L’accumulation des déchets dans les rues témoigne des difficultés d’assainissement et du manque d’entretien des infrastructures
À Niamey, la question de l’hygiène et de l’assainissement a toujours été au centre des préoccupations des autorités municipales. Sur les grandes artères et dans les différents quartiers, plusieurs initiatives sont entreprises pour assainir la capitale afin que ‘’Niamey Nyala’’ soit une réalité. C’est ainsi que des infrastructures sont construites dans les quartiers pour faciliter la mobilité et le drainage des eaux après la pluie. Aux premiers moments de leur mise en service, ces voiries sont bien entretenues et font la fierté des populations. Mais, quelques mois plus tard, c’est le calvaire pour les habitants, avec des routes délabrées, des caniveaux obstrués et des déchets encombrants qui nuisent gravement au cadre de vie des habitants par le manque d’entretien.
Malgré les efforts constants des autorités pour assainir la capitale, la durabilité des ouvrages publics fait défaut. A Gamkalley, un des plus anciens quartiers de la capitale, le caniveau et le pavé ne manquent pas.

Entre la voie pavée dégradée, le caniveau à ciel ouvert obstrué par les déchets ménagers et les eaux stagnantes, le quotidien des habitants en saison des pluies est pénible. Le caniveau ouvert laisse voir de nombreux détritus flottant à la surface de l’eau et s’accumulant sur les bords. On distingue des emballages plastiques de différentes couleurs (bleu, jaune et noir), des déchets ménagers. Dans un passage entre deux murs, serpente une file d’eau sale directement déversée dans le caniveau. Près du goudron menant à Saga, situé en face de l’intendance militaire, un amoncellement d’ordures issues du curage des caniveaux par la mairie est visible. Toujours sur la même voie, dans un virage, la chaussée est difficilement praticable pour les véhicules en raison du mauvais état du pavé et de l’absence de caniveau, laissant des flaques d’eau et d’autres déchets s’accumuler.
M. Ismaël Amadou, habitant du quartier, revient sur l’utilité du caniveau réalisé il y a plus de dix ans. Pour ce résident, la réalisation de cet ouvrage constitue un ouf de soulagement pour la population. Il précise cependant que le délabrement du système d’évacuation saturé par les pluies déverse du sable sur les pavés, masquant totalement la chaussée. Aujourd’hui encore, malgré les années passées, le pavé est dans le même état, confronté à un manque d’entretien. « La vie ici est insupportable à cause de l’insalubrité et des moustiques qui nous rendent constamment malades. Malgré nos signalements aux autorités sur l’état déplorable des caniveaux, rien ne change, et nous sommes contraints de vivre dans une insalubrité quotidienne », a-t-il dit.
Au niveau de l’intersection, la voie est plus ou moins coupée, la circulation pour les véhicules est difficile. Souvent, des voitures se retrouvent coincées et il faut l’intervention des riverains pour les aider à sortir. « Au moment où l’administrateur délégué a commencé son initiative ‘‘une semaine un quartier’’, ses agents sont venus dans le quartier et on leur a montré le caniveau. Ils ont vu son état mais, jusqu’à présent, rien n’est fait », rappelle M. Ismaël Amadou avec un air désespéré.

Par le passé, le caniveau était bien entretenu et couvert. Aujourd’hui, tel n’est pas le cas. Avant, les agents de la marie nettoyaient l’infrastructure deux fois par ans au moins, aujourd’hui ils le font difficilement une fois dans l’année, selon les riverains. « Pour être franc, ce caniveau n’a pas connu d’entretien pendant plus de deux ans. Le dernier était une initiative des habitants qui ont formé une délégation pour aller solliciter l’aide auprès de l’intendant. Chose faite, mais, malheureusement, les déchets sont laissés à la bordure du caniveau à la merci du vent. Il a plu deux fois depuis lors et presque tout est retourné dans le caniveau. Je me rappelle une fois avoir vu les services de la mairie qui nettoient les grandes artères, abandonner le sable près du caniveau. Il a fallu que je les interpelle », confie Ismael.
Même son de cloche du côté de M. Issaka Moumouni, qui appelle la mairie à assurer et assumer son rôle. « Récemment, nous avons voulu initier une salubrité dans le quartier. Nous avons demandé à un agent de la mairie, qu’une fois le travail fait, nous voudrons bien que la mairie vienne enlever les ordures. La réponse qu’ils nous ont donnée a été d’attendre. Ils sont effectivement venus, mais ils n’ont pas fait le travail comme il faut », a-t-il ajouté.
Au moment où le caniveau était en bon état, il n’y avait pas d’inondation. Aujourd’hui, tel n’est pas le cas parce que l’eau pénètre jusque dans les habitations.
Manque de caniveau à Nordiré
Si dans certains quartiers, les riverains se plaignent du mauvais état des infrastructures existantes, d’autres quartiers n’en ont même pas. Dans l’arrondissement communal Niamey 5, la zone comprise entre la station Bazagor et l’ancien poste de police sur la route de Torodi est devenue impraticable suite aux dernières fortes pluies enregistrées dans le mois de septembre. L’emplacement des vendeurs d’oignon, les boutiques ainsi que les habitations en face de la station-service étaient sous les eaux. Les voies adjacentes sont devenues impraticables un moment en raison de la stagnation des eaux qui ont débordé jusque dans les habitations aux alentours. Il a fallu l’utilisation de motopompes pour évacuer les eaux en direction d’un bras du fleuve du côté du quartier Zarmagandey. « C’est compliqué pour nous, la situation est toujours la même. Chaque saison des pluies est un défi. L’eau stagne, il n’y a pas un moyen d’écoulement dans le quartier », déplore une riveraine.
Cette voie est pourtant l’une des routes principales empruntées par beaucoup de véhicules notamment les camions de ravitaillement en provenance du Burkina Faso via Torodi.
Au quartier Korey Bangou -Dar-Salam, la situation est encore plus critique. La voie est complètement bloquée par les eaux de pluie. Piétons, motocyclistes et automobilistes ne peuvent plus l’emprunter normalement. Cette situation perturbe les activités quotidiennes des riverains et des commerçants situés aux alentours de ce quartier. M. Issaka Moussa est assis sur un banc, dans l’attente d’éventuels clients. Réparateur de motos, il habite le quartier depuis plusieurs années. « Cela fait aujourd’hui 20 ans que je vis dans ce quartier. Ce blocage de la route par les eaux stagnantes ne date pas d’aujourd’hui. C’est un endroit où l’eau sort d’elle-même de la terre. Mais aujourd’hui, avec les fortes pluies enregistrées, l’endroit est devenu impraticable pour tout le monde car il n’y a pas de système de drainage. Les piétons, les motocyclistes, les voitures, les usagers, personne n’emprunte plus cette voie. Pourtant, c’est une grande voie qui part de la pharmacie 3-Août pour rejoindre la route Niamey–Nyala », a-t-il relevé.

Il a ensuite profité de l’occasion pour lancer un appel aux autorités afin qu’elles interviennent pour réhabiliter cette voie qui, selon lui « permettra non seulement la fluidité de la circulation, mais aussi le développement du commerce ».
Quant à M. Issoufou Moussa, conducteur de taxi, il salue positivement le travail d’entretien des routes et de curage des caniveaux entrepris par la mairie dans certains quartiers de la ville. « Sur les grandes artères, chaque jour, on voit des agents de la mairie. Certains font le curage, d’autres balaient les voies. Cela seul ne suffit pas ; il faudrait que cette action soit étendue dans tous les quartiers. Car nous, les conducteurs de taxis, nous connaissons le manque d’infrastructures de voiries et d’assainissement dans les différents quartiers de Niamey. Il y a certains quartiers comme Koubia, Dan Zama koira et Bassora où on n’ose pas y aller même si on nous paye beaucoup, parce que les voies sont impraticables. Dans ces quartiers, le plus souvent, l’eau est mélangée à des sachets plastiques, des résidus de nourriture. Pire, il y a même certains qui ouvrent leurs fosses quand l’eau passe », a-t-il déclaré.
En dépit des efforts déployés par les autorités municipales pour assainir la capitale et lutter contre les inondations, le problème persiste dans plusieurs quartiers. Cette situation s’explique par le manque de civisme de certains habitants et par l’insuffisance des actions menées par la mairie. Pour y remédier, la population doit adopter un comportement plus civique, en évitant de jeter les déchets solides n’importe où, en particulier dans les caniveaux. De son côté, la mairie doit poursuivre le curage régulier des caniveaux ; les interventions pour évacuer les eaux et réhabiliter les voies inondées pendant chaque pluie et enfin la réalisation des ouvrages de drainage dans les quartiers inondables afin de contribuer au développement durable de la ville.
Fatiyatou Inoussa et Yacine Hassane (ONEP)



