Le bijoutier Issoufou Yacouba
Mardi 23 décembre 2025, il est un peu plus de dix heures trente au village artisanal de Niamey. Sous un hangar de fortune où l’on peut lire « Bijouterie touareg de l’Aïr, atelier N B7 », à peine protégé par quelques tôles rouillées, Issoufou Yacouba s’affaire entre des vitrines modestes et des outils patinés par le temps. Penché sur une bague encore brute, il travaille avec minutie. Le métal chauffe, rougit, se transforme, puis se laisse dompter sous ses doigts. Chaque geste est précis, chaque détail est pensé avant d’être exécuté. Ici, la bijouterie n’est pas seulement un métier, mais une école de patience, de discipline et de survie.
Issoufou Yacouba est né en janvier 1993 à Belbédji, dans la région de Zinder. Très curieux dès son jeune âge, il entame sa scolarité comme tous les enfants nigériens à l’âge de sept ans. Mais arrivé en classe de 6ème à Bouza, dans la région de Tahoua, il est contraint d’abandonner les bancs de l’école. Une rupture brutale, commune à de nombreux jeunes nigériens, surtout ceux issus des villages éloignés des grandes villes, qui aurait pu étouffer ses ambitions. À la différence de beaucoup, il refuse de céder. Plutôt que de se résigner, il choisit d’apprendre autrement, en forgeant son avenir de ses propres mains. C’est ainsi qu’en 2007, encore adolescent, Issoufou découvre la bijouterie. « Les premiers pas n’ont pas été du tout faciles, car j’ai passé de longues heures à observer, avec des gestes maladroits et des brûlures de métal sur le corps. Mais Alhamdoulillah, la persévérance et l’amour du travail ont fini par porter leurs fruits. Aujourd’hui, je manie les matériaux comme je veux », explique-t-il.
Au fil des années, il apprivoise l’argent, le cuivre, le nickel et le bronze. Chacun de ces métaux, dit-il, a ses caprices, ses secrets, mais surtout ses résistances. « Pour moi, l’argent est mon allié le plus précieux et le plus prisé par la clientèle, mais son principal problème est qu’il est rare et difficile à trouver sur le marché », souligne-t-il.
Après avoir achevé son apprentissage en 2010, Issoufou prend la route de Niamey et s’installe au village artisanal, ce haut lieu du savoir-faire traditionnel nigérien, où il exerce depuis lors. Son atelier, modeste mais ordonné, devient peu à peu un espace de création et de rencontres. « Nous sommes quatre sous ce hangar et chacun travaille indépendamment. Nous fabriquons des bagues, bracelets, colliers, boucles d’oreilles, pendentifs et bien d’autres articles, parfois sur commande, parfois selon notre inspiration du moment », explique-t-il.
Pour se procurer les matières premières, Issoufou Yacouba dépend des réseaux d’approvisionnement venant du Nigeria ou des zones aurifères. Mais l’accès au métal devient de plus en plus coûteux et incertain. Cette dépendance fragilise son activité, comme celle de nombreux artisans du village. Chaque gramme d’argent est une conquête et chaque bijou achevé, une victoire contre la précarité.
Mais, constate-t-il, depuis quelque temps, la population nigérienne s’intéresse de plus en plus aux bijoux traditionnels. Les prix, précise-t-il, varient en fonction de la qualité de l’article, de la matière utilisée et de la bourse du client. « Pour nous, Alhamdoulillah, grâce à ce travail, je parviens à prendre en charge ma modeste famille et même à aider mes proches de temps en temps », confie-t-il.
Cependant, la flambée des prix des métaux, notamment de l’argent, menace l’équilibre de ce métier et fragilise l’activité. « Avant, l’argent coûtait autour de 400 FCFA le gramme, mais aujourd’hui, pour en avoir, il faut parfois dépenser 950 FCFA ou plus pour un gramme. C’est très cher », insiste-t-il. Cette hausse l’oblige soit à réduire sa marge, soit à augmenter les prix de ses articles. « C’est un dilemme quotidien : préserver la qualité de mon travail sans sacrifier mes revenus », reconnaît-il. « Malgré tout, je continue à persévérer, car pour moi, chaque bijou vendu est une victoire silencieuse contre la précarité. Et chaque commande honorée est une preuve que l’artisanat reste une voie de dignité et d’espoir pour tous les Nigériens », conclut-il. Issoufou Yacouba invite enfin les jeunes Nigériens à cultiver l’amour du travail bien fait, l’esprit de créativité et l’entrepreneuriat.
Adamou I. Nazirou (ONEP)
