La bague est un bijou circulaire en forme d’anneau, orné ou non de pierres, porté au doigt comme parure ou symbole. Fabriquée en or, argent, bronze, nickel, elle représente souvent l’engagement, le pouvoir, l’appartenance à un groupe social ou à une ethnie. Selon sa composition, certains pensent que cet anneau peut protéger contre le mauvais œil. Cette idée est partagée jusque dans le milieu des bijoutiers alors que les utilisateurs ne voient qu’un simple objet de décoration. Toutefois, l’Islam permet l’usage de ce bijou, car il voit en lui un objet d’élégance ou de parure.
Plus qu’un simple bijou, la bague, petit cercle que l’on met au doigt, représente un symbole ancestral, un signe d’identité ou de pouvoir. Depuis des millénaires, cet accessoire est utilisé aussi bien par les hommes que par les femmes, les jeunes que par les adultes, en ville comme en campagne. Ainsi, au-delà de l’esthétique, elle incarne un symbole d’élégance, mais aussi un outil d’expression personnelle qui véhicule divers messages. Au Niger comme dans les autres communautés, la bague est bien plus qu’un simple ornement ; c’est un véritable moyen d’affirmation de style. Qu’elle soit fine, imposante, sertie de pierres précieuses ou minimaliste, elle habille les mains, sublime une manucure et reflète la personnalité.

De l’alliance classique aux audacieuses bagues d’ongle, elle structure l’allure. M. Soulimane Hamada, artisan bijoutier au Musée National Boubou Hama de Niamey, nous confie qu’il utilise dans la confection de la bague entre autres, métaux, le bronze, le cuivre, le nickel, puis les associe à certaines pierres qu’il estime utile pour la vie ou la santé de l’homme. Selon notre interlocuteur, la bague comme le collier ou les boucles d’oreilles, sont des compléments d’habillement qui rendent celui qui les porte encore plus beau.
Cet artisan bijoutier précise que les bagues ont plusieurs significations. « Les pierres qui leur sont associées sont dans une certaine mesure bénéfiques pour la santé. Certaines sont des porte-bonheur, d’autres utiles pour la protection contre le mauvais œil », renchéri t-il. « Fabriquer une bague est un art qui demande de la créativité, fruit du savoir-faire. Il y a des inscriptions qui sont faites comme des courbes ou dessins qui sont sur les bagues qui font référence à certaines de nos réalités comme le désert, les routes des caravaniers, les puits, des lieux de stationnement pour s’abreuver», a-t-il expliqué.
Selon M. Soulimane Hamada, les artisans utilisent également l’agate et la turquoise : « Ces pierres précieuses sont souvent taillées dans des pays asiatiques comme la Thaïlande car nous n’avons pas de machines pour bien tailler ces pierres. L’agate est assimilée au bonheur, la turquoise pour la popularité ou au fait de se faire aimer des autres. Le prix dépend des matériaux utilisés. Il varie de 6 000 FCFA à 10 000 FCFA », ajoute-t-il.
Harouna Moussa, un autre bijoutier, partage le point de vue de Soulimane. Il explique que le nickel provient du Ghana et de la Gambie, l’argent du Nigéria et le bronze sur les marchés locaux. « Nous confectionnons des bagues avec lesquelles nous associons, à la demande du client, du ‘’hatimi’’ (invocations) mais dans la plupart des cas la bague est utilisée pour s’orner », a-t-il confié. Un autre artisan bijoutier, M. Abdoulaye Mohamedine défend que la bague dite ‘’trois couleurs’’ est anti-sorcellerie.
Un élément socioculturel de communication non verbale
Du point de vue social et culturel, la bague est, d’après les explications de M. Alou Ayé Issa, sociologue-communicateur, loin d’être un simple bijou que « nous pouvons porter à travers nos doigts elle participe de ce champ de la communication non verbale ». A ce titre, « la bague expose notre ressenti, notre statut. Elle donne des informations sur ce que nous sommes, d’où nous venons, où est ce que nous allons, qu’est-ce que nous représentons du point de vue social, quel est notre engagement social ou politique », ajoute-t-il. M. Alou Ayé Issa précise que la bague constitue en quelque sorte une valeur symbolique assez forte du point vue social et culturel », a-t-il expliqué.
En ce qui concerne la valeur symbolique de la bague, M. Alou Ayé Issa relève, entre autres, le fait que la bague peut donner des informations sur notre statut social. C’est pourquoi, il a fait remarquer qu’il existe des bagues qui sont transmises de génération en génération.
Selon cet expert, la bague exprime également l’engagement social. « Elle donne des indications selon lesquelles celui qui la porte est soit une personne mariée, en situation de fiançailles ou dans une alliance forte. Elle explique notre identité, notre provenance sociale », rappelle-t-il.

Relativement au caractère symbolique et spirituel, M. Alou Ayé Issa souligne que certains l’utilisent pour se protéger d’une maladie ou d’un sort. « En plus, la matière utilisée donne certaines informations. Si elle est à base d’or, cela renvoie au pouvoir, à la richesse, à la pureté ou à la protection. Quant au cuivre ou le bronze, cela renvoie à la lignée », a-t-il dit.
Le sociologue-communicateur relève également que l’utilisation de ce bijou est interprétée selon la société ou la culture. De manière globale, les doigts utilisés sont assez symboliques. Le plus souvent, les femmes utilisent la main gauche en signe de douceur, d’amour et de fidélité tandis que les hommes utilisent la main droite en signe de pouvoir, d’autorité qu’ils doivent incarner dans la communauté. Le fait, pour les femmes, de la porter sur l’annulaire ou le majeur est un signe d’amour et d’équilibre. La préférence de certains hommes de la porter sur l’auriculaire ou l’index est aussi un signe de pouvoir et d’autorité.
L’Islam encourage le port de la bague
D’après les explications du président de l’association islamique Faouziyya, également conseillé technique au Conseil islamique du Niger, Dr Moustapha Ahoumadou, l’Islam recommande à ses adeptes de se faire beau ou belle à des occasions bien précises. Selon lui, le Coran encourage les musulmans à porter des parures et de beaux vêtements, notamment quand ils se rendent à la mosquée. Il cite un passage coranique : « Ô enfants d’Adam, portez votre parure (vos plus beaux habits) en tout lieu de prière » (sourate 7 verset 26).
Ce prédicateur souligne que la bague est un accessoire conseillé tant que l’intention de celui qui le porte ne relève pas de la pure vanité. « En plus, la bague, la chaîne, les bracelets et autres ornements sont recommandés surtout aux femmes. Donc les choses comme la bague, les chaînes, les bracelets, le henné sont recommandés car ils aident à faire ressortir une certaine beauté et à attirer les gens vers soit », ajoute-t-il.
Oustaz Moustapha Ahoumadou relève toutefois que l’homme n’a pas autant besoin de ces accessoires que la femme. En plus, l’exception est faite aux hommes de ne pas porter une bague en or, contrairement aux femmes. Il note également que le Messager d’Allah n’a pas besoin d’accessoire pour paraitre beau car il a été créé beau naturellement.
Oustaz Moustapha Ahoumadou rappelle qu’il fait partie de la recommandation de se faire beau lorsqu’un agent va en service, lorsque l’on va dispenser un cours. C’est ainsi qu’il a cité l’anecdote qui met en lumière certaines approches de l’Imam Ach-Châfi’i comme outils pédagogiques car, pour cet imam, s’habiller proprement et élégamment n’est pas une forme de vanité, mais une marque de respect pour la science.
Selon cet ouléma, tant qu’une chose peut attirer l’attention de l’apprenant et qu’elle ne relève pas des interdits (comme la bague), elle est autorisée. Il appuie ses propos en citant ce passage du coran : « On a enjolivé aux gens l’amour des choses qu’ils désirent : femmes, enfants, trésors thésaurisés d’or et d’argent, chevaux marqués, bétail et champs ; tout cela est l’objet de jouissance pour la vie présente, alors que c’est auprès d’Allah qu’il y a bon retour », Sourate 3 verset 14.
Abdoulaye Mamane (ONEP)
