Lors des foires, à Niamey ...
À Niamey, la production et la commercialisation de l’encens constitue, aujourd’hui, une activité économique significative pour beaucoup de femmes. Nombreuses sont celles qui ont fait de cette activité leur principale source de revenus. De la vente en ligne à la vente en présentiel, ces femmes s’assurent une certaine autonomie financière tout en créant des emplois.
Dans le quartier Dar es Salam, Mme Hamid Aichatou Samaila, juriste de formation, a développé, sa petite entreprise de production et de vente d’encens Kanuri. Ayant des origines Kanuri, c’est avec aisance qu’elle produit des senteurs envoûtantes. En effet, depuis plusieurs années, Mme Hamid Aichatou Samaila est dans la production traditionnelle et la commercialisation de l’encens. Une activité qu’elle a d’ailleurs apprise aux cotés de mère. « J’ai commencé avec la vente des encens produits par ma mère avant de commencer ma propre production en 2021. En réalité, c’est le manque d’occupation qui m’a poussée à entreprendre. Dieu merci, je gagne bien ma vie », a-t-elle confié.
Aujourd’hui, cette activité est sa seule source de revenus. Elle produit plusieurs variétés d’encens et de parfums traditionnels pour corps et pour habit qu’elle arrive à vendre par le biais de ses connaissances mais aussi à travers les plateformes des réseaux sociaux comme WhatsApp. Les prix de ses différents produits varient de 3 500 FCFA à 100 000 FCFA. Cette activité lui permet d’avoir un gain mensuel allant de 200 000 FCFA à plus.

En plus de s’assurer une stabilité financière, la jeune dame crée des emplois en faisant recours, de façon régulière, à des femmes de son quartier pour l’assister dans la production de ses encens moyennant une rémunération. « A chaque production, je fais appel à quelques dames du quartier pour qu’elles m’assistent. Elles sont au chômage comme moi et grâce à cette activité, je les aide à gagner un peu, je les appelle pour travailler moyennant une somme » a-t-elle expliqué.
Parlant des retombées de son activité, Mme Hamid Aichatou Samaila a confié avoir fait beaucoup de réalisations avec ce qu’elle gagne. « Grâce à cette activité, j’ai réalisé beaucoup de projets. Je n’ai certes pas encore trouvé de travail mais je n’envie pas le salarié. Des réalisations importantes, j’en ai beaucoup fait », a-t-elle dit avec fierté.
Dans un autre quartier, plus précisément le quartier plateau, Mme Kaltouma Abba Kaga Tirai a également trouvé en cette activité, une source de revenus permanente. Ressortissante du Kawar, elle est dans la production-vente d’encens depuis son jeune âge, a-t-elle raconté. « C’est un savoir-faire que j’ai hérité de ma mère qui l’a hérité de sa grand-mère. La production d’encens n’a aucun secret pour nous », a-t-elle affirmé.
Mme Kaltouma vend ses encens sous la présentation de kits dont les prix varient entre 50 000 F CFA, 120 000 F CFA, 150 000 et 200 000 F CFA. Cependant, pour les personnes désireuses de prendre en détail, elle propose des pots de 5 000 F CFA et 10 000 F CFA.
Avec ce commerce, Mme Kaltouma réalise chaque mois un chiffre d’affaires d’au moins 500 000 F CFA. Ce qui lui a permis de créer sa propre entreprise ; l’entreprise Kawar beauté, spécialisée dans la vente d’encens de classe, de parfums (corps, habit et cheveux) haut de gamme et divers.
En plus d’avoir créé cette entreprise, Mme Kaltouma a réalisé un très grand projet humanitaire avec la prise en charge des frais de scolarité de 20 orphelins. « J’ai pu inscrire 20 orphelins à l’école primaire avec mes revenus. Et j’ai également fait des réalisations personnelles » a-t-elle dit, avec un air joyeux.
Dans chaque coin de la ville, il y a une ou plusieurs femmes qui ont fait de cette activité leur moyen de subsistance. Les fonctionnaires également s’y adonnent parfois pour joindre les deux bouts.
A Saguia, Mme Sanda, fonctionnaire de son état, exerce parallèlement à son travail, la vente des encens et parfums. Elle est la promotrice de Mouna Kamshi. « C’est une passion que j’ai décidé de matérialiser à travers la production et la vente d’encens et parfum. Elle constitue une source de revenus complémentaires avec un réel potentiel de développement pour moi », a-t-elle dit.
Comme les précédentes dames, Mme Sanda s’en sort très bien avec la vente de ces parfums et encens. Elle reçoit fréquemment des commandes, ce qui lui permet de réaliser un chiffre d’affaires assez conséquent. « Par mois, je peux gagner 200 000 voire 250 000 FCFA. Mais cela dépend des périodes, par exemple en période de fraîcheur ou pendant la saison pluvieuse, la demande est plus forte. Et qui dit forte demande, dit gain d’argent », a-t-elle expliqué avec un rire contagieux.

La jeune dame propose des variétés d’encens comme Al-out, sandal flex, dollar, sandal bangui, sandal fleur, les boulettes dont les prix varient de 5 000 FCA à 15 000 FCFA. La vente se fait en présentiel et en ligne. Il y a également la possibilité de passer des commandes en gros, avec des tarifs avantageux selon la quantité et la régularité des achats, a-t-elle ajouté.
Allaou Allahi est une autre femme qui gagne sa vie dans la vente des encens. D’origine tchadienne, elle produit et vend des encens depuis 2018. « Actuellement, c’est la seule activité que j’exerce, vu qu’il n’est pas facile d’avoir un boulot. C’est une activité très rentable et bénéfique. Grâce à ça j’ai pu financer mes études ainsi que celles de mes sœurs. Je contribue aussi aux dépenses familiales », a-affirmé avec fierté Mme Allaou Allahi.
Pour vendre ses produits, elle procède, comme beaucoup de commerçantes à Niamey, à la vente en ligne et participe également aux différentes foires de la ville. « Les gens commandent en ligne, puis on leur fait la livraison. Des fois, j’assiste aux foires et expositions pour exposer mes produits. Et les prix sont très abordables. Il y a des parfums et des encens », a-t-elle indiqué.
En effet, a précisé Mme Allaou Allahi, le prix des encens diffère en fonction de la variété. « Par exemple pour les encens, il y a le dufur dollar qui est vendu à 10 000 FCFA et 20 000 FCFA. Les autres, sont vendus entre 3000 FCFA à 6 000 FCFA. Pour les parfums, cela varie de 1 000 FCFA à 6 000 FCFA ». Comme revenu, Mme Allaou Allahi gagne en moyen 100 000 FCFA par mois.
La production d’encens est une activité commune à beaucoup de femmes au Niger. Ancrée dans la tradition et la culture, cette activité constitue une source de revenus pour celles qui la pratiquent. La modernisation du mode de production de l’encens et parfums à base de produits naturels peut permettre de valoriser à l’échelle internationale les senteurs du terroir, conquérir de nouveaux marchés et renforcer davantage l’autonomisation des femmes.
Rahila Tagou (ONEP)
