M. Ousmane Douka Soumaila, ancien Directeur Général de l’ONECS
Comment parvenir à un développement durable et réellement bénéfique aux populations ? Cette question récurrente dans les politiques publiques demeure au cœur des préoccupations des États en quête de souveraineté. Face aux limites des modèles de développement exogènes importés et appliqués dans de nombreux pays africains, le développement endogène apparaît aujourd’hui comme une alternative crédible et nécessaire. Selon les analyses de M. Ousmane Douka Soumaila, ancien directeur général de l’ONECS, et enseignant en notion de développement à l’École supérieure des sciences de la communication et des Médias (ESSCOM), comprendre ce concept et ses enjeux, notamment dans le contexte nigérien est aussi crucial que nécessaire.
Dans un contexte de recherche de souveraineté absolue, le développement endogène se présente comme une alternative aux modèles de développement imposés, en mettant l’accent sur la capacité des populations à concevoir et conduire leur propre développement à partir des valeurs socio-culturelles et de leurs ressources propres.
Pour M. Ousmane Douka Soumaila, le développement endogène doit reposer sur des principes comme l’autonomie des pays qui doivent concevoir et prendre en main leur propre développement, l’utilisation des ressources locales pour répondre aux besoins locaux, le développement participatif par l’implication des populations dans les prises de décisions, la mise en œuvre des initiatives de développement et une attention particulière sur les aspects sociaux et environnementaux. « Il est question d’être auto-suffisant », explique-t-il.
Le Niger est un pays qui regorge de multiples ressources et potentialités favorisant l’engagement d’un véritable processus de développement endogène, comme sa jeunesse, son espace qui ne demande qu’à être exploité, ses potentialités économiques énormes, mais aussi une vocation agro-pastorale assez forte. Selon M. Ousmane Douka Soumaila, l’implication de tous les citoyens est impérative, notamment dans une mobilisation générale où chacun doit jouer son rôle dans la construction d’un développement solide et durable au Niger. Aussi, dit-il, dans ce processus du développement endogène l’Etat doit rester le principal acteur de la définition des politiques de développement, leur suivi et leur évaluation plutôt que de continuer sur les méthodes classiques en laissant le terrain aux seuls ONG et partenaires venant avec des politiques étrangères de développement ne cadrant pas souvent avec les réalités locales.
Les collectivités locales doivent être les véritables relais de la politique de développement définie par l’état, être très proches des populations, s’intégrer pour les informer, les sensibiliser et les inciter à l’application des mesures et innovations et l’atteinte des objectifs poursuivis. Cette implication doit, selon le spécialiste, s’observer au niveau communal à travers des actions d’innovation et d’initiatives intercommunautaires. Les communautés doivent pouvoir avoir des rencontres périodiques locales, faire le point des questions de développement, des innovations à apporter et définir les besoins et attentes qu’elles transmettront aux autorités compétentes si à leur niveau les capacités n’existent pas. Elles doivent cesser d’être seulement réceptives, elles doivent toujours avoir quelque chose à dire, à faire pour améliorer l’existant.
Impliquer la jeunesse dans le processus du développement endogène
Selon Ousmane Douka Soumaila, la jeunesse doit être l’actrice principale du développement et surtout du patriotisme. « C’est pourquoi, il faut encourager l’Etat à prendre toutes les dispositions pour rendre opérationnelle le service militaire obligatoire qui contribuera sûrement à enraciner le patriotisme, à décomplexer la jeunesse et à lui faire prendre conscience de ses devoirs vis-à-vis du pays et de la communauté nationale », encourage-t-il. Le service militaire, selon lui, façonne l’état d’esprit, permet aux jeunes d’être non seulement des défenseurs attitrés de la souveraineté nationale, mais aussi les prédispose surtout à un état d’esprit décomplexé de développement. Les appelés dispensés ou inaptes avérés doivent être affectés aux niveaux des collectivités rurales où ils s’intégreront encore plus dans nos réalités socio-culturelles et appuieront, de façon pratique les organisations paysannes dans les activités de développement endogène.
Cependant, poursuit le spécialiste, il faut aussi renforcer les capacités existantes et consolider les actions de développement. Mieux, Ousmane Douka Soumaila fait remarquer qu’on observe depuis quelques années un engouement des jeunes pour les initiatives de développement, notamment par la création d’entreprises innovantes et de petits commerces, avec un intérêt avéré pour l’agro-industrie. « Notre jeunesse commence à bouger. Il faut s’en féliciter et souhaiter que leurs initiatives visibles soient développées et être accompagnées par l’Etat, éventuellement », a-t-il relevé.
Pour cet enseignant de carrière, les décideurs politiques actuels ont déjà pris la direction du développement endogène. En effet, pour l’option politique, « la refondation », prône la souveraineté dans toutes les relations. Pour lui, au niveau de ses axes, la thématique relative au développement économique et social et celle concernant la géopolitique et l’environnement sont illustratives de l’orientation politique du régime actuel. « Le gouvernement a lancé une politique de grande irrigation qui donne déjà des résultats très appréciables. Il doit poursuivre cette dynamique, soutenir les initiatives locales, appuyer les projets endogènes existants et concevoir des communications spéciales », a-t-il préconisé.
Les jeunes, poursuit M. Ousmane Douka Soumaila, doivent croire en leurs capacités à développer le Niger en étant les vrais acteurs de leur propre avenir, en s’engageant dans des projets de développement local et en partageant leurs expériences innovantes. « Ils doivent se décomplexer, oser, essayer des initiatives propres pour être économiquement indépendants », insiste-t-il.
Dans cette optique, il appelle les communes à se concerter et travailler ensemble pour identifier et mettre en œuvre des initiatives locales de développement endogène. « Pour ce faire, sur incitation des hautes autorités, les jeunes doivent être appuyés par les leaders d’opinions : autorités traditionnelles, autorités religieuses, ONG et sociétés civiles pour l’encadrement nécessaire », recommande-t-il.
Yacouba Moumouni
(Stagiaire)
