Le Directeur du perimètre dans le magasin d’intants agricoles
Longtemps perçue comme une terre d’aridité et de dunes infinies, la région d’Agadez est, ces dernières années, le théâtre d’une véritable révolution agricole. Portée par l’engagement résolu des communautés locales et une volonté politique affirmée, cette dynamique transforme progressivement les étendues désertiques en espaces productifs où germent le blé, le maïs et diverses cultures légumineuses. À travers des initiatives structurantes et l’accompagnement technique des producteurs, l’agriculture s’impose désormais comme un levier stratégique de résilience, de sécurité alimentaire et de développement socio-économique dans le nord du Niger.

Ainsi, dans la région d’Agadez, où le désert semble défier toute tentative de mise en valeur agricole, une transformation est en marche. Entre les oasis revitalisées, les périmètres irrigués aménagés et les exploitations familiales modernisées, le paysage agricole connaît une mutation remarquable. Là où dominait autrefois une dépendance quasi exclusive aux importations alimentaires et aux activités extractives, émergent des champs verdoyants de blé, des parcelles de maïs et des jardins maraîchers regorgeant de niébé, d’oignon et d’autres légumineuses.
Cette dynamique n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une conjugaison d’efforts entre les communautés locales dont la détermination force l’admiration et les autorités administratives, les services techniques de l’agriculture. Face aux défis climatiques, aux difficultés d’exploitation des ressources en eau et à l’ensablement des terres, producteurs et encadreurs techniques ont su miser sur l’innovation : systèmes d’irrigation améliorés, valorisation des nappes souterraines, diversification culturale et promotion de cultures adaptées aux conditions sahéliennes et aux besoins alimentaires locaux.

Au-delà des performances agricoles, cette transformation incarne un choix stratégique pour le Niger : faire de l’agriculture un pilier de souveraineté alimentaire et un moteur d’emplois pour la jeunesse. En effet, dans un contexte national marqué par la recherche de l’autosuffisance alimentaire et de stabilité économique, l’expérience d’Agadez apparaît comme un modèle de résilience territoriale, démontrant que, même au cœur du désert, la volonté politique conjuguée à l’engagement communautaire peut faire germer l’espoir et produire de la richesse.
Programme Grande Irrigation : Tiguirwit 1 et 2 redonnent espoir à Agadez
Réfléchi et initié pour répondre à un contexte national marqué par la quête de souveraineté alimentaire et la promotion de la production locale, le Programme Grande Irrigation (PGI) s’impose, aujourd’hui, comme une référence de toutes les politiques connues par le Niger, en matière de relance agricole durable. A l’instar des autres régions du Niger, Agadez bénéficie des investissements à travers ce programme gouvernemental mis en œuvre par l’Office National des Aménagements Hydro-Agricoles (ONAHA). Aujourd’hui, un an après le lancement des travaux de réhabilitation et d’extension, les périmètres irrigués, Tiguirwit 1 et Tiguirwit 2 illustrent parfaitement cette dynamique de transformation, de résilience et de réussite collective, devenant ainsi un véritable symbole d’espoir pour les producteurs et la région en général.

« Les périmètres de Tiguirwit faisaient face à de nombreuses contraintes structurelles, pour avoir été longtemps confrontés à la dégradation des infrastructures hydrauliques, à l’ensablement des canaux, à l’insuffisance des équipements d’irrigation et à la baisse de la productivité. Une terre difficile à exploiter à cause des caractéristiques du sol », a expliqué M. Sanouna Boureima directeur régional de l’ONAHA.
Mais, grâce au Programme Grande Irrigation, un processus rigoureux a été engagé sur ces périmètres, reposant sur plusieurs étapes majeures avant leur mise en valeur dont le résultat est aujourd’hui tangible. Ainsi, précise le directeur régional de l’ONAHA, dans le processus de cette mise en valeur, les périmètres de Tiguirwit ont fait l’objet d’un diagnostic technique approfondi des infrastructures existantes ; une réhabilitation des ouvrages hydrauliques (canaux d’irrigation, ouvrages de dérivation, réseaux de distribution) ; une extension du périmètre irrigué, permettant l’intégration de nouvelles superficies agricoles ; une amélioration de l’accès à l’eau agricole, à travers la richesse des ressources naturelles (le soleil), facteur clé de la productivité ; l’organisation et la structuration des producteurs, à travers la mise en place d’un comité de gestion et une Association des Usagers des Eaux d’Irrigation, pour une meilleure gestion collective du périmètre. « Ce processus n’a pas été uniquement technique. Il a aussi été humain et communautaire, basé sur l’adhésion des populations, l’implication des producteurs, et l’accompagnement des services techniques de l’État », a précisé M. Sanouna Boureima.
Depuis l’annonce de ce programme, les communautés ont manifesté un engouement et un enthousiasme certain, parce que perçu comme une solution durable à l’autosuffisance alimentaire, la lutte contre la pauvreté, la migration, l’insécurité, le chômage des jeunes et pour l’autonomisation économique et sociale des jeunes et des femmes. « Le lancement des travaux de réhabilitation et d’extension a marqué un tournant décisif pour les communautés. Pour celles-ci, c’est l’incarnation de la volonté des nouvelles autorités à travers le CNSP de faire de l’agriculture irriguée un pilier du développement, pour la souveraineté alimentaire, mais aussi un espoir pour une nouvelle dynamique de développement local », rapporte le directeur régional de l’ONAHA.
Les communautés ont alors apprécié les travaux réalisés qui ont progressivement transformé le paysage agricole, redonnant vie aux périmètres, sécurisant l’accès à l’eau et créant les conditions d’une agriculture moderne, productive et durable. « Aujourd’hui, les périmètres de Tiguirwit 1 et 2 offrent une image forte de réussite et de renaissance agricole dans la région d’Agadez. L’ensemble du périmètre est effectivement exploité, avec une production de blé et un peu du maïs; ce qui témoigne de l’efficacité de ce programme. Les résultats sont visibles à plusieurs niveaux, sur le plan agricole, social et économique », explique Aboubacar Chaïbou Mahamane Bachir, directeur du périmètre.
Les exploitants aussi ne cachent pas leurs impressions et expriment avec beaucoup de fierté les sentiments qui les animent après avoir franchi cette importante étape. « Nous sommes très content. Nous ne pouvons cesser de remercier le Président Tiani et l’ONAHA pour cette initiative. Au début, nous avons des doutes, mais depuis le début des travaux de réhabilitation des différents espaces, nous avons commencé à sentir de l’espoir. Alhamdoulillah ! qui pensait, il y a quelques mois, que cet endroit vide sera transformé en des étendues de champs de blé et de maïs ? Nous rendons Grâce à Dieu », s’exprime M. Ibrahim Yahaya, un des exploitants.
En effet, Tiguirwit 1 et 2 sont devenus un modèle, une référence et une source de motivation pour l’ensemble des producteurs de la région d’Agadez, et au-delà, pour ceux des autres localités de notre pays. Ce succès démontre que lorsque la vision politique, l’investissement public, l’expertise technique nationale et l’engagement communautaire s’associent, les résultats sont durables et transformateurs. Il confirme également que la grande irrigation constitue un levier stratégique pour bâtir une agriculture résiliente, compétitive et souveraine au Niger.

Pour rappel, les Aménagements Hydro-Agricoles de Tiguirwirt1 et 2 se trouvent dans le département d’Ingall, commune d’Ingall, à une centaine de kilomètres du chef-lieu de la région, Agadez. Ils ont été respectivement créés en 2013 et 2017 avec une superficie de 27,5 et 17,25 ha chacun. Actuellement, la superficie totale aménagée est 64 ha après les travaux de réhabilitation/extension. L’alimentation en eau de ces Aménagements Hydro-Agricoles (AHA) est assurée par des forages équipés de pommes connectées à des systèmes d’énergie solaire. Au total, 149 exploitants (dont 5 femmes) issus de 24 villages travaillent sur ces périmètres.
Le choix du blé et du maïs pour Tiguirwit et accompagnement des producteurs
Conformément à la politique de l’Etat, qui est la promotion des cultures céréalières (vivrières), il a été décidé de produire du blé et le maïs sur les AHA pour cette campagne de la saison sèche 2025-2026. C’est dans ce sens que les producteurs ont été appuyés en semences avec 7 050 kg de blé et 235 kg de maïs. Ils ont également appuyé en engrais avec 16 tonnes de NPK ; 16 tonnes d’Urée et 17 tonnes DAP ; en pesticides avec 47 litres et en fongicides avec 364 sachets de 10 grammes. Au total, ce sont 45 hectares qui ont été emblavés en blé et 2 ha en maïs. Selon le directeur des périmètres, M. Sanouna Boureima la fin de la campagne est prévue dans les semaines à venir, la production escomptée est de 139 à 149 tonnes toutes spéculations confondues.
Parlant des perspectives, M. Sanouna Boureima a souligné que, vu la disponibilité des engins libres à l’approche de la fin des travaux de réhabilitation des AHA de Tiguirwit 1 et 2, l’ONAHA a décidé d’anticiper les travaux de réalisation du périmètre de Tiguirwit 3 en attendant le lancement officiel. Ainsi, à la date du 20 Janvier 2026, plusieurs activités ont été réalisées sur ce nouveau périmètre. Il s’agit de la réalisation d’une digue de protection en terre poussée de 4 500 mètres linéaires ceinturant ainsi le périmètre, le fonçage des deux (2) forages et enfin la réalisation de l’implantation du périmètre.
Impact socio-économique
La dynamique agricole qui traverse la région d’Agadez dépasse la seule production vivrière. Elle est devenue un vecteur économique d’autonomisation communautaire. De plus en plus, l’on constate une réduction drastique du départ des jeunes vers d’autres horizons, généralement sans lendemain (la migration). En effet, le Programme Grande Irrigation donne goût à la pratique agricole chez ces jeunes qui se reconvertissent dans l’agriculture au lieu de migrer vers les villes ou vers les pays du Maghreb. « En réalité, même dans ces pays, pour la plupart, ces jeunes nous disent qu’ils travaillent dans les jardins, champs et fermes, etc. Ce qui les pousse ou les attire à partir vers ces pays, c’est le manque d’opportunités chez eux. Mais depuis le lancement des travaux, nous avons réussi à dissuader nos enfants de partir et les inciter à rester pour essayer. Aujourd’hui, vous constatez vous-même la proportion de ces jeunes sur l’aménagement. Certains travaillent pour leurs parents, d’autres travaillent comme ouvriers et gagnent jusqu’à 30 000 FCFA par mois et une seule personne peut être sollicitée sur deux à trois aménagements », explique M. Ibrahim Yahaya, un des exploitants, et membre de l’Association des Usagers des Eaux d’Irrigation sur Tiguirwit 1.

Même si elles ne sont pas physiquement présentes dans les travaux d’exploitation, les femmes disposent de parcelles sur les deux périmètres. Ainsi, une dizaine de femmes sont dénombrées dans la répartition des parcelles mais, compte tenu de certaines valeurs sociales, elles ne sont pas dans les exploitations. Elles ont confié leurs parcelles à leurs fils ou à un membre de la famille qui leur rendent compte régulièrement. Ainsi, grâce à ces activités de maraîchage, les femmes verront accroître leurs revenus et leur rôle dans le développement économique. En outre, elles apportent leur contribution et participent au renforcement de la souveraineté alimentaire locale.
Ainsi, cette transformation a également contribué à la création d’emplois locaux, à la dynamisation des activités rurales, au renforcement de la cohésion communautaire. Sur le terrain, la satisfaction est perceptible. Actuellement, les producteurs se préparent pour la grande récolte, qui a d’ailleurs commencé par endroits.
Ali Maman, ONEP-Agadez
