture des maisons, retirer les batteries des lampadaires solaires, ou encore le non-respect des feux tricolores sont devenus des actes banalisés qui font partie du quotidien des populations.
Dans certains quartiers, la devanture des maisons s’apparente à un dépotoir alimenté par les riverains. Cette situation est devenue tellement courante qu’elle fait partie de la vie de ces derniers. « Hormis cet endroit, je ne vois pas où déverser cette eau sale car on a aucun caniveau dans le quartier et on ne peut pas garder cette eau dans nos maisons par peur qu’elle fermente et que nos enfants soient exposés », explique une mère de 29 ans résidant au quartier Gamkaley. Entre ceux qui déversent l’eau usée par dépit et ceux qui s’adonnent à cette pratique par choix, le changement demeure difficile. Mais, en plus de cette situation, certaines personnes continuent de déverser les déchets plastiques dans les quartiers, créant ainsi des dépotoirs géants au fil du temps.
Au quartier Sonuci, de l’autre côté de SATU, on aperçoit une montagne d’immondices. Cette dernière donne l’impression d’une dune de sable en mouvement mais, plus on s’approche, plus les couleurs deviennent plus visibles. Rouge, noir, blanc ou bleu sont les plus attirantes et elles représentent les différents sachets plastiques déversés tous les jours au même endroit par la population. « Ça fait des années que je vis dans ce quartier et je n’ai jamais vu un véhicule de la mairie venir ici pour interdire aux gens de déverser les poubelles ou les déchets plastiques ici. C’est devenu le dépotoir des habitants de ce quartier », déplore un vieil homme à la retraite. À cela s’ajoutent la défécation à l’air libre, le débordement des caniveaux, accentuant ainsi la prolifération des bactéries et les risques sanitaires avec la propagation des moustiques qui transmettent le paludisme.
Alors qu’il existe des bons réflexes et de bonnes pratiques qui sont, entre autres, balayer devant chez soi, recycler les déchets, utiliser des filtres avant de verser l’eau usée dans les caniveaux, créer un cadre de sensibilisation mutuelle. Toutes ces actions sont possibles et réalisables mais l’incivisme de la population s’avère être une épine bien plantée dans la société. Au vu de tous ces enjeux, des dispositions ont été prises par les autorités de la Ville de Niamey qui ont mis en place des poubelles dans certaines rues de la ville, réalisé des curages des caniveaux, des séances de sensibilisation à travers les médias. Mme Mabarouka Adamou, femme au foyer, estime qu’un citoyen ne doit pas tout attendre de l’Etat. « Nous ne pouvons pas tout attendre de la mairie car la construction du Niger ne peut se faire sans l’implication et la contribution des citoyens », a-t-elle dit.
Massaouda A. Ibrahim (ONEP)



