Abdourahamane Youssoufou
Monsieur le président, récemment, le ministre en charge des Sports a reçu des athlètes nigériens qui ont honoré le Niger lors de différentes compétitions au niveau international. Parmi ces athlètes figurent bien évidemment ceux excellant dans le judo. Alors, quels sont les principaux résultats et réalisations de la Fédération du Judo au cours de l’année écoulée ?
Bien ! Merci à l’ONEP pour l’opportunité que vous nous offrez de nous exprimer sur la vie de notre fédération. Disons qu’au cours de l’année écoulée, nous avons participé pratiquement à une dizaine de compétitions au niveau international et nous avons obtenu pas mal de médailles. Sur la dizaine de compétitions internationales, il faut dire que nous avons fait retentir sept fois l’Honneur de la Patrie. Il y a eu neuf médailles en argent, c’est-à-dire que ce sont des athlètes qui ont atteint les finales, qui malheureusement les ont perdues. Et nous avons eu également des médailles de bronze.
Dans l’ensemble, on peut dire que l’année a été vraiment satisfaisante pour nous à tout point de vue parce que les objectifs qui étaient fixés ont été atteints. Et il faut dire également qu’au cours de l’année, nous avons participé aux deux championnats d’Afrique, le championnat d’Afrique senior à Abidjan et le championnat d’Afrique cadet junior à Luanda. Au championnat d’Afrique senior, nous avons pu parvenir en demi-finales, arriver dans le dernier carré, malheureusement, certains athlètes, par manque d’expérience et d’effort, n’ont pas pu être sur le podium. Et donc, nous nous retrouvons avec quatre athlètes qui sont classés cinquièmes au niveau africain dans leurs catégories. Pour nous, le résultat est vraiment satisfaisant. C’est vrai que nous avions voulu être sur le podium, mais les choses n’ont pas été comme on a voulu. Mais, Dieu merci. Au niveau de la catégorie des jeunes, nous avons également amené nos cadets et nos juniors à Luanda pour le championnat d’Afrique. A Luanda, nous avons eu une championne d’Afrique en cadet à moins de 48 kg en la personne d’Aminata Boubacar. A sa première année de compétition, elle est montée sur le podium africain. Cette petite continue à faire des résultats au nom du pays.
Mais comme vous le savez, nos activités ne se résument pas uniquement aux compétitions. Nous sommes en charge d’assurer également l’animation et le développement de la discipline au niveau national. Au cours de l’année 2025, nous avons organisé deux compétitions majeures au niveau national. Nous avons organisé deux formations pour les cadres. Les acteurs sont quotidiennement informés sur l’actualité du Judo. Nous recueillons également leurs avis et leurs propositions pour que nous puissions améliorer notre plan d’actions.
Et, quels sont les plans et les objectifs de la Fédération pour le développement du Judo ?
En termes de développement du judo, nous avons initié avec la Fédération Internationale du Judo un programme Judo à l’école qui est en bonne voie. Nous espérons implémenter notre discipline dans beaucoup d’écoles pour permettre aux jeunes qui veulent pratiquer ce sport de le faire de manière plus saine. Le Judo, certes, demande beaucoup de moyens. Aujourd’hui, pour la pratique du Judo, il faut des tatamis, mais également, la tenue, les infrastructures, etc. En plus, il faut des encadreurs, sur ce plan, nous disposons aujourd’hui de 17 entraîneurs qualifiés de l’Académie de la Fédération Internationale de Judo. Ils sont reconnus et peuvent enseigner le Judo partout. Nous avons également formé des animateurs de club et des entraîneurs de premier et second degrés.
Nous avons amélioré le nombre d’internationaux avec la venue de deux dames dans ce circuit des entraîneurs. Une des dames est d’ailleurs dans le circuit mondial. Elle est convoquée régulièrement pour arbitrer dans les compétitions de la Fédération Internationale.
C’est tout un ensemble de programmes que nous avons, mais nous partons pas à pas. Celui qui nous tient à cœur, c’est vraiment le Judo à l’école afin de permettre aux jeunes de pratiquer le Judo dès le bas âge et s’approprier également le code du Judo.
Ce faisant, quels sont, aujourd’hui, les défis auxquels est confronté le Judo nigérien?
Comme vous le savez, le monde du sport est confronté à de multiples défis. Le premier défi, c’est le défi financier. C’est vrai qu’au niveau de la Fédération, l’année passée, nous avons participé à l’ensemble des compétitions programmées par la Confédération. Nous avons également fait une ou deux compétitions au niveau de la Fédération Internationale. Mais la participation à ces compétitions demande beaucoup de ressources. Malheureusement, nous sommes dans un pays où la situation financière ne permet pas d’amener un très grand nombre d’athlètes aux compétitions. Donc, nous sommes toujours appelés à faire des sélections et à diminuer parfois le nombre, à un jour ou à deux jours de déplacement, compte tenu des maigres moyens que nous recevons tantôt de l’État à travers le ministère de tutelle, tantôt à travers le COSNI et quelques partenaires qui nous appuient de temps en temps dans la réalisation de nos actions.
Mais, très sincèrement, en termes de défi, notre défi, c’est de faire en sorte que cette année, nous ayons plus de champions d’Afrique. Mais pour cela, il nous faut vraiment un accompagnement. Et cet accompagnement, nous espérons qu’avec les derniers résultats, la tutelle va nous accompagner un peu plus pour que nous puissions atteindre ces objectifs-là que nous nous sommes fixés.
Alors, M. le président, vous, en tant que premier responsable de cette discipline, quelle appréciation faites-vous du niveau de la pratique du Judo au Niger ?
Disons que moi, je suis satisfait de l’encadrement technique parce que, très sincèrement, dans la sous-région, nous sommes le pays qui dispose de plus de techniciens qualifiés au niveau de la fédération internationale. Je pense que c’est parce que les gens se sont mis au travail et cela apporte des résultats au niveau des athlètes. Parce que, de plus en plus, nous avons des athlètes très aguerris qui connaissent déjà le secret de l’arbitrage. Ce que nous cherchons à développer, c’est le judo féminin également. Parce qu’à ce stade, beaucoup de jeunes filles, dès qu’elles se marient, elles abandonnent. Pourtant, on peut servir le judo, même étant femme mariée. Heureusement que certaines femmes mariées sont restées et travaillent correctement, au niveau de la fédération, au niveau technique. Mais nous perdons beaucoup dans cette catégorie.
M. le Président, vous insistez sur les moyens et l’accompagnement. Quel est l’intérêt pour l’État d’accompagner et d’investir dans cette discipline ?
Aujourd’hui, le sport de manière générale est une source de visibilité pour le pays. Chaque fois que les sportifs, les judokas sortent, en tout cas, l’hymne retentit. Le sport est devenu une activité rentable. Il y a des sportifs qui se battent pour que le drapeau nigérien se hisse au plus haut niveau. Donc, moi, je pense que très sincèrement, l’État a beaucoup intérêt à supporter la jeunesse parce que c’est elle qui pratique le sport. Aujourd’hui, c’est elle qui est le socle de la révolution dans laquelle nous sommes engagés, dans la refondation de manière générale. Cette refondation a besoin que les jeunes soient supportés, accompagnés et honorés. J’insiste sur ce point.
La pratique de plusieurs disciplines sportives est confrontée au problème d’infrastructures. Quel est l’état actuel de la situation des infrastructures pour la pratique du Judo ?
Disons qu’au niveau du Judo, nous ne disposons pas d’un dojo national, cela veut dire que nous n’avons pas une infrastructure qui peut accueillir l’équipe nationale où l’équipe peut s’entraîner matin et soir et exécuter son programme. Nous utilisons généralement les infrastructures de la tutelle, en l’occurrence l’Académie des Arts Martiaux, quand elle est libre ou disponible. Dieu merci, nous avons également approché la Garde Nationale du Niger qui met à notre disposition très régulièrement sa salle de gymnastique pour permettre à nos jeunes de travailler un peu le côté physique.
Mais de manière générale, les infrastructures qui existent sont des infrastructures privées dont les superficies ne permettent pas à une équipe de s’entraîner convenablement.
Quelles sont vos attentes à l’endroit de tous les acteurs impliqués dans la mise en œuvre de votre programme pour le développement du judo de manière générale ?
Avant de répondre à cette question, je voudrais profiter de vos colonnes pour d’abord remercier très sincèrement le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, le COSNI, mais également certaines sociétés, qui nous accompagnent à des moments cruciaux notamment dans la mise en œuvre de nos projets. Je vais saisir cette opportunité pour lancer un appel au niveau des hautes autorités. Aujourd’hui, nous avons dans les arts martiaux, en l’occurrence en taekwondo, un olympien, en la personne de Alfaga. A l’heure où nous parlons, le judo, le taekwondo, le karaté ne disposent pas d’infrastructures d’entraînement. Et c’est un gros problème. Nous demandons aux hautes autorités d’octroyer des grandes salles au niveau du stade Général Seyni Kountché à ces disciplines qui honorent le pays de manière régulière pour permettre aux athlètes de s’entraîner convenablement. C’est vraiment une question qui nous tient à cœur. Et nous pensons très sincèrement qu’il est temps que cette dimension de la formation et de la participation aux compétitions puisse prendre en compte cette question d’infrastructures que nous appelons dojo. Il faut qu’on ait un dojo. Comme vous le savez, l’académie sert également à l’université de Niamey. Il y a des cours qui se font là-bas. Nous ne pouvons l’utiliser que quand elle est libre. Et ça, c’est vraiment un frein dans la préparation des équipes du judo et les autres arts martiaux.
Interview réalisée par Abdoul-Aziz Ibrahim
