Salifou Djibo, auteur du roman ‘‘Way Hay Way Yeri’’
Dans un paysage littéraire en pleine effervescence, Salifou Djibo, né le 1er janvier 2001 à Dosso, étudiant en troisième année, option Droit à l’Université Abomey Calavi, au Bénin, nous entraine dans une immersion remarquable avec sa toute première œuvre ‘’Way Hay Way Yeri’’. Publié en 2025, ce roman inspirant et engagé, écrit dans un style poétique où la sagesse populaire, la douleur humaine, l’injustice sociale et l’amour véritable s’entremêlent pour offrir aux lecteurs une plongée dans les réalités de la société, aborde des thèmes variés liés à la jeunesse, la société, et l’identité culturelle.
Passionné de littérature et de droit, ce jeune auteur s’est imposé comme une plume montante. Dans ses textes, tout comme dans ses actions, Salif prône des valeurs essentielles telles que l’humilité, la solidarité, la justice et le refus de l’indifférence. Interrogé sur le choix du titre de son œuvre, il explique que ‘’Way Hay Way Yeri’’ est une expression Zarma qui signifie littéralement ‘’une femme qui a connu la douleur de l’accouchement mais qui a du mépris pour les enfants des autres ”. « Pour moi, ce titre traduit une réalité sociale profonde, celle de l’égoïsme humain, le manque d’empathie et de la difficulté à reconnaître la souffrance d’autrui tant qu’elle ne nous touche pas directement », a-t-il expliqué.
Loin des grandes fictions imaginaires, l’univers de ce jeune écrivain tire sa source des aléas de la vie quotidienne. « Mon inspiration vient du vécu, des femmes et des familles que j’observe autour de moi. J’ai voulu raconter des fragments de vie qui parlent, d’abandon, d’injustice mais aussi de courage et d’espoir », confie-t-il.
Un travail patient, entre nuits blanches et moments de doute Salifou a mis environ un an et demi pour achever le manuscrit de son roman. « Chaque chapitre a été mûri dans la réflexion, nourri par des émotions que je voulais retranscrire avec sincérité », explique-t-il. Cette rigueur se retrouve dans la structure due ce roman de cinq chapitres tissés autour de la maternité, la douleur, la résilience, la justice sociale, la pauvreté et la condition féminine.
Si ‘’Way Hay Way Yeri’’ relève de la fiction, il reste profondément ancré dans le réel. Cependant, ce jeune juriste affirme avec un sourire aux lèvres que les personnages qu’il a cités dans son livre ne sont pas réels, « mais leurs histoires traduisent des situations que beaucoup d’entre nous connaissent ou ont connues ».
Les premiers lecteurs ont été conquis et l’ouvrage a reçu des retours élogieux, notamment pour la justesse des personnages et la force du message. « Certains m’ont confié s’être reconnus dans certaines pages, et c’est pour moi la plus belle des récompenses », dit-il avec humilité. Les femmes, surtout, se sont fortement identifiées aux personnages ; les jeunes, eux, y trouvent une leçon de courage et de détermination. « J’aurais voulu le distribuer dans toutes les bibliothèques du Niger et ailleurs, car c’est une œuvre qui parle de la réalité africaine », dit-t-il, tout en ajoutant que « ce n’est pas facile, en tant qu’étudiant, de produire un grand nombre d’exemplaires. Mais je reste ouvert à toute collaboration avec des éditeurs ».
Comme beaucoup de jeunes talents, Salifou Djibo a dû affronter plusieurs obstacles dont, entre autres, le juste équilibre entre émotion et lucidité. « Parler de douleur, de perte ou d’injustice exige de la sensibilité, sans tomber dans la tristesse excessive », a-t-il martelé. Pour lui, révèle plus tard le jeune prodige, tenir le fruit de tant de nuits d’écriture et de doutes entre ses mains, était comme tenir un morceau de sa vie. « C’est une fierté silencieuse… mais aussi un moment de larmes, car j’aurais aimé qu’au moins un de mes parents soit encore en vie pour voir le travail que j’ai accompli », a-t-il dit.
A travers cette œuvre, l’auteur se fait distinguer par la profondeur de son regard et de la sincérité de sa plume pour allier rigueur intellectuelle et sensibilité artistique. Cet ouvrage sillonne le Niger profond ainsi que d’autres pays africains pour s’imprégner des réalités du continent. « Dans mes écrits, je cherche à exprimer la voix de ceux qui vivent dans le silence. Car l’écriture, pour moi, est un acte d’engagement et d’espérance », a-t-il expliqué. Ainsi, Salifou nous invite à ne jamais perdre espoir, à rester fidèle à nos valeurs, et à comprendre que la vraie richesse réside dans l’humanité que l’on partage et non dans le pouvoir ou dans l’or.
Adamou I. Nazirou (ONEP)
