Défendre le droit à l’accès et à la protection des semences locales : Les paysans, vent debout contre la menace de privatisation de leurs semences

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Les paysans et populations rurales, notamment, nourrissent plus de 70 pour cent de la population mondiale et sont des agents clés de la préservation de la diversité bio-culturelle dans les systèmes alimentaires, selon la FAO. L’importance des semences, des connaissances traditionnelles et des innovations est de plus en plus reconnue comme un facteur crucial dans les efforts visant à mettre un terme à la perte rapide de biodiversité, notamment dans le contexte de l’élaboration d’un nouveau cadre mondial pour la biodiversité dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB), reconnait, le traité international adopté lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Aussi, le droit aux semences des paysan.ne.s est-il inscrit dans des accords internationaux, tels que le Traité international sur les ressources phyto-génétiques pour l’alimentation et l’agriculture (TIRPAA), la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP). En dépit de toutes ces dénonciations et ses textes, les semences paysannes sont de plus en plus menacées, aussi bien au Niger, qu’un peu partout en Afrique. Les sociétés civiles et les paysans se mobilisent pour porter le combat contre cette menace et surtout contre la privatisation de leurs semences.

Les semences paysannes sont, le plus souvent, identifiées comme traditionnelles, locales, anciennes. Le Réseau Semences Paysannes (RSP), qui réunit une centaine d’organisations soutenant l’agriculture biologique et paysanne, les définit ainsi : « semences sélectionnées et reproduites par les paysans dans leurs champs de production. (…) Leurs caractéristiques les rendent adaptables à la diversité et à la variabilité des terroirs, des climats, des pratiques paysannes et des besoins humains sans nécessaire recours aux intrants chimiques. Reproductibles et non appropriables par un titre de propriété, ces semences sont échangées dans le respect de droits d’usage définis par les collectifs qui les ont sélectionnées et conservées ». L’une des menaces, auxquelles ces semences font face, est sans nul doute, les aliments produits industriellement, les lois restrictives sur les semences, les revendications de propriété intellectuelle, les modifications génétiques et surtout la tendance à la privatisation des semences. « Ces menaces réelles et rampantes risquent, si l’on y prend garde d’aboutir, ici comme ailleurs, à une privatisation des semences des vaillants paysans, jalousement conservées et reproduites durant des siècles pour nourrir leurs ménages et alimenter les marchés de nos pays », s’inquiète Maazou Sadate, cultivateur de son état. Des batailles sur les droits des agriculteurs sur leurs semences s’organisent un peu partout. « L’expansion de l’agriculture industrielle s’est accompagnée d’une diminution spectaculaire de la biodiversité agricole et des menaces des semences authentiques, traditionnelles, transmises de pères en fils, surtout dans les pays africains », dénonce M. Djbo Bagna, Président de la PFPN (Plateforme Paysanne du Niger). De plus en plus, selon lui, les producteurs et les intellectuels africains prennent conscience de ce ‘‘fléau’’, qui non seulement risque d’annihiler les efforts des paysans mais aussi de compromettre l’existence même des moyens de survie des millions d’agriculteurs, notamment dans les pays sahéliens comme le Niger. Par exemple, le niébé qui est une légumineuse très populaire en Afrique de l’Ouest et particulièrement nutritif, est en passe d’être privatisé, s’il ne l’est déjà, par Monsanto qui promeut désormais un niébé BT. Ainsi, après le coton et d’autres semences déjà privatisés, c’est le fameux niébé qui est ciblé.

Le tour à quelles semences ?

Des organisations paysannes appuyées par leurs partenaires se mobilisent contre ces pratiques de privatisation des semences locales paysannes. Une rencontre régionale a été organisée par la PFPN, en avril 2021, à Niamey, pour tenter de faire avancer le droit d’accès aux semences des paysans et dénoncer leur privatisation rampante. La rencontre de Niamey a permis de : rappeler l’importance des systèmes semenciers paysans pour l’agro-écologie paysanne et la souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest, de faire l’état des lieux des processus nationaux pour la reconnaissance juridique des systèmes semenciers paysans (SSP), de comprendre les positionnements internationaux relatifs à la mise en œuvre des droits des paysan.ne.s aux semences, mener la réflexion sur comment mettre en œuvre les droits des agriculteurs dans les lois nationales et régionales, de mettre en commun les enseignements et les recommandations pour la mise en œuvre des droits des paysan.ne.s dans les lois nationales et cadres juridiques, d’établir un agenda pour l’action de promotion et reconnaissance des systèmes semenciers paysans en Afrique de l’Ouest et d’adopter la déclaration de l’atelier sur la prise en compte des systèmes semenciers paysans dans les

cadres juridiques nationaux et régionaux.

Les semences

paysannes font face à divers défis

Les semences en générale et forestières en particuliers font parties des richesses patrimoniales et culturelles de nos sociétés. Les violer, les modifier ou les privatiser serait un acte criminel, estime le président de la PFPN, M. Djibo Bagna. «Je dirais que c’est un crime contre l’humanité que de privatiser nos semences locales. Nous ne devons pas les laisser faire », renchérit-t-il. Selon lui, certes actuellement compte tenu de certaines contingences les semences paysannes, qui contribuent à la diversité, la qualité et l’accessibilité des aliments à une grande majorité de la population, font face à certains défis. Déclinant les quelques difficultés que rencontrent ces semences, notamment, les semences Forestières, M. Hassane Djibo, Directeur du Centre National des Semences Forestières (CNSF) cite des difficultés techniques, (Non maitrise de la phénologie et/ou de la biologie de certaines espèces, ce qui ne  permet pas de planifier la récolte des semences ; Absence de parcelles conservatoires artificielles ; Absence de campagnes et programmes nationaux de récolte de semences tenant compte des standards internationaux ; amenuisement des sources naturelles de récolte des semences du fait des changements climatiques et activités  anthropiques, etc). Des  difficultés d’ordre économique comme la famine,  la pauvreté ;  des difficultés d’ordre social notamment l’extension des villes au détriment de certains peuplements forestiers naturels et artificiels ; des difficultés d’ordre naturel dont les feux de brousse, invasion acridienne, sécheresse et des difficultés d’ordre juridique, relatif au dispositif législatif et réglementaire, etc.

‘‘Pour sauvegarder et protéger les semences locales, il faut s’unir’’, estime le président de la PFPN.

Mme Yahouza Kaltouma, tendant vers la cinquantaine est praticienne de culture irriguée, se dit inquiète. « De nos jours, les semences sont de plus en plus rares car, les gens vont jusqu’à consommer ce qui est réservé à être semé à la prochaine campagne. Nous achetons des semences ensachées qui sont venues d’ailleurs, qui coûtent cher et qui ne résistent pas beaucoup aux ennemis de cultures. Tout cela est inquiétant pour nous les producteurs », soupire-t-elle. Plus pessimiste, Soumaïla Issaka, un agriculteur de

Falmeye, du haut de ses 55 ans, craint non seulement la disparition de ses valeurs culturales mais aussi s’interroge sur l’avenir de l’agriculture au Niger. « Avec l’apparition de ces nouvelles semences, je constate qui ni le mil, ni le haricot, ni même le riz n’ont aucun goût. J’ai l’impression de consommer du son, comme si j’étais un mouton ou une chèvre. Nous avons droit à la vie, à une nourriture saine, accessible. Nous tendons vers la perte de nos pratiques et moyens de cultures. Nous tendons vers la perte de nos repères ancestraux. Alors qu’on nous laisse avec nos techniques agricoles, nos semences locales. Nous ne demandons pas plus que cela », tranche le vieux producteur. M. Djibo Bagna suggère une forte mobilisation de tous les acteurs : producteurs, gouvernants, chefs traditionnels, organisations paysannes, société civiles, consommateurs pour faire face à ce qu’il appelle ‘‘la privatisation du vivant et surtout celle des semences locales’’. « Il ne faut pas que nos semences nous échappent, nous ne devons pas accepter qu’on colonise nos moyens et méthodes de survie que sont nos techniques culturales », s’insurge-il.  A ce titre, le président de la PFPN dit attendre une prise de conscience générale des différents acteurs pour faire de la semence paysanne locale un outil sûr et indispensable pour la réussite de toutes les activités de production agricole et d’atteinte de l’Initiative 3N (Le Nigériens Nourrissent les Nigériens). « Pour ce faire, il est indispensable de créer et encadrer juridiquement les conditions pour la promotion de semences locales de qualité au Niger ainsi que les modalités de leur diffusion.   « Nous devons tous nous mobiliser pour la promotion des Droits aux semences paysannes locales, à travers ce slogan : ‘‘Oui pour l’amélioration des semences locales, Non à leur privatisation !’’ », a lancé le président de la PFPN.

Mahamadou Diallo(onep)