Entretien avec le Directeur Technique National du sport traditionnel ‘’Langa’’ : «Le langa a besoin d’être perfectionné (…), on peut s’en servir en vue de renforcer la cohésion sociale», déclare M. Bassirou Dan-Guéda

Société
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Jeu traditionnel en léthargie pour ne pas dire en voie de disparition, le langa est, du jour au lendemain, en train d’être réhabilité à l’occasion des différentes fêtes nationales. En effet, depuis la création de la Fédération nigérienne du langa, ce jeu traditionnel est désormais inscrit sur la liste des activités socioculturelles et sportives. A l’occasion des grandes manifestations nationales comme la célébration des fêtes de la République ou les semaines scolaires, ce jeu traditionnel est inscrit dans les activités culturelles. Cela à l’image de la lutte traditionnelle, le Dambé, le Faka, le Charro et bien d’autres, etc. Dans cet entretien le Directeur Technique National du Langa, M. Bassirou Dan-Guéda explique les caractéristiques du jeu, ses règles mais aussi son importance dans la formation des jeunes.

Monsieur le Directeur, le Langa retrouve de plus en plus une place dans l’organisation des grands événements socioculturels et sportifs au plan national. Qu’est ce qui explique ce regain d’intérêt pour ce sport traditionnel ?

Il faut rappeler que le langa est un jeu traditionnel. Il est pratiqué dans toutes les régions de notre pays depuis la nuit des temps à la place publique du village où les jeunes faisaient la démonstration de leur force physique, de leur bravoure et de leur technicité, dans la joie, le fair-play et sous le regard des anciens et souvent sous les applaudissements et les youyous des jeunes filles. Malheureusement, ce jeu combien important pour la cohésion sociale tend à disparaitre. Mais au regard de son importance dans la société et pour la jeunesse, les autorités ont, après plusieurs réflexions, décidé de lui redonner toute son importance et sa place dans notre société. C’est pourquoi, aujourd’hui, ce jeu retrouve petit à petit ses lettres de noblesse.

Comment se pratique aujourd’hui ce jeu ? Est-ce qu’il y’a une différence avec la façon dont il se jouait par le passé dans nos villages ?

La seule différence fondamentale, c’est par rapport à la modernisation du jeu. Comme avec la lutte traditionnelle, il y’a la mise en place des principes du jeu et la limitation de l’espace, l’ère du jeu ou le terrain. Le jeu se pratique en duel ou de manière collective, le plus généralement en deux équipes de 6 joueurs chacune. Comme vous le savez, le jeu consiste à prendre un des pieds avec une des mains dans le seul but d’avoir un pied comme support et une main pour la défense. Le joueur se tient en cloche pied. Dans le principe du jeu, il est donc formellement interdit au joueur de marcher sur ses deux pieds. Lorsqu’il se joue entre deux équipes, il y’a dans l’une un roi ou «sarki» en haoussa. Donc pour marquer des points, l’équipe où se trouve le roi doit se battre avec l’équipe adverse pour créer un chemin qui va conduire le roi à son trône ou dans la maison du camp adverse. Dans le cas où le roi se fait tomber ou neutraliser, les points reviennent à l’autre équipe.

Dans sa forme actuelle ou modernisée, le langa se joue sur un terrain d’une dimension de 40m de longueur et 20m de largeur. Il est surveillé par 3 arbitres, dont un arbitre central et deux arbitres de touche, et une table technique qui supervise tout ce qui se passe. Mais le nombre de joueurs par équipe peut varier. Il peut-être de 6 à 10 en fonction de la catégorie des joueurs. Il faut aussi noter que chaque équipe dispose des remplaçants et le remplacement se fait comme dans certains sports, suite à une blessure ou à la fatigue.

Quelle appréciation faites-vous du niveau des jeunes dans cette reforme ou modernisation du jeu ?

Je suis très ravi du niveau des joueurs. Je trouve que le niveau est acceptable. Seulement il y’a nécessité de former les encadreurs en vue de rehausser leur niveau pour la formation des jeunes. Il faut que la formation à la base soit renforcée pour permettre à ces jeunes d’avoir le temps nécessaire de pratiquer et d’apprendre les principes du jeu.

En tant que technicien, de quoi avez-vous besoin alors pour aller vers la professionnalisation de ce jeu ?

Le principal besoin c’est toujours le renforcement des capacités des jeunes joueurs. Donc notre ambition, c’est de voir au niveau des régions la mise en place des équipes dans plusieurs catégories de compétition, en homme et en dame. Aussi, il va falloir s’orienter vers la création des clubs en nombre et en qualité à tous les niveaux, communal, départemental et régional. Cela permettra d’avoir beaucoup de compétitions dans la discipline et susciter l’institutionnalisation d’un championnat national et d’une coupe nationale. Pour cela, l’accompagnement de l’Etat au plus haut sommet est une nécessité. C’est dans cette condition que le langa pourra susciter un engouement comme la lutte traditionnelle. Sinon, ce jeu risque de retomber dans une autre léthargie qui conduira peut-être à sa disparition.

Quels peuvent être les autres avantages de ce sport selon vous ?

Toute activité physique et sportive est une bonne chose pour la santé. Donc le langa ou la pratique du langa permettra aux jeunes dès le bas âge de se développer et de maintenir un état de santé propre. Le langa est avant tout un jeu, donc il permet de créer les conditions du brassage, des liens, de solidarité et de l’unité entre les filles et les fils du pays. Le langa a besoin d’être perfectionné afin de se développer au Niger, on peut s’en servir en vue de renforcer la cohésion sociale entre les filles et les fils de la nation.

Propos recueillis par Ali Maman(Onep)