Chef d’Escadron Boubacar Alichina Goga, préfet du département de Dosso
Le département de Dosso est situé au centre de la région qui porte son nom. Il couvre une superficie de 8.796 Km², avec une population estimée à 667.450 habitants, répartis dans 441 villages, quartiers et campements administratifs. Il est limité au nord par le département de Loga et la région de Tillabéri ; au sud par les départements de Gaya et Dioundou ; à l’est par les départements de Doutchi et Tibiri ; à l’ouest par les départements de Boboye et Falmey. Dans cet entretien, le chef d’Escadron Boubacar Alichina Goga évoque les missions de l’administration territoriale, les potentialités économiques du département, les défis auxquels il est confronté ainsi que les actions engagées pour renforcer la gouvernance, la sécurité, le développement local et la cohésion sociale.
Monsieur le préfet, pourriez-vous présenter votre département à nos lecteurs?
Merci à l’Office National d’Edition et de Presse (ONEP) de l’occasion que vous m’offrez de me prononcer sur certaines questions liées au département de Dosso. Permettrez-moi aussi d’exprimer ma profonde gratitude aux plus hautes autorités de notre pays, en particulier à Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, Chef de l’État, pour la confiance placée en ma personne en me confiant les responsabilités de préfet du département de Dosso. J’adresse également mes sincères remerciements à M. Lamine Zeine, Premier ministre, ainsi qu’au Général de Division Mohamed Toumba, ministre d’État, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire, pour leur accompagnement et leur confiance.
Sur le plan de l’organisation administrative, conformément à la loi n° 2002-012 du 11 juin 2002 relative à la décentralisation, le département de Dosso est composé de onze (11) communes rurales, dont une urbaine (Commune Urbaine de Dosso, Commune Rurale de Mokko, Commune Rurale de Garankédey, Commune Rurale de Goroubankassam, Commune Rurale de Tessa, Commune Rurale de Sambéra, Commune Rurale de Farrey, Commune Rurale de Sakadamna (Tombokoirey2), Commune Rurale de Tombokoirey1, Commune Rurale de Gollé, Commune Rurale de Karguibangou). Au plan de l’organisation coutumière, le département de Dosso compte un Sultanat (Dosso), englobant l’ensemble du département de Dosso et subdivisé en secteurs. Ledit département est une zone à vocation agropastorale où la majorité de la population tire l’essentiel des besoins de subsistance de l’agriculture et l’élevage.
Monsieur le préfet, dans un contexte national marqué par une volonté affirmée de refondation, comment définissez-vous votre vision du rôle de l’administration territoriale dans le département de Dosso, et en quoi se traduit-elle concrètement dans votre manière de gouverner au quotidien ?
La vision de l’administration territoriale s’aligne rigoureusement sur les directives nationales de refondation de l’État, lesquelles sont axées sur la restauration de l’autorité publique, la rationalisation de l’action déconcentrée et le respect scrupuleux de l’éthique de responsabilité. Dans le département de Dosso, cette vision se traduit par une gouvernance de proximité fondée sur la légalité et l’équité. L’exercice de la tutelle administrative se matérialise aujourd’hui par une synergie institutionnelle renforcée avec les administrateurs délégués, placés à la tête de nos communes. La Préfecture assure la coordination stratégique de l’action publique territoriale afin de garantir que les orientations étatiques soient déclinées efficacement à l’échelle locale. Cette approche intègre de facto les autorités coutumières et religieuses, conformément à leurs prérogatives traditionnelles, dans les processus de consultation liés au maintien de la cohésion sociale et à la gestion des affaires publiques.
M. le préfet, quelles sont les potentialités socio-économiques de cette localité et quelles initiatives avez-vous prises pour stimuler l’économie locale, soutenir l’entrepreneuriat et encourager les investissements, notamment en faveur des jeunes et des femmes ?
Le département de Dosso regorge d’importantes potentialités socio-économiques dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, du commerce, du tourisme et de l’artisanat. Parmi ses principaux atouts figurent l’abondance des ressources en eaux de surface et souterraines, une pluviométrie relativement favorable, l’intégration de l’agriculture et de l’élevage, l’existence de plusieurs organisations de producteurs, une population majoritairement jeune, la disponibilité d’une main-d’œuvre active ainsi que de vastes terres cultivables, aussi bien en saison des pluies qu’en contre-saison grâce à l’irrigation. Le département dispose également d’infrastructures hôtelières et d’un riche potentiel touristique, artisanal et culturel. Par ailleurs, l’exploitation du sel de Sambéra, reconnu pour ses multiples vertus, constitue une véritable opportunité économique, notamment pour les femmes transformatrices et les collectivités locales. Ces nombreux atouts seront davantage valorisés à travers plusieurs projets portés par les autorités de la Refondation, dont la concrétisation contribuera à l’amélioration des conditions de vie des populations.
S’agissant des initiatives, le développement économique local nécessite un accompagnement ciblé, en particulier en faveur de l’entrepreneuriat féminin et de l’insertion socioprofessionnelle des jeunes. Dans cette dynamique, l’administration départementale a instruit les administrateurs délégués d’intégrer la promotion de ces acteurs économiques dans l’élaboration et la mise en œuvre des plans de développement communaux. Sur le plan opérationnel, l’action publique se traduit par un allègement des procédures administratives afin de faciliter la formalisation des groupements d’intérêt économique et des coopératives de transformation agroalimentaire, dans le but de rapprocher l’État des populations. La Préfecture joue également un rôle de facilitateur auprès des partenaires au développement et des institutions de microfinance pour favoriser la mise en place de mécanismes de financement adaptés aux besoins des jeunes, des femmes et des porteurs d’initiatives économiques.
Quelles actions concrètes l’administration départementale met-elle en œuvre pour améliorer les conditions de vie des populations, en particulier dans les zones rurales ?
L’amélioration du cadre de vie des populations en général et surtout rurales constitue un axe majeur des politiques publiques déployées dans le département. Les interventions de l’État, coordonnées par la Préfecture et exécutées par les services techniques déconcentrés en étroite collaboration avec les administrateurs délégués, ciblent en priorité la sécurisation des moyens de production agro-sylvo-pastoraux. Les actions structurelles portent sur la réhabilitation des infrastructures d’hydraulique rurale, l’entretien du réseau de pistes pour faciliter la mobilité des biens et des personnes, ainsi que le renforcement des dispositifs d’encadrement technique des producteurs. L’administration préfectorale veille par ailleurs à la préservation stricte des aires de pâturage et des couloirs de transhumance. Nous nous appuyons sur la réglementation en vigueur et sur les mécanismes endogènes de prévention des conflits ruraux pour garantir une coexistence pacifique entre exploitants agricoles et éleveurs.
M. le préfet, dans un contexte sous régional parfois marqué par des défis sécuritaires, comment la préfecture de Dosso contribue-t-elle à la préservation de la paix et de la cohésion sociale, et quels mécanismes de collaboration avez-vous mis en place avec les Forces de Défense et les communautés locales?
Face aux enjeux sécuritaires qui caractérisent notre sous-région, la Préfecture de Dosso a mis en œuvre un dispositif opérationnel axé sur la coproduction de la sécurité. Ce dispositif s’articule principalement autour des Conseils Locaux de Sécurité, animés à l’échelle communale par les administrateurs délégués.
Ces cadres institutionnels de concertation regroupent les Forces de défense et de sécurité (FDS), les autorités coutumières, les leaders religieux et les représentants de la société civile. L’objectif de cette mutualisation est d’assurer un maillage territorial performant en optimisant la remontée et le traitement du renseignement par le biais des comités de vigilance villageois. Cette démarche sécuritaire intégrée, adossée aux mécanismes traditionnels de médiation, permet d’anticiper les menaces, de neutraliser les facteurs de tensions communautaires et de consolider durablement la paix sociale.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels le département est confronté, notamment en matière d’infrastructures, d’accès aux services sociaux de base et de développement rural ?
L’administration départementale fait face à des défis multisectoriels identifiés conjointement avec les instances communales. Le premier enjeu est infrastructurel ; il s’agit de résorber l’enclavement des bassins de production par un programme d’aménagement et de maintenance du réseau routier rural.
Le deuxième défi réside dans l’optimisation de la carte sanitaire et scolaire, afin d’assurer une couverture équitable et un accès continu aux services sociaux de base sur l’ensemble de la circonscription. Enfin, la problématique de la gouvernance administrative et financière locale constitue un enjeu central. Il incombe à la Préfecture d’exercer un contrôle de légalité intransigeant et d’accompagner techniquement les administrateurs délégués dans l’assainissement des finances publiques communales, condition sine qua non pour accroître la mobilisation des ressources internes et dégager des marges de manœuvres destinées aux investissements locaux.
Quelles sont vos priorités pour les mois à venir, et quels changements concrets espérez-vous impulser dans le département à court et moyen terme ?
À court terme, les priorités de la Préfecture s’orientent vers l’accompagnement et la sécurisation de la campagne agro-sylvo-pastorale, conjugués à une intensification des missions d’inspection administrative et de contrôle financier au sein des entités décentralisées. Le binôme Préfecture – administrations déléguées est appelé à fonctionner sur la base de contrats d’objectifs et d’une reddition des comptes systématique. À moyen terme, l’objectif institutionnel est d’instaurer un changement de comportement dans la gestion de la chose publique locale, caractérisé par le respect de l’orthodoxie financière, la culture de la performance et la mise en avant de l’intérêt général. La finalité de notre action est de consolider dans le département de Dosso une administration territoriale efficace, capable d’encadrer le développement socio-économique et d’incarner la présence d’un État souverain, protecteur et résolument tourné vers le progrès.
Interview réalisée par
Aminatou Seydou (ONEP)
