M. Moussa Boubacar
Monsieur le Directeur, quelles sont les principales missions de la Direction régionale de l’Aménagement du Territoire et de Développement Local d’Agadez ainsi que les difficultés auxquelles vous faites face ?
La Direction Régionale de l’Aménagement du Territoire et du Développement Local d’Agadez est le principal organe technique chargé d’assurer la cohérence des politiques publiques et des interventions des partenaires au développement à l’échelle régionale. Nos missions s’articulent autour de trois axes essentiels. Le premier concerne la planification et l’aménagement du territoire. À ce titre, nous élaborons, vulgarisons et assurons le suivi de la mise en œuvre des principaux outils de planification stratégique, notamment le Schéma Régional d’Aménagement du Territoire (SRAT), le Plan de Développement Régional (PDR) ainsi que les Plans de Développement Communaux (PDC). Le deuxième axe porte sur l’appui au développement local. Nous accompagnons techniquement les collectivités territoriales, aussi bien la région que les communes, dans l’élaboration, la révision et la mise en œuvre de leurs instruments de planification. Enfin, notre troisième mission consiste à coordonner les interventions des différents partenaires, notamment les projets, programmes, ONG et associations de développement, afin que leurs actions soient alignées sur les priorités définies par l’État et les collectivités territoriales. Cette coordination permet d’éviter la dispersion des investissements et de garantir une meilleure efficacité des actions de développement.
Toutefois, l’accomplissement de ces missions se heurte à plusieurs contraintes. La première est liée à l’immensité de notre région, qui représente plus de la moitié du territoire national. Le suivi technique des communes éloignées, telles que Bilma ou Iférouane, nécessite d’importants moyens logistiques dont nous ne disposons pas toujours. À cela s’ajoute un déficit en ressources humaines qualifiées et en moyens financiers. Nos services ont besoin d’être renforcés en cadres spécialisés, notamment en planification, aménagement du territoire, socio-économie et systèmes d’information géographique, ainsi qu’en crédits de fonctionnement.
Enfin, l’accès à des données statistiques fiables, actualisées et désagrégées demeure un défi majeur, alors qu’une planification efficace repose avant tout sur une bonne connaissance des réalités socio-économiques de chaque commune.
La région d’Agadez accueille plusieurs projets et programmes de développement. Quel bilan pouvez-vous dresser aujourd’hui de leur exécution, notamment en termes de résultats obtenus et d’impact sur les populations ?
La région d’Agadez, en raison de sa position géostratégique et de ses nombreux défis, bénéficie de plusieurs projets et programmes de développement portant notamment sur la stabilisation, la résilience, la cohésion sociale, la gestion des ressources naturelles, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et le développement local. Globalement, le bilan que nous dressons est mitigé, mais demeure positif. D’importants progrès ont été enregistrés dans la réalisation d’infrastructures de base et dans l’amélioration des conditions de vie des populations. Les programmes de stabilisation ont également contribué à redynamiser progressivement l’économie locale, fortement affectée ces dernières années par les crises sécuritaires et les mutations liées aux flux migratoires. Les impacts sur les populations sont réels, notamment en matière d’accès aux services sociaux de base. Toutefois, nous constatons que la question de la durabilité reste un défi important. Dans plusieurs cas, la fin d’un projet entraîne un affaiblissement progressif des infrastructures ou des acquis, faute d’une véritable appropriation par les collectivités territoriales et les communautés bénéficiaires dès les phases de conception et de mise en œuvre. C’est pourquoi nous insistons de plus en plus sur le renforcement de la maîtrise d’ouvrage locale afin de garantir la pérennité des investissements.
Les ONG et associations de développement constituent des acteurs importants du développement local. Comment s’effectue leur suivi par vos services et quelles sont les principales observations que vous faites concernant leurs interventions dans la région ?
Les ONG et associations de développement occupent une place importante dans la mise en œuvre des actions de développement dans notre région. Leur contribution est appréciable, mais elle doit s’inscrire dans un cadre de coordination et de planification bien défini. Le suivi de leurs interventions est assuré à travers plusieurs mécanismes, notamment l’examen des rapports d’activités, les missions de terrain, les sessions des cadres de concertation tels que la COCORAT, ainsi que le respect des Protocoles d’Accord Type (PAT) et des Protocoles de Mise en Exécution (PME). Nous reconnaissons plusieurs points positifs, en particulier leur forte capacité de mobilisation des ressources financières ainsi que leur réactivité dans les situations d’urgence humanitaire.
Cependant, certaines insuffisances persistent. Nous observons encore une concentration excessive des interventions dans les chefs-lieux, au détriment des communes les plus enclavées. Par ailleurs, certaines organisations ne s’alignent pas suffisamment sur les outils de planification locale, notamment les Plans de Développement Communaux, ce qui entraîne parfois des doublons ou des investissements qui ne répondent pas toujours aux priorités locales. Des efforts restent également nécessaires en matière de transparence et de coordination.
Quel regard portez-vous sur les performances des collectivités territoriales de la région en matière de mobilisation des ressources propres et de gestion des investissements destinés aux services sociaux de base ?
La mobilisation des ressources propres demeure l’un des principaux défis de la décentralisation. De manière générale, les performances des collectivités territoriales restent encore modestes. Cette situation s’explique notamment par un faible civisme fiscal, une assiette fiscale limitée et des capacités techniques insuffisantes au niveau des administrations communales. En conséquence, la plupart des collectivités restent fortement dépendantes des transferts de l’État, notamment à travers l’ANFICT, ainsi que de l’appui des partenaires techniques et financiers. S’agissant de la gestion des investissements dans les secteurs sociaux de base tels que l’éducation, la santé, l’hydraulique et l’assainissement, des progrès sont perceptibles, notamment grâce aux ressources issues des redevances minières et pétrolières dans certaines communes.
Toutefois, des insuffisances subsistent dans la planification des investissements. Il arrive que des infrastructures soient réalisées sans que les conditions nécessaires à leur fonctionnement durable soient réunies, notamment la disponibilité du personnel qualifié ou des ressources destinées à leur entretien. Cette situation limite l’impact réel de ces investissements sur les populations.
Malgré les efforts consentis, quels sont aujourd’hui les principaux défis qui freinent le développement socio-économique de la région d’Agadez et quelles actions prioritaires mériteraient d’être renforcées ?
La région d’Agadez fait face à plusieurs défis majeurs qui continuent de ralentir son développement socio-économique. Le premier est l’enclavement, aussi bien intérieur qu’extérieur, qui constitue un frein à la circulation des personnes et des biens, à l’intégration économique des communes et à l’accès des populations aux services sociaux de base.
Le deuxième défi concerne les effets des changements climatiques, notamment la pression croissante sur les ressources en eau et les espaces pastoraux, avec pour conséquences une aggravation des conflits liés aux ressources naturelles et une plus grande vulnérabilité des populations. Enfin, il demeure nécessaire de mieux articuler les interventions d’urgence avec les actions de développement durable afin de sortir progressivement d’une logique essentiellement humanitaire.
Pour relever ces défis, plusieurs actions prioritaires s’imposent. Il s’agit notamment de généraliser et d’actualiser les Plans de Développement Communaux de troisième génération, de renforcer les capacités techniques et institutionnelles des collectivités territoriales, de moderniser les outils de planification grâce aux bases de données géospatiales, et d’investir davantage dans les infrastructures structurantes de désenclavement, notamment les pistes rurales et les réseaux de communication.
Quelles sont les perspectives de développement de la région d’Agadez à moyen et long termes, et quel message souhaitez-vous adresser aux partenaires techniques et financiers, aux collectivités territoriales ainsi qu’aux populations ?
Les perspectives de développement de la région d’Agadez reposent sur une mise en œuvre rigoureuse de nos outils de planification et sur une meilleure coordination des interventions de tous les acteurs. Notre ambition est de bâtir un territoire mieux aménagé, plus équilibré et davantage interconnecté, capable de valoriser durablement ses importantes potentialités, notamment dans les domaines des ressources minières, des énergies renouvelables, des oasis et de l’économie locale, au bénéfice d’un développement inclusif, résilient et durable. Aux partenaires techniques et financiers, je voudrais rappeler que leur appui demeure essentiel. Toutefois, l’efficacité de cette coopération passe impérativement par un alignement systématique de tous les projets sur les priorités définies dans le Plan de Développement Régional et les Plans de Développement Communaux. C’est la condition indispensable pour garantir la cohérence, l’efficacité et la durabilité des investissements. Aux collectivités territoriales, j’adresse un appel à renforcer la culture de la planification, de la bonne gouvernance et de la mobilisation des ressources propres. Il est également indispensable d’intégrer systématiquement les coûts d’entretien et de maintenance des infrastructures dans les budgets locaux afin de préserver les investissements réalisés.
Enfin, aux populations de la région d’Agadez, je voudrais dire que le développement ne peut être durable que s’il est porté par les citoyens eux-mêmes. Chacun doit se sentir responsable de la préservation des infrastructures, de la consolidation de la paix, de la sécurité et de la cohésion sociale. C’est grâce à cet engagement collectif que nous construirons une région prospère, résiliente et tournée vers l’avenir.
Propos recueillis par
Ali Maman ONEP-Agadez
