Réki Moussa Hassane Ep Brah Ali
Le Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie a été créé par l’ordonnance № 2023-13 du 11 Octobre 2023 modifiée et complétée par les ordonnances N°2023-18 du 21 décembre 2023 et N°2024-42 du 16 août 2024. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, la Présidente du Comité de Gestion, Mme Réki Moussa Hassane, revient sur les objectifs assignés au FSSP, ses missions et sa gouvernance. Elle nous présente aussi le bilan des 20 mois d’activités du FSSP et évoque les perspectives.
Bonjour Mme la Présidente, pouvez-vous nous rappeler les objectifs du Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie ainsi que sa gouvernance ?
Merci bien à l’ONEP pour cette opportunité que vous nous offrez afin de parler du Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie. Il faut rappeler que la création du FSSP est intervenue dans un contexte particulier de notre pays. Au lendemain de l’avènement du CNSP, la communauté internationale et même régionale a imposé au peuple nigérien des sanctions très dures. C’est dans ce contexte que le FSSP a été créé afin de participer à la quête de notre souveraineté, notamment sur le plan sécuritaire, alimentaire et économique. Cinq (5) objectifs ont été assignés au FSSP: la mobilisation de ressources ; le financement des appuis au renforcement des capacités des Forces de Défense et de Sécurité en les dotant d’armements et de moyens logistiques ; la participation à la prise en charge des citoyens victimes de déplacement forcé lié à l’insécurité, leur relocalisation, leur réintégration locale et retour volontaire ; la prise en charge de la mobilisation sociale des populations dans le cadre des actions citoyennes et la création d’emplois en faveur des jeunes et des femmes à travers le financement des projets innovants, c’est l’objectif le plus récent consacré par la dernière ordonnance du 16 août 2024. Cette dernière a consacré à cet effet, la mise en place d’un Fonds d’Investissement Souverain. Il s’en suivra un décret d’application pour le rendre opérationnel.
Pour ce qui concerne la gouvernance, un dispositif de gestion à deux niveaux (stratégique et opérationnel) a été mis en place. Au niveau stratégique, un comité de gestion de huit membres que je préside et, au sommet, un ordonnateur en la personne du Secrétaire permanent du CNSP. Au niveau opérationnel, le Comité de Gestion est assisté par un personnel d’appui, des prestataires et des volontaires. Globalement, le fonds est animé par une équipe d’une quarantaine de personnes.
Pour bien assurer la communication, la sensibilisation des Nigériens, nous avons mis en place un noyau national et des noyaux régionaux qui appuient les gouverneurs dans la sensibilisation pour l’adhésion populaire. Pour être encore plus proche de la population, nous avons lancé l’initiative « Tchéton Kassa » le 28 mai 2025 à Niamey dans le Vè arrondissement. Cette initiative a pour objet de sillonner chaque semaine un quartier afin d’informer, de sensibiliser et d’écouter la population. En région, c’est Zinder qui a été retenue pour la phase pilote de l’initiative « Tchéton Kassa» animée par le noyau régional.
Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre de la redevabilité et la reddition des comptes, sera étendue bientôt aux autres régions, de sorte que d’ici la fin de l’année, tous les noyaux régionaux soient davantage actifs.
Mme la Présidente, combien de ressources avez-vous mobilisées à date ?
En termes de mobilisation, nous sommes à la date du 23 juillet à 29 794.389.359 FCFA dont 32 % constituent les contributions volontaires.
Je voudrais également rappeler qu’en ce qui concerne la mobilisation de fonds, il existe deux catégories de contributions : les contributions volontaires et les prélèvements institutionnalisés. S’agissant des contributions volontaires, le FSSP reçoit des contributions en numéraire (espèces et chèques) et en nature des populations, des entreprises publiques, des entreprises privées et de tout autre opérateur économique ainsi que des ONG, Associations, projets et programmes de développement, de la diaspora et des amis du Niger. Quant aux prélèvements institutionnalisés, au nombre de onze, le FSSP reçoit des ressources provenant de plusieurs secteurs d’activités.
Mme la Présidente, quelle utilisation avez-vous faite de ces ressources et dans quels secteurs avez-vous principalement intervenu ?
A ce niveau, je dois préciser que l’ordonnance prévoit deux types de dépenses : les dépenses d’intervention et les dépenses de fonctionnement. En termes de dépenses d’intervention, nous avons les acquisitions et le financement des projets. Les acquisitions sont faites au profit des FDS. Ainsi, des centaines de véhicules et motos, de matériels stratégiques de sécurité et de transmission, de la pneumatique et autres équipements de travail ont été livrés aux FDS. Le coût total de ces acquisitions pour la sécurité s’élève à plus de 15 milliards F CFA. Par ailleurs, le FSSP a financé trois projets, dont :
- Le Programme Grande Irrigation : Réhabilitation des aménagements hydroagricoles des sites CDA et LADA dans la région de Diffa pour un montant de 2 224 172 950FCFA, dont 70% sont décaissés. Le maitre d’œuvre est l’ONAHA qui a eu à aménager plus de 200 ha du site CDA à Diffa où on produit plusieurs spéculations (riz, maïs, blé, etc.), à réhabiliter 11 forages et à réaliser 10 autres afin de renforcer le réseau d’irrigation. Ce projet a favorisé la création de 1 394 emplois dont 331 permanents. Il comprend aussi les travaux de réhabilitation et de rechargement de l’ancienne digue d’un kilomètre et la construction d’une nouvelle digue d’un km pour protéger les aménagements et la ville de Diffa.
- Le Projet de commercialisation du poisson de Diffa pour le développement de la filière poisson, l’encadrement et l’accompagnement des acteurs de la chaîne de valeur. Le FSSP participe à hauteur de 375 millions de FCFA en financement match avec d’autres partenaires. Ce financement consiste à l’achat de plusieurs équipements pour assurer la conservation du poisson frais. Les acquisitions sont en cours.
- Le Projet ILMI DA NASIHA A MISSALI : d’un coût total de 118 millions de FCFA, est porté par l’Union des Scolaires Nigériens (USN). C’est un projet de sensibilisation et d’éducation de masse axé sur la citoyenneté, la consommation des stupéfiants et la désinformation. Cette campagne a permis d’atteindre des centaines de milliers de nos compatriotes. Les scolaires ont aussi prêché par l’exemple en récupérant 4 026 tables-bancs cassés et plantant 7 000 plants dont 40% sont des arbres fruitiers.
Globalement, nous sommes à 16 621 864 377 FCFA de dépenses pour les acquisitions et les projets. Nous attendons d’autres équipements pour lesquels les contrats sont déjà signés.
Je tiens aussi à préciser qu’à ce jour 95% des ressources sont consacrées aux acquisitions au profit des FDS pour renforcer le sécurité, 4% au financement des projets et 1% pour le fonctionnement et la mobilisation des ressources.
Mme la Présidente, avez-vous un programme spécifique pour les familles de nos vaillants combattants tombés sur le champ d’honneur ?
Notons que les familles des FDS sont soutenues par un service dédié du ministère de la défense nationale. Nous participons à ce soutien en termes d’affectation de certaines contributions en nature. C’est ainsi que, Le FSSP a attribué plus d’un milliard de FCFA de bourses d’étude destinées aux orphelins des FDS et aux FDS dans le cadre du renforcement de leurs capacités. Des vivres, du bétail, de l’habillement pour enfants et adultes, kits de cuisine à gaz, des jouets, des plants d’arbres ont été également affectés aux familles des FDS et aux opérations civilo-militaires.

Mme la Présidente, y a-t-il eu d’autres affectations des contributions en nature ?
Nous avons réceptionné plusieurs contributions en nature dont des matériels médicaux, médicaments ainsi que des ambulances affectées au Ministère de la Santé. Il y a aussi des matériels didactiques (livres, cahiers, craies, etc.) affectés au ministère en charge de l’Education ; de l’engrais affecté au ministère de l’Agriculture ; des véhicule, pneumatique, huile de vidange et accessoires, garage mobile, des tenues militaires, du carburant, etc. affectés aux ministères en charge de la Défense et de l’Intérieur.
Nous avons aussi réceptionné des services comme la connexion Internet fournie par une société privée, les couvertures médiatiques gratuites de nos activités qui sont aussi des contributions inestimables. Bref, la valeur des contributions en nature affectées s’élève à 3 518 686 898 de FCFA.
Que peut-on retenir en termes de perspectives pour le FSSP?
Les perspectives majeures du FSSP se présentent comme suit :
- Le renforcement des ressources avec des nouvelles niches pour mieux adresser les priorités sécuritaires mais également les autres objectifs. A cet effet, depuis six mois, nous sommes en réflexion pour identifier de nouvelles niches de prélèvements afin d’accroitre les ressources du FSSP ;
- L’opérationnalisation du Fonds d’Investissement (FI) ;
- La création d’alliances stratégiques avec des partenaires comme les médias qui jouent un rôle important dans la communication de proximité.
Je saisis cette occasion pour remercier l’ensemble des contributeurs pour nous avoir permis d’atteindre ces objectifs.
Recueillis par Zabeirou Moussa (ONEP)
