Pr Tankari Dan Badjo Abdourahamane
La gestion des déchets est un défi majeur peu considéré. Dans diverses localités du Niger, le seul moyen d’élimination des déchets reste le brûlage. Bien qu’étant toujours une méthode envisagée, cette pratique constitue une menace pour l’environnement. Plusieurs personnes qui s’y adonnent, ignorent souvent totalement ses dangers.
Les dépotoirs et décharges publiques sont souvent remplis de fumée et de restes de déchets brûlés ou à moitié brûlés. Cela est causé par des personnes qui mettent le feu aux ordures en pensant bien faire, croyant réduire leur volume et protéger la nature. Pourtant, cette pratique va à l’encontre de la loi qui interdit l’usage, l’importation, la vente et le stockage des sachets plastiques souples à faible densité.
Dans certains quartiers, l’acte est considéré comme une action sociale. C’est bien le cas des voisins d’un terrain vide qui se sont vu imposer un dépotoir par les autres habitants. À ce niveau, chaque fois que le dépotoir déborde, ce sont les personnes qu’il dérange qui se mobilisent pour l’amasser et le brûler. Parmi eux, un homme âgé de la soixantaine brûle les déchets pour libérer l’accès des fidèles à la mosquée. Selon lui, il ne le fait « ni pour plaire ni pour attendre une récompense de la part de quelqu’un, mais pour une noble cause ». En posant ce geste « salutaire », tel qu’ils le conçoivent, ils exposent l’environnement à de multiples dangers, allant de la pollution de l’air, du sol et de l’eau, jusqu’à engendrer des menaces pour la biodiversité.

Pour mieux comprendre les zones d’ombre et les différents risques qui découlent du brûlage des déchets, nous avons rencontré Pr Tankari Dan Badjo Abdourahamane, professeur titulaire en agronomie et environnement à l’Université Abdou Moumouni et coordonnateur du CRESA. Il aborde le problème sous l’angle technique. Pour lui, il faut à chaque fois trier les déchets afin de séparer ceux qui ne sont pas dangereux, à savoir les déchets ménagers et municipaux ainsi que les déchets inertes, des déchets dangereux, produits notamment par les industries. Les déchets non dangereux, dit-il, peuvent être valorisés, tandis que les déchets dangereux doivent être éliminés, d’où la nécessité d’une gestion structurée.
Pour le cas du plastique, très fréquent au Niger, l’enseignant-chercheur en environnement indique qu’il pollue l’environnement aussi bien sous sa forme initiale que lorsqu’il est brûlé. La meilleure solution, selon lui, serait d’interdire strictement son utilisation. Le brûlage des déchets plastiques propage dans l’air une panoplie de polluants extrêmement toxiques, notamment des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP), des Éléments Traces Métalliques (ETM), des Composés Organiques Volatiles (COV), du monoxyde de carbone (CO), des oxydes d’azote (NOx) et des particules fines (PM10 et PM2,5), causant des cancers, des troubles respiratoires et cardiovasculaires, tout en contribuant au réchauffement climatique.
« Ces polluants ne vont pas rester de manière définitive dans l’air. Ils vont se redéposer, soit par la voie humide lors des pluies, lorsque l’atmosphère est dégagée, soit par la voie sèche. À travers cette dernière voie, les polluants présents dans l’air vont s’accoler à des particules, leur poids augmentera et ils reviendront alors au sol. Cela va contaminer le sol », a mentionné Pr Tankari Dan Badjo Abdourahamane.
« Une fois sur le sol, ces polluants peuvent également ruisseler vers les cours d’eau. Ceux-ci vont être contaminés, les poissons qui s’y trouvent seront touchés, et l’homme qui va pêcher ces poissons pour les consommer sera aussi affecté », a-t-il relevé.
Quelle alternative pour une bonne gestion ?
Face à des particuliers qui, voulant bien faire, aggravent la situation, l’enseignant-chercheur en agronomie et environnement a relevé l’importance d’appliquer d’abord l’un des cinq principes fondamentaux de la loi n° 98-56 du 29 décembre portant loi-cadre relative à l’environnement, à savoir le principe de participation, qui stipule que « chacun doit avoir accès aux informations relatives à l’environnement, y compris celles relatives aux substances et activités dangereuses ». Pour pouvoir participer à une action sociale, il faudrait disposer des informations nécessaires.

Toujours pour mieux cerner la problématique des déchets, Pr Abdourahamane mentionne l’urgence de prendre des mesures afin de permettre une bonne gestion. Cette gestion, indique-t-il, repose sur une approche pratique dénommée « T-2R-E : Tri – Réutilisation et Recyclage – Élimination ». Elle démarre par un premier pas qui consiste à faire le tri des déchets. Cette étape permettra de séparer les déchets valorisables, qui pourraient être réutilisés ou recyclés, des déchets dangereux ou ultimes destinés à être éliminés.
L’enfouissement et l’incinération, des solutions envisageables
Pour éliminer les déchets ultimes, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent subir ni une réutilisation ni un recyclage, deux grandes techniques peuvent être utilisées : l’incinération ou la mise en décharge.
L’incinération est un mode de traitement des déchets qui consiste à les brûler dans des fours à une température comprise entre 700 et 1 000 °C. « Plusieurs avantages sont à tirer de ce processus : une technique adaptée à toutes sortes de déchets (dangereux et non dangereux, solides et liquides) ; une forte réduction du volume des déchets (environ 90 %) et de leur masse (environ 70 %) ; et la production de mâchefers, des résidus solides obtenus après combustion, qui sont valorisables », a-t-il mentionné.
« Autre avantage, lorsque l’on incinère les déchets entre 700 et 1 000 °C, une grande quantité de chaleur est générée. Cette chaleur peut être captée et transformée en électricité, en énergie », a fait savoir Pr Tankari Dan Badjo Abdourahamane.
Lorsque ces gaz sont traités, il subsiste des résidus dangereux qui doivent être récupérés et placés dans une décharge de classe I, conçue pour les déchets dangereux.
La deuxième technique, la mise en décharge, nécessite « la mise en place de décharges contrôlées, définies comme des sites d’élimination des déchets par dépôt sur ou dans la terre. On en distingue trois types selon les catégories de déchets : les décharges de classe I pour les déchets dangereux, les décharges de classe II pour les déchets non dangereux et les décharges de classe III pour les déchets inertes », a-t-il expliqué.
« Malheureusement, à ce jour, la ville de Niamey ne dispose ni d’un incinérateur d’ordures ménagères ni de décharges contrôlées », a-t-il conclu.
Bachir Djibo et Aboubacar Zakary Nouroudine (Stagiaire)
