Colonel Massalatchi Mahaman Sani
Monsieur le Gouverneur, le CNSP a deux ans au pouvoir, quel est l’état général de votre entité administrative en particulier sur le plan sécuritaire ?
De par sa position géographique, la région de Zinder est limitée au sud par la République Fédérale du Nigeria, au nord par la région d’Agadez, à l’Est par la région de Diffa et à l’Ouest par la région de Maradi.
Au plan sécuritaire général, c’est une région qui connaît une relative accalmie comparativement aux régions frontalières. En termes d’actes terroristes l’on note le sabotage du Pipeline survenu la nuit du 16 au 17 Juillet 2024 dans le département de Tesker.
Nonobstant cette accalmie, la position géographique fait de cette région un axe privilégié des mouvements migratoires en direction du Maghreb.
De manière générale, la région est propice à une criminalité transnationale caractérisée par la contrebande des marchandises diverses dont les hydrocarbures en particulier, le trafic de la drogue, des armes à feu et des munitions. Ce genre de criminalité est perceptible notamment à Tanout avec les vols à main armée sur les axes routiers, des conflits meurtriers opposant agriculteurs et éleveurs. Quant à Gouré et Tesker, ils constituent des zones propices pour la circulation des armes et munitions de par leur proximité avec la Libye.
Dans les centres urbains, la situation se caractérise par les petite et moyenne délinquances qui se manifestent par des atteintes diverses (vols, agressions, consommation des drogues à risque et à haut risque, incivisme).
Enfin, l’inobservation des règlements met en lumière des comportements anarchiques avec une fréquence élevée d’accidents mortels de la circulation routière.
Quels changements avez-vous relevés dans la vie de la population de votre Région et dans son état d’esprit par rapport à la marche du pays ?
La population de la région de Zinder fait partie des premiers soutiens de la prise du pouvoir par le CNSP, le 26 juillet 2023. Depuis lors, l’esprit de patriotisme et d’engagement a toujours caractérisé les comportements des populations de la région. Elles ont le sentiment et la conviction à travers les décisions prises par les plus hautes autorités que notre pays est en marche vers l’affirmation de sa souveraineté et de son développement.
Quels sont les principaux acquis à capitaliser notamment dans le cadre du Programme Grande Irrigation ?
Dans le cadre du Programme Grande Irrigation (PGI), il y a eu la réhabilitation et l’extension du périmètre hydro-agricole de Kassama. Ainsi, de 65 ha, la superficie de ce périmètre est réhabilitée et étendue à 100 ha. Ce qui a boosté la production du riz, l’augmentation du rendement du riz et du blé. La réhabilitation du barrage est en cours.
Il y a aussi l’aménagement de la mare de Falki. Suite à l’appel lancé par la population de Falki, la mare de plus de 600 ha a été sécurisée par les travaux de rehaussement du seuil et les digues de fermeture ainsi que la réalisation d’une digue de protection du village et un volume de plus de 2 000 000 m3 d’eau sera disponible pour permettre la pratique des cultures irriguées.

Un nouveau dossier d’aménagement d’un site de 220 ha a été ficelé et soumis à l’ONAHA pour la réalisation d’un périmètre hydro-agricole de 220 ha à Jambirji.
Plusieurs projets ont emboîté le pas à la politique de nos plus hautes autorités. On peut citer le PACIPA, un projet négocié par l’Etat Nigérien pour la réalisation des petits périmètres irrigués sur l’ensemble de la région pour une superficie de 800 ha. Les sites ont été proposés par une équipe régionale du développement rural. La confirmation de ces sites est pour bientôt par une mission du niveau national. Toujours dans le cadre du même projet, un site de 200 ha sera bientôt étudié et aménagé dans le département de Kantché.
En somme, les principaux acquis à capitaliser dans le cadre de la grande irrigation sont l’augmentation des superficies irrigables ; l’amélioration de la disponibilité en eau pour répondre aux besoins des cultures à travers la mise en place des moyens de captage ; la diversification des cultures avec une forte intensification de production de riz et de maïs ; l’engouement de la population pour la production irriguée ; l’amélioration de l’accès aux denrées alimentaires (riz et maïs) ; l’amélioration de circuit de commercialisation des produits (vente groupée).
Quels sont les défis et surtout les espoirs de la population ?
Les défis au niveau de la région de Zinder sont principalement d’ordre sécuritaire et économique.
Sur le plan sécuritaire, pour préserver l’accalmie, la région doit œuvrer constamment pour lutter contre les trafics de tout genre et les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs, qui se soldent souvent par des pertes en vies humaines.
Sur le plan économique, la timidité des échanges commerciaux avec le Nigeria et la rareté d’emploi pour les jeunes ont naturellement affecté les revenus des ménages, d’où les difficultés de résilience.
Malgré l’existence de ces défis, les populations sont optimistes et croient fermement au changement en vue d’une amélioration de leurs conditions de vie. Les mesures et les actions prises par les plus hautes autorités sur la souveraineté alimentaire sont des indices probants.
Propos recueillis par
ONEP
