M. Chaïbou Moussa
Monsieur le Directeur, pouvez-vous présenter succinctement les activités que vous menez sur le terrain dans le domaine de l’agriculture et du maraîchage ?
Concrètement, sur le terrain, pour ceux qui sont du secteur de l’agriculture, les activités principales sur lesquelles nous sommes, ce sont surtout les activités régaliennes que l’État nous a confiées. En premier lieu, il y a les activités d’encadrement technique des producteurs pour qu’ils arrivent à optimiser leur rendement dans l’ensemble. Il y a les activités de vulgarisation de toute innovation, quelle soit matérielle ou technique, qu’il faut apprendre en vue d’améliorer la production agricole. En plus de cela, il y a les activités d’encadrement des producteurs, leur organisation et leur structuration en sociétés coopératives, en unions de sociétés coopératives, voire en fédérations de sociétés coopératives. Ces organisations vont permettre aux producteurs de faciliter leurs activités dans le cadre de la production agricole, de la transformation, de la commercialisation et de rentabiliser leurs activités de production. Autres activités, ce sont celles qui concernent l’amélioration de la production dans le cadre de l’apport des semences et d’intrants agricoles nouveaux, le tout pour permettre à ces producteurs-là de maximiser et d’améliorer leurs rendements.
Ensuite, il y a des activités concernant la gestion du foncier. Nous menons des activités de sensibilisation pour que les gens comprennent qu’il y a de nouvelles réformes agraires dont il faut tenir compte et que la terre ne doit pas être accaparée. Il y a des modalités, des processus qu’il faut respecter pour avoir accès à la terre. Il y a aussi des sensibilisations dans le domaine de la restauration, de la défense et de la gestion de ce capital-terre et de l’eau aussi, parce que nos producteurs, en quasi-totalité, produisent sous forme d’irrigation avec des adductions d’eau, des forages qui sont coûteux, et avec aussi des puisards, soit des puits traditionnels, des puits aussi cimentés avec l’appui de l’État et de ses partenaires qu’on leur aménage. L’eau constitue, dans le département d’Arlit, dans le cadre de l’agriculture, une denrée très rare qu’il faut gérer minutieusement pour la rentabiliser. Nous avons aussi des activités que nous menons avec d’autres cultures. Par exemple, l’activité de suivi des vulnérabilités, de gestion de la crise alimentaire en cas de déficit alimentaire. Il y a aussi d’autres activités que nous menons dans le cadre de l’organisation et de l’appui aux jeunes et aux groupements féminins.
Vous avez évoqué l’organisation des producteurs. Comment sont-ils structurés et gérés ?
Dans ce domaine-là, nous avons à peu près entre 300 et 400 sociétés coopératives formelles dans l’ensemble. Maintenant, pour aller cas par cas, pour ce qui est de la commune de Dannet, nous avons 75 sociétés coopératives formelles actuellement. Dans la commune rurale de Gougaram, nous avons environ 45 sociétés coopératives aussi formelles et enregistrées à notre niveau. Pour ce qui est de la commune urbaine d’Arlit, à l’heure actuelle, nous avons 264 sociétés coopératives. Toutes ces sociétés coopératives-là, nous sommes en train de les organiser en unions de sociétés coopératives pour qu’elles soient encore beaucoup plus efficaces dans leurs activités.
Quel est l’impact de ces organisations sur le développement et la production agricole dans le département d’Arlit ?
En termes d’impact, comme je l’ai dit, c’est de façon organisationnelle. Ces organisations permettent de faciliter des activités, soit d’approvisionnement en intrants, des activités aussi de production, où elles s’unissent et s’entendent pour financer ou s’entraider dans le cadre de la production des produits agricoles. Dans le cadre aussi de la commercialisation, ces organisations s’entendent pour faire des distributions de produits agricoles de façon groupée. Parce qu’elles arrivent à acheminer leurs produits de façon groupée jusqu’à Niamey, en passant par Agadez, Tahoua et les autres localités. Surtout pour ceux qui ont des oignons, ils font des distributions groupées des sites de production jusqu’à Niamey, là où ils revendent à un prix beaucoup plus élevé.
Quels appuis l’État a-t-il apportés aux producteurs lors de la dernière campagne agricole ?
Dans le cadre de la production agricole, l’appui que l’État apporte est énorme et diversifié. Il y a l’appui au niveau des semences, comme je l’ai dit, des intrants agricoles. La campagne passée, nous avons reçu un appui en semences de niébé et en semences de maïs. Nous avons reçu aussi des semences potagères : les choux, les carottes, les tomates, etc. Au niveau de la commune urbaine d’Arlit, nous avons reçu de façon globale 5 tonnes de maïs de variété TP3. Au niveau de la commune rurale de Gougaram, nous avons reçu 5 tonnes de maïs et 5 tonnes de niébé. Au niveau de la commune rurale de Dannet, nous avons reçu la même quantité : 5 tonnes de maïs et 5 tonnes de niébé. Ce sont des variétés à haut rendement et c’est dans le cadre même de l’amélioration de la qualité des semences au niveau des producteurs.
Quelle appréciation les producteurs font-ils de cet appui de l’État ?
L’appui de l’État chez les producteurs est arrivé à point nommé, d’autant plus que cet appui a suivi une campagne de déficit alimentaire, qui a fait qu’au niveau de certains ménages, il n’y avait même pas de semences qu’il fallait pour reconduire la production de la campagne passée. Mais avec l’appui de l’État, chaque ménage a eu au minimum 10 kilogrammes de chaque espèce que je viens de citer. C’est largement suffisant. Comme c’est un appui, ils ont aussi d’autres semences auprès d’autres producteurs, mais nous avons rassuré quand même ces producteurs-là avec l’appui qu’ils ont reçu de l’État, parce que nous étions plus sûrs des variétés que nous avons eu à placer.
Quelle est la place des femmes dans les activités agricoles dans le département d’Arlit ?
Tout comme les hommes, les femmes aussi se battent et mènent vraiment des activités très louables, très appréciables dans le domaine de la production agricole. Elles sont souvent associées aux hommes, soit en sociétés coopératives mixtes ou bien elles s’associent et adhèrent à ces structures pour avoir des portions de terres et travailler. Seulement, il y a certains sites qui sont un peu distants de la ville d’Arlit, avec des routes qui ne sont pas assez accessibles, ce qui fait que, pour une femme, se rendre au niveau de ces sites tous les jours n’est pas une chose aisée. C’est ce qui fait que vous avez certainement constaté qu’il y a une absence, s’il faut dire, quasi totale des femmes sur ces sites. Mais il y a un site qui est ici à côté, qui est carrément un site féminin. Et c’est un site d’à peu près 10 hectares aménagés où les femmes sont en train de travailler. Elles sont à peu près une quinzaine de femmes qui se battent et qui travaillent sur ce site. C’est un site créé en 2000.
Ces femmes sont-elles bien organisées et encadrées ?
Elles sont aussi organisées en sociétés coopératives et elles sont encadrées et suivies. Seulement, le besoin à ce niveau, c’est surtout le besoin d’encadrement. C’est vrai qu’elles sont suivies, mais il y a le besoin de renforcer l’encadrement. Vous savez, l’agriculture est une activité qui est basée sur plusieurs éléments qu’il faut suivre en permanence. Dès qu’il y a une innovation, il faut aller l’apporter. Il faut aussi assister ces producteurs à chaque fois. Malheureusement, cela fait partie du handicap que nous sommes en train de vivre : c’est l’insuffisance du personnel. C’est vrai, c’est une chose générale au pays, mais nous arrivons quand même, tant bien que mal, à les suivre. Au niveau de la Direction départementale, nous ne sommes que deux agents. Nous avons trois communes : la commune urbaine d’Arlit, celle de Gougaram et la commune rurale de Dannet. À Dannet et à Gougaram, il n’y a aucun agent de l’agriculture. C’est seulement à Arlit qu’il y a une communale.
Disposez-vous des ressources matérielles nécessaires pour accomplir vos missions ?
En tout cas, cela fait aussi partie des insuffisances, d’autant plus que nous avons une Toyota qui a été mise en circulation depuis les années 2005 et des motos qui ont dépassé leur période d’amortissement. Nous profitons des réquisitions pour aller dans les communes un peu éloignées ou dans les localités éloignées. Et souvent, nous travaillons aussi avec la collaboration des producteurs qui sont véhiculés nous arrivons des fois à prendre en charge le carburant et à utiliser leurs moyens de transport.
Interview réalisée par Ali Maman
ONEP-Agadez
