Colonel Boubacar Soumana Garanké
Mon Colonel, vous êtes le président de l’Association des Municipalités du Niger (AMN) et, dans quelques jours, vous allez célébrer les Journées Nationales des Communes. Comment se portent aujourd’hui les municipalités du Niger ?
Je vous remercie pour cette question qui me donne l’occasion de m’adresser à l’ensemble des Nigériens sur un sujet qui concerne directement leur quotidien.
Je voudrais d’abord rappeler que les collectivités territoriales constituent le premier niveau de proximité entre l’État et les citoyens. C’est dans les communes que s’expriment les attentes des populations en matière d’état civil, d’assainissement, d’aménagement urbain, de gestion des marchés, d’accès aux services sociaux de base, de prévention des conflits ou encore de cohésion sociale. En d’autres termes, lorsque la commune progresse, c’est la qualité de vie des populations qui s’améliore.
Malgré l’environnement exigeant dans lequel évoluent les municipalités du Niger, aujourd’hui, je peux affirmer avec responsabilité que nos collectivités territoriales font preuve d’une remarquable capacité d’adaptation et de résilience. Depuis la mise en place des administrateurs délégués, les communes poursuivent leur mission de service public avec un sens élevé du devoir et continuent d’assurer les services essentiels, d’accompagner les politiques publiques et de demeurer à l’écoute des préoccupations des populations. Cette continuité de l’action publique est fondamentale, car elle garantit la stabilité de nos territoires et renforce la confiance des citoyens envers les institutions.
Il est vrai que plusieurs défis demeurent, notamment en matière de mobilisation des ressources, de modernisation des administrations communales, de renforcement des capacités ou encore d’amélioration des infrastructures locales. Mais, ces défis ne remettent nullement en cause la détermination des collectivités territoriales à remplir leur mission. En définitive, je dirais que les municipalités du Niger se portent avec courage, avec responsabilité et avec une volonté constante de servir les populations. Elles traversent les défis avec détermination, conscientes que leur engagement quotidien participe à la construction d’un Niger plus uni, plus résilient et plus prospère.
Dans le contexte actuel où il n’y a pas d’élus locaux, le Gouvernement a institué les Commissions Consultatives au niveau de chaque commune. Comment fonctionne ce mécanisme et quels échos avez-vous sur les rapports entre ces commissions et les administrateurs délégués ?
La mise en place des Commissions Consultatives répond à une volonté claire des plus hautes autorités du Niger de préserver la participation citoyenne et la concertation locale dans le fonctionnement des collectivités territoriales. Même, en l’absence d’organes élus, il était indispensable que les populations continuent à être associées aux réflexions sur les grandes questions qui concernent la vie de leurs communes.
Les Commissions Consultatives remplissent précisément cette mission. Elles constituent un cadre d’écoute, de dialogue et de concertation entre les administrateurs délégués, les forces vives locales, les autorités coutumières et religieuses, les organisations de la société civile, les jeunes, les femmes ainsi que les différentes composantes de la communauté. Certes, leur rôle est consultatif, mais il est essentiel. Elles permettent de faire remonter les préoccupations des populations, d’éclairer certaines décisions locales et de favoriser une meilleure appropriation des actions menées par les collectivités territoriales.
Les rapports que nous recevons à l’Association des Municipalités du Niger sont globalement très encourageants. Dans la grande majorité des communes, les relations entre les administrateurs délégués et les Commissions Consultatives sont empreintes de respect mutuel, de dialogue permanent et de responsabilité partagée. Chacun comprend que les intérêts des populations doivent toujours primer sur les considérations individuelles.
Naturellement, comme dans toute dynamique institutionnelle récente, quelques ajustements demeurent nécessaires afin d’harmoniser certaines pratiques et de renforcer davantage les capacités des différents acteurs. C’est un processus normal qui s’améliorera progressivement avec l’expérience. Ce qui est important aujourd’hui, c’est que les administrateurs délégués ne considèrent pas ces commissions comme une contrainte, mais comme de véritables partenaires de proximité. De leur côté, les membres des Commissions Consultatives comprennent qu’ils ont une responsabilité importante dans la consolidation de la gouvernance locale et nous encourageons fortement cette culture du dialogue, car une bonne gouvernance locale repose avant tout sur l’écoute, la concertation et la recherche permanente de l’intérêt général.
Quelles sont les principales réalisations à l’actif de votre bilan à la tête de l’AMN ?
Depuis notre prise de fonction à la tête de l’Association des Municipalités du Niger, notre ambition est restée la même : faire de l’AMN une institution plus forte, plus influente et plus utile aux collectivités territoriales, afin que chaque action entreprise produise des effets concrets sur la vie de nos populations.
Notre premier chantier a consisté à renforcer le dialogue institutionnel entre les collectivités territoriales et les autorités de l’État. L’AMN s’est affirmée comme une force de proposition et un partenaire crédible dans les réflexions relatives à la gouvernance locale, au renforcement de la décentralisation et à l’amélioration des politiques publiques territoriales. Nous avons également accordé une attention particulière au renforcement des capacités des administrateurs délégués, des cadres communaux et des acteurs locaux.
Parmi les acquis majeurs, je voudrais souligner la création et l’opérationnalisation du Réseau des Femmes Leaders et Autorités du Niger. Cette initiative traduit notre volonté de promouvoir une gouvernance locale plus inclusive, en valorisant le leadership féminin et en donnant aux femmes un espace structuré d’échanges, de formation, de plaidoyer et de partage d’expériences.
Nous avons également œuvré au renforcement du rayonnement international de l’Association des Municipalités du Niger. Aujourd’hui, notre pays est davantage présent dans les grands espaces de coopération entre collectivités territoriales. À travers la présidence du Département Énergie et Développement durable de la CCT-UEMOA, l’AMN participe activement aux réflexions sur la transition énergétique, la résilience climatique et le développement durable des territoires.
Dans cette même dynamique d’ouverture, nous avons signé une convention de partenariat avec la Faîtière des Communes du Togo. Ce partenariat n’est pas une simple formalité institutionnelle. Il ouvre la voie à des échanges d’expériences, à des actions conjointes de renforcement des capacités, au partage de bonnes pratiques en matière de gouvernance locale et à la mise en œuvre de projets susceptibles d’améliorer les services rendus aux populations de nos deux pays.
La modernisation de l’administration communale constitue également une priorité. C’est dans cet esprit que nous avons lancé, avec nos partenaires, le processus de connectivité des mairies.
Nous pouvons également citer la mise en place du Bureau Exécutif de l’Union des Collectivités Territoriales de l’Alliance des États du Sahel (UCT-AES), qui constitue une avancée majeure pour la coopération entre les collectivités de notre espace confédéral. Cette plateforme permettra de mutualiser les expériences, de promouvoir des solutions communes face aux défis partagés et de renforcer la solidarité entre les territoires de l’AES.
Toutes ces réalisations répondent à une même conviction : une commune forte est une commune capable de mieux servir ses populations. Derrière chaque partenariat signé, chaque réforme engagée, chaque réseau créé ou chaque programme de renforcement des capacités, il y a une finalité unique : améliorer durablement les conditions de vie des Nigériens.
Notre satisfaction réside aujourd’hui dans le constat de l’impact de nos resolutions sur les citoyens. Et c’est dans cet esprit que nous continuerons à agir, avec humilité, détermination et un profond sens du service public.
Quels sont les principaux défis qui se posent aujourd’hui aux collectivités territoriales du Niger ?
Les défis auxquels nos collectivités territoriales sont confrontées sont nombreux, mais ils ne sont pas insurmontables. Ils appellent simplement à davantage de coordination, d’innovation et de responsabilité collective.
Le premier défi demeure celui du financement du développement local. Les communes sont appelées à répondre à des besoins de plus en plus importants en matière d’infrastructures, d’assainissement, d’éducation, de santé, de voirie, d’éclairage public, de gestion des déchets ou encore d’accès à l’eau potable. Or, les ressources dont elles disposent restent souvent limitées au regard de l’ampleur de ces attentes. C’est pourquoi l’AMN continue de plaider pour une mobilisation accrue des ressources locales, une amélioration du recouvrement des recettes communales et un accompagnement renforcé de l’État dans le financement des collectivités.
Le deuxième défi est celui du renforcement des capacités humaines et institutionnelles. Les collectivités territoriales évoluent dans un environnement de plus en plus exigeant, marqué par la transformation numérique, l’évolution des normes de gestion publique et les attentes croissantes des citoyens. Nous devons donc investir davantage dans la formation des cadres communaux, la professionnalisation de l’administration locale et la modernisation des outils de gestion.
Le troisième défi est celui de la sécurité et de la résilience de nos territoires. Aujourd’hui, les collectivités territoriales sont en première ligne face aux conséquences des crises sécuritaires, des catastrophes naturelles et des effets du changement climatique. Elles jouent un rôle essentiel dans la prévention des conflits, la sensibilisation des populations, la préservation de la cohésion sociale et l’accompagnement des politiques nationales de sécurité. C’est pourquoi leur renforcement constitue également un investissement en faveur de la stabilité de notre pays.
Nous devons également faire face aux défis liés à l’urbanisation rapide. Nos villes et nos communes connaissent une croissance démographique importante qui exige davantage de planification, une meilleure gestion foncière, des infrastructures adaptées et une organisation plus efficace des services publics.
À cela s’ajoute l’impératif de la transformation numérique. Les citoyens attendent aujourd’hui une administration plus accessible, plus réactive et plus transparente. La digitalisation des services communaux n’est plus une option, elle constitue une nécessité pour améliorer la qualité des prestations offertes aux populations et renforcer la confiance entre les citoyens et leurs collectivités.
Enfin, aucun développement durable ne peut être envisagé sans une forte implication des populations elles-mêmes. Le civisme, la participation citoyenne, le respect des biens publics, le paiement des taxes locales et la préservation de notre environnement sont autant de responsabilités partagées qui conditionnent la réussite de l’action communale.
Quelles sont les activités prévues dans le cadre de ces Journées des Communes et quels en sont les objectifs poursuivis ?
Les Journées Nationales des Communes du Niger sont aujourd’hui bien plus qu’un simple rendez-vous institutionnel. Elles constituent un cadre privilégié de réflexion, de concertation et de mobilisation des acteurs de la gouvernance locale autour des grands défis auxquels notre pays est confronté.
Cette douzième édition, organisée sous le thème « Les Collectivités Territoriales au cœur des enjeux sécuritaires », s’inscrit pleinement dans la dynamique de la Refondation engagée par les plus hautes autorités de notre pays. Elle traduit notre conviction que la sécurité, la stabilité et le développement durable commencent d’abord dans nos communes, au plus près des populations.
Au cours de ces journées, plusieurs activités de haute portée stratégique seront organisées. Nous aurons d’abord des panels de discussion et des travaux thématiques réunissant les différents acteurs de la gouvernance locale, des experts, des représentants de l’État ainsi que nos partenaires. Ces échanges permettront d’approfondir la réflexion sur la contribution des collectivités territoriales à la prévention des conflits, à la résilience des territoires, à la mobilisation citoyenne et au renforcement de la sécurité nationale. L’objectif est de dégager des recommandations concrètes afin que nos communes continuent de jouer pleinement leur rôle de premiers relais de l’action publique et de la cohésion sociale.
Des rencontres de plaidoyer de haut niveau sont également prévues avec les membres du Gouvernement. Elles offriront l’occasion de renforcer le dialogue entre l’État et les collectivités territoriales, d’examiner les principaux défis auxquels les communes sont confrontées et de mieux aligner les priorités du développement local sur les grandes orientations de la Refondation nationale. Pour l’Association des Municipalités du Niger, ce dialogue permanent est indispensable afin de construire des collectivités toujours plus fortes, plus efficaces et davantage au service des citoyens.
Cette édition sera également marquée par une innovation importante. L’Association des Municipalités du Niger a fait le choix de remplacer la traditionnelle foire des communes par une journée culturelle mettant à l’honneur la richesse patrimoniale de la région de Maradi, ville hôte de cette édition.
Ce choix est loin d’être anodin. Dans un contexte où notre pays fait face à de nombreux défis, nous avons estimé qu’il était essentiel de rappeler que notre diversité culturelle constitue l’une de nos plus grandes forces. La culture rassemble, rapproche les communautés, renforce le sentiment d’appartenance à une même Nation et contribue à consolider la cohésion sociale qui demeure l’un des fondements les plus solides de la paix et de la sécurité.
Mais au-delà du programme lui-même, l’objectif est beaucoup plus profond. Nous voulons renforcer la solidarité entre les communes du Niger, favoriser la mutualisation des expériences et des compétences, et identifier ensemble des solutions concrètes aux préoccupations des populations. Nous voulons également renforcer le dialogue entre les collectivités territoriales, l’État et les partenaires afin que chacun apporte sa contribution au développement harmonieux de nos territoires.
Quelles sont vos attentes vis-à-vis des différents acteurs ?
Nos attentes sont à la hauteur des ambitions que nous portons pour les collectivités territoriales et, plus largement, pour le développement de notre pays. À l’endroit des plus hautes autorités de l’État, nous exprimons notre profonde reconnaissance pour la confiance accordée à la gouvernance locale. Nous souhaitons poursuivre ce dialogue constructif afin de consolider les réformes engagées, de renforcer les capacités des collectivités territoriales et de leur permettre de disposer progressivement des moyens nécessaires pour accomplir efficacement leurs missions au service des populations. Nous attendons également des partenaires techniques et financiers qu’ils continuent à accompagner les communes dans leurs efforts de modernisation, d’innovation et de développement. Leur expertise et leur appui demeurent précieux pour renforcer la résilience de nos territoires et promouvoir des projets structurants au bénéfice des citoyens.
Aux administrateurs délégués des 255 communes du Niger, je voudrais adresser un message de confiance et de responsabilité. Les populations attendent de nous une gouvernance exemplaire, fondée sur la transparence, la rigueur, la proximité, l’écoute et le sens du service public. Nous devons continuer à faire preuve d’intégrité, d’engagement et d’esprit d’initiative afin que chaque commune soit un véritable espace de développement et de cohésion sociale.
J’adresse également mes encouragements aux Commissions Consultatives. Leur rôle est essentiel pour maintenir le dialogue avec les populations, favoriser la concertation et contribuer à une gouvernance participative.
Je lance aussi un appel aux opérateurs économiques, aux organisations de la société civile, aux leaders coutumiers et religieux, aux jeunes, aux femmes et à l’ensemble des forces vives de la Nation. Le développement local est une responsabilité partagée. Les collectivités territoriales ne peuvent réussir seules. Elles ont besoin de l’implication de tous, dans un esprit de solidarité, de civisme et d’intérêt général.
Enfin, je voudrais m’adresser directement aux populations de nos 255 communes : les communes sont les premières institutions de proximité, elles vous appartiennent et sont le reflet de votre engagement citoyen. Préserver les infrastructures publiques, respecter les règles de civisme, contribuer aux recettes locales, participer aux actions communautaires et accompagner les initiatives de développement sont autant de gestes qui renforcent nos collectivités et améliorent durablement notre cadre de vie.
L’Association des Municipalités du Niger continuera, pour sa part, à jouer pleinement son rôle de fédérateur, de force de proposition et de partenaire de l’État du Niger, avec une seule boussole : servir les populations.
Interview réalisée par Siradji Sanda (ONEP)
