Capitaine Yaou Ada
Monsieur le préfet, vous êtes à la tête du département de Dogondoutchi, voudriez-vous bien présenter à nos lecteurs cette entité administrative ?
Tout d’abord, je tiens à remercier l’Office National d’Edition et de Presse (ONEP) d’avoir pensé à notre département et de venir dans notre entité administrative et y faire des reportages. Dogondoutchi est un département riche de sa culture, de ses terres. Sur le plan administratif, je dois indiquer que notre Département est composé de six (6) communes dont cinq (5) rurales qui sont : Dogonkiria, Dankassari, Kiéché, Matankari et Soucoucoutane ; et une commune urbaine Dogondoutchi, chef-lieu du Département.
Au plan démographique, ce département couvre une superficie de 8 349,6 km² avec une population estimée, d’après la projection de l’INS pour 2024, à environ 579 927 habitants soit plus de 200 000 habitants de plus qu’en 2012. Je me dois aussi de préciser que cette population est très jeune, comme d’ailleurs partout au Niger. En outre, Dogondoutchi est un département composé de divers groupes ethniques à savoir : les Haoussa, les Peulhs, les Zarma et les Touaregs, tous vivant en symbiose.
Maintenant, géographiquement, il faut souligner que le département est limité dans sa partie nord par le département de Fillingué (Région de Tillabéri) et celui de Bagaroua (Région de Tahoua). Du côté Est, il fait frontière avec les départements d’Illéla et Birni N’Konni et le Nigéria. Dans sa partie sud, il est frontalier du département de Tibiri et au Sud-Est avec le Nigeria tandis qu’à l’ouest, il est limitrophe des départements de Dosso et Loga.
Dogondoutchi est une zone à forte vocation agro-pastorale, mais c’est aussi un carrefour d’échanges commerciaux importants, surtout avec le pays voisin (le Nigeria) et même avec d’autres pays comme le Mali, le Bénin, le Ghana et le Burkina Faso.
De quels potentiels dispose le département de Dogondoutchi ?
Là vous venez de toucher un point important. Il faut savoir que Dogondoutchi est une zone agricole par excellence. Le département dispose des atouts, potentiels énormes dans le secteur rural. Nous avons des vastes superficies cultivables, des sols très riches favorables à l’agriculture. Il y a aussi le dynamisme de la communauté en matière agro-pastorale qui est déterminant en plus des infrastructures traditionnelles et modernes. Comme je l’ai dit ci-haut, Dogondoutchi est une zone à forte vocation agro-pastorale, mais c’est aussi un carrefour d’échanges commerciaux importants, surtout avec le pays voisin (le Nigeria) et même avec d’autres pays comme le Mali, le Bénin, le Ghana et le Burkina Faso. Tout cela favorise l’écoulement des produits agricoles et pastoraux.
Vous l’avez dit, M. le préfet, Dogondoutchi est un département pluriethnique, parlez-nous de cet aspect qui n’est certes pas très particulier mais caractéristique de ce département.
Je peux m’en réjouir du fait que Dogondoutchi soit une localité qui fait partie de la zone melting-pot effectivement. On y trouve presque l’ensemble des groupes ethniques du Niger, pour ne pas dire tous. Je me permets de préciser que le département est d’abord caractérisé par une forte densité démographique. Il est heureux de souligner que la coexistence de plusieurs groupes ethnolinguistiques est une réalité. Les différents groupes vivent en symbiose et dans le respect mutuel, chacun exerçant librement ses activités socioéconomiques.
Du point de vue sécurité, comment se présente la situation dans le département de Dogondoutchi ?
Je peux affirmer que l’état actuel de la sécurité dans l’ensemble du département est plutôt encourageant par rapport aux situations précédentes qu’on a connues. Cependant il ne manque pas certaines velléités d’incursions des bandits, compte tenu de notre proximité avec le Nigeria qui abrite hélas des terroristes agissant le long de notre frontière commune et qui font des incursions de temps à autre.
Mais je peux aussi rassurer les populations que sur ce point des mesures sont prises afin de sécuriser les populations et leurs biens. Il s’agit notamment des patrouilles départementales mixtes. Des canaux d’information ont été mis en place en collaboration avec les chefs des villages, toutes les unités des Forces de Défense et de Sécurité, (Gendarmerie basée à Dankassari et Soucoucoutane et la Garde Nationale à Dogonkiria) et les administrateurs délégués des communes. Il y a une vraie accalmie dans le département et nous restons vigilants et à l’écoute des populations.
M. le préfet, dans un département comme Dogondoutchi avec une forte concentration des populations exerçant des activités socioéconomiques, notamment l’élevage et l’agriculture sur les mêmes terres, n’y a-t-il pas des soucis particuliers pour l’administration ?
En effet, vous avez dit juste. Le département que je dirige est une zone à forte concentration d’agriculteurs et d’éleveurs et également un carrefour de transhumance. Les agriculteurs et les éleveurs exercent leurs activités respectives et sont soumis au respect de la réglementation en vigueur, d’où une coexistence pacifique. Nous avons des aires de pâturage, couloirs de passage, points d’eau. Et chacun, agriculteur ou éleveur, est tenu au respect des dates de libération des champs.
Toutefois, je dois souligner que la cohabitation entre ces deux acteurs ruraux (agriculteurs et éleveurs) n’est pas totalement sans difficultés. Cependant, nous arrivons à atténuer les problèmes inhérents à cette cohabitation en entreprenant des caravanes de sensibilisation au début, au cours et enfin d’hivernage, en organisant des émissions radiophoniques de sensibilisation sur les textes du code rural. Nous conduisons aussi des missions conjointes COFODEP-COFOCOM de contrôle de mise en valeur et d’exercice de police rurale sur les espaces pastoraux et des séances de renforcement de capacités des commissions foncières dans la délivrance des actes de la sécurisation foncière aux opérateurs ruraux. Nos chefs traditionnels font également la sensibilisation sur le mécanisme de gestion et de règlement des conflits notamment les commissions paritaires de règlement des dégâts causés par les animaux dans les champs. Pour rappel, le département est couvert à plus de 90% en structures du code rural. Les activités ainsi menées ont permis d’assurer la quiétude sociale au sein des acteurs ruraux.
Interview réalisée par Zabeirou Moussa
Envoyé spécial
