Situé dans la région d’Agadez, le département d’Aderbissinat couvre une superficie d’environ 51 000 km² avec une population majoritairement composée d’éleveurs nomades, notamment des Touaregs et des Peuls, dont les moyens de subsistance reposent essentiellement sur l’élevage. Le département d’Aderbissinat est limité au nord par les départements de Tchirozérine et d’Ingall ; au sud par les départements de Tanout et de Belbédji ; à l’est par les départements de Bilma et de Tesker ; à l’ouest par le département de Bermo.
Monsieur le préfet, quel bilan faites-vous, après trois années d’exercice, de la mise en œuvre de votre mission au niveau du département d’Aderbissinat ?
Tout d’abord, je tiens à adresser mes vifs remerciements au Président de la République, Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, pour la confiance qu’il a placée en ma personne en me nommant préfet du département d’Aderbissinat, il y a de cela trois ans. Sans risque de me tromper, je peux affirmer aujourd’hui que les résultats sont satisfaisants. Alhamdoulillah, nous ne pouvons que nous réjouir, dans l’ensemble, des résultats obtenus qui sont à la hauteur des attentes. Bien entendu, beaucoup reste encore à faire, mais les efforts déployés jusque-là nous encouragent à poursuivre notre engagement au service des populations.
Monsieur le préfet, l’un des principaux défis auxquels la région d’Agadez est confrontée demeure l’insécurité résiduelle. Quelle est la situation dans votre département, l’un des plus vastes de la région ?
L’insécurité résiduelle dans le département d’Aderbissinat se manifeste sous plusieurs formes. Il s’agit notamment de quelques cas de vol de bétail, de braquages à main armée, ainsi que des trafics et de la consommation de produits stupéfiants. Ces activités illicites sont généralement le fait de jeunes sans emploi ou d’orpailleurs en situation d’échec qui, de retour de leur aventure sans résultat, s’adonnent malheureusement à ce type de pratiques. Pour faire face à cette situation, les autorités départementales ont mis en œuvre plusieurs mesures dont l’application a permis de réduire considérablement les plaintes liées aux vols de bétail dans plusieurs localités du département. S’agissant du trafic et de la consommation des produits stupéfiants, il convient de rappeler que le département d’Aderbissinat constitue une zone de transit pour les fraudeurs venant du sud en direction des sites aurifères situés au nord. Il s’agit d’un phénomène transfrontalier qui touche non seulement la région d’Agadez, mais également plusieurs autres régions du pays. Afin de lutter contre ce fléau, plusieurs actions sont menées, notamment le renforcement des contrôles et des fouilles aux postes de sécurité, l’organisation régulière de missions de patrouille ainsi que la sensibilisation des populations, en particulier des jeunes, sur les dangers liés à la consommation des drogues. Alhamdoulillah, les résultats obtenus sont aujourd’hui très encourageants. Nos Forces de défense et de sécurité (FDS) poursuivent leur mission avec professionnalisme et vigilance. De leur côté, les populations prennent davantage conscience des enjeux sécuritaires et collaborent efficacement avec les autorités à travers la dénonciation des actes suspects et la remontée d’informations en temps opportun.
Au-delà de la lutte contre la criminalité, le département est également confronté à des conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles. Comment ces différends sont-ils gérés ?
Il est difficile d’aborder la question de la sécurité dans le département d’Aderbissinat sans évoquer les conflits communautaires qui opposent, par moments, les populations autochtones aux éleveurs transhumants dans le cadre de l’exploitation des ressources naturelles, notamment les pâturages et les points d’eau. Ces conflits sont toutefois gérés de manière régulière et efficace grâce aux mécanismes traditionnels de prévention et de règlement des différends, en particulier à travers la Commission foncière départementale (COFODEP). Cette instance joue un rôle essentiel dans la recherche de solutions consensuelles et bénéficie de l’appui constant des autorités administratives, des chefs coutumiers et des leaders communautaires. Les autorités coutumières apportent une contribution déterminante à la préservation de la cohésion sociale. Leur expérience, leur autorité morale et leur connaissance des réalités locales facilitent le dialogue entre les différentes parties et favorisent des règlements pacifiques des litiges. Par ailleurs, les valeurs ancestrales, notamment la tradition légendaire d’hospitalité, de solidarité et de convivialité, continuent de guider les relations entre les populations locales et les éleveurs transhumants, contribuant ainsi à préserver un climat de paix et de vivre-ensemble. Cette évolution positive est le fruit des efforts conjugués des Forces de défense et de sécurité, des autorités administratives et coutumières, ainsi que de la précieuse collaboration des populations dont la vigilance et la remontée d’informations contribuent efficacement au maintien de la paix et de la sécurité.
Monsieur le préfet, quelle est votre appréciation de l’implication des populations, en ce qui concerne la mobilisation générale en soutien au Gouvernement dans le cadre de la Refondation de notre pays ?
Face aux défis sécuritaires auxquels est confronté le pays, le Président de la République, Chef de l’État, Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, a promulgué l’Ordonnance n° 2025-42 du 26 décembre 2025 instituant la mobilisation générale pour la défense de la Patrie sur toute l’étendue du territoire national. Compte tenu du caractère urgent et de l’importance de cette mesure dans un contexte particulièrement sensible, les autorités du département d’Aderbissinat se sont rapidement déployées sur le terrain afin de relayer l’information auprès des communautés, en leur apportant toutes les explications nécessaires ainsi que les orientations de l’État relatives à cette nouvelle ordonnance. À cet effet, plusieurs activités de sensibilisation ont été organisées pour vulgariser cette importante mesure, notamment : la célébration de la Journée nationale de la Refondation, au cours de laquelle les populations ont réaffirmé leur soutien à l’État du Niger tout en condamnant et rejetant les tentatives d’ingérence extérieure, notamment à travers la résolution du Parlement européen du 12 mars 2026 exigeant la libération de l’ancien Président déchu ; l’organisation de plusieurs marches de soutien aux Forces de défense et de sécurité (FDS) et au Gouvernement du Niger, à l’initiative de la coalition des organisations de la société civile et des comités de suivi ; la tenue de conférences-débats organisées par la faîtière des femmes d’Aderbissinat à l’occasion de la célébration de la Journée du 13 Mai, au cours desquelles les membres des organisations féminines, y compris les femmes des Forces de défense et de sécurité, ont été sensibilisées sur le contenu et les implications de l’Ordonnance portant mobilisation générale. En somme, cette nouvelle mesure a été très favorablement accueillie par les populations d’Aderbissinat qui se sont pleinement engagées à accompagner ce processus jusqu’à son aboutissement, c’est-à-dire jusqu’à la pleine souveraineté de notre pays.
Qu’en est-il de la collaboration entre les Forces de défense et de sécurité et les populations ?
La collaboration entre les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les populations se passe très bien à Aderbissinat. Tout d’abord, il convient de souligner que le département dispose déjà d’un dispositif communautaire de veille sécuritaire, désormais renforcé par les antennes locales de l’Union Nigérienne des Volontaires pour la Patrie (UNVP), récemment installées dans les différentes zones du département. Ce cadre de collaboration fonctionne efficacement et continue d’enregistrer des résultats très encourageants. Il faut également relever la tenue régulière d’activités civilo-militaires, notamment l’organisation de plusieurs matchs de football entre civils et militaires, les opérations de salubrité publique, ainsi que les sessions de renforcement des capacités des acteurs locaux, y compris les Forces de défense et de sécurité, sur le civisme, la prévention et la gestion non violente des conflits. Toutes ces initiatives constituent des cadres privilégiés de coopération civilo-militaire au service de la sécurité et de la cohésion sociale. Par ailleurs, l’un des aspects les plus importants demeure l’organisation des prières collectives (Al-Qunût) et des séances de lecture du Saint Coran, placées sous l’égide du Chef du Groupement Kel Ferwan et du Chef du Groupement Peul Kassaoussawa. Ces prières sont organisées à la fin de chaque mois dans l’ensemble des mosquées de vendredi du département d’Aderbissinat afin d’implorer Allah (SWT) de protéger le Niger et son peuple.
Monsieur le préfet, l’une des principales potentialités de votre département est sans doute l’élevage. Comment se porte ce secteur et quelles sont les autres potentialités dont dispose le département, notamment en matière de perspectives d’investissement ?
Comme vous le savez, le département d’Aderbissinat est à vocation essentiellement pastorale. Cette année, la situation pastorale demeure globalement satisfaisante. En effet, on constate une disponibilité relativement acceptable des pâturages au niveau des parcours naturels et des koris. Par conséquent, l’état d’embonpoint du cheptel est jugé satisfaisant. Pour accompagner ce secteur stratégique, l’État et ses partenaires apportent des appuis considérables au département d’Aderbissinat. Au titre du premier semestre 2026, on peut citer notamment : la réception de plus de 400 tonnes d’aliments pour bétail, destinées à la vente à prix modéré et acquises sur fonds propres de l’État ; la réhabilitation de plusieurs puits pastoraux grâce au financement du Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel (PRAPS II) ; l’organisation de campagnes régulières de vaccination du cheptel avec l’appui de Médecins du Monde Belgique (MDM Belgique) et de Médecins Sans Frontières (MSF) ; la mise à la disposition des femmes et des jeunes de centaines de kits d’élevage dans le cadre des projets d’embouche et de reconstitution du cheptel.
S’agissant de la situation zootechnique, elle est marquée par quelques foyers de suspicion de pasteurellose, de clavelée, de rage et d’avitaminose. Des mesures appropriées sont toutefois prises afin de traiter les animaux malades et de vacciner les animaux sains pour limiter la propagation de ces maladies. Toutefois, afin de préserver l’état d’embonpoint du cheptel et de permettre aux éleveurs de maintenir leurs animaux dans de bonnes conditions, notamment les femelles en lactation, il est indispensable que l’État poursuive, en temps opportun, le positionnement des aliments pour bétail.
Au-delà de l’élevage, le département d’Aderbissinat dispose d’importantes potentialités agricoles, notamment des terres arables favorables au développement du maraîchage. En 2025, la superficie cultivable était estimée à 2 428 hectares, dont seulement 359 hectares étaient effectivement mis en valeur, toutes spéculations confondues. Cette importante réserve foncière, combinée à la disponibilité d’une jeunesse dynamique et valide, constitue un véritable potentiel de développement et offre de réelles perspectives d’investissement dans le secteur agricole.
Monsieur le préfet, quels sont les principaux défis auxquels votre département est confronté et quelles sont les perspectives envisagées pour les relever ?
Les principaux défis auxquels le département d’Aderbissinat est confronté sont notamment : les aléas climatiques qui affectent les ressources pastorales, hydrauliques et environnementales ; les menaces sécuritaires liées à la porosité des frontières, en particulier dans la partie Est du département ; la faible maîtrise des mouvements démographiques, en raison des flux importants d’éleveurs transhumants ; la difficulté d’accès à certaines zones du département ; la récurrence des feux de brousse ; l’insuffisance des infrastructures administratives et des équipements sociocommunautaires ; la faible couverture en services de santé et d’éducation. En ce qui concerne les perspectives, les autorités départementales, avec l’appui de l’État et de ses partenaires, entendent poursuivre leurs efforts afin de : assurer la sécurité des personnes et de leurs biens sur l’ensemble du territoire départemental ; intensifier les actions de communication et de sensibilisation autour des enjeux de la Refondation ; promouvoir une gouvernance de qualité et veiller à une meilleure mise en œuvre des actions de développement dans le département ; lutter contre la dégradation des écosystèmes et restaurer l’environnement ; assurer une meilleure application des textes régissant la gestion et l’exploitation des ressources naturelles ; améliorer les indicateurs sociaux de performance, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’hydraulique et de l’assainissement.
Interview réalisée par Ali Maman ONEP-Agadez
