Le désordre qui avait cours a créé un semblant de pénurie sur le marché
Fini les bouteilles de gaz à 2 500 ou 6 000 FCFA. Après une auscultation du marché du GPL par le Ministère du Commerce et de l’Industrie, l’État a décidé d’assainir le secteur à Niamey et de mettre fin à des années de dérives. Le message des autorités est sans appel : respecter les prix fixés ou quitter le marché. En un mois, plus de 4 200 bouteilles ont été saisies, et les opérateurs ont trois mois pour se conformer aux nouvelles règles ou perdre leur approvisionnement.
Cette intervention vise à corriger les dysfonctionnements observés depuis plusieurs mois, notamment la spéculation sur les prix, les détournements de stocks et l’apparition de pénuries artificielles. Désormais, les centres emplisseurs sont strictement tenus de ne remplir que leurs propres bouteilles, clairement identifiables, et d’assurer le ravitaillement quotidien de leurs points de vente. L’objectif est de garantir aux consommateurs un accès régulier au gaz, aux prix fixés par l’État.
« Le gouvernement a décidé de rompre totalement avec les anciennes pratiques sur le marché du gaz domestique », explique M. Mahamadou Bassirou Ousseini Issa, inspecteur des prix et de la concurrence et directeur régional du commerce et de l’industrie de Niamey. Il rappelle que le gaz domestique est un produit stratégique, dont la commercialisation est strictement réglementée. « Le gaz appartient à l’État. Les prix sont fixés et il n’y a aucune tolérance pour les infractions. Celui qui respecte les règles sera accompagné, celui qui ne peut pas s’y conformer quittera le marché », prévient-il.

L’État a fixé les prix à 3 750 Fcfa pour la bouteille de 12,5 kilos et 1 800 Fcfa pour celle de 6 kilos. Les gérants de points de vente disposent d’une marge bénéficiaire de 250 F cfa sur la bouteille de 12,5 kilos et de 150 francs sur celle de 6 kilos. Pourtant, pendant des années, la spéculation a fait rage : « Certains revendeurs ont vendu la bouteille de 12,5 kilos à 5 000, voire 6 000 francs, et celle de 6 kilos à 2 500 ou 3 000 francs », déplore M. Ousseini Issa. Cette flambée des prix s’explique en partie par des pratiques irrégulières dans la chaîne de distribution. Alors que les centres emplisseurs devraient assurer gratuitement le transport et la livraison des bouteilles aux points de vente, certains centres se sont déchargés de cette responsabilité.
L’État fournit des efforts en garantissant l’approvisionnement à travers la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP). La Société de raffinage de Zinder (SORAZ) livre en moyenne huit camions de GPL par jour, d’une capacité de 25 à 35 tonnes, dont quatre sont destinés à la capitale. À cette production nationale s’ajoutent des importations en provenance du Nigeria, fortement subventionnées. « Le kilogramme revient à la SONIDEP à environ 1 000 Fcfa, mais il est vendu à 180 Fcfa pour soutenir les ménages », précise le directeur régional du commerce.
Un autre dysfonctionnement majeur concerne la vente illicite des bouteilles de gaz. « La bouteille n’est qu’un instrument de distribution du gaz, elle ne doit pas être vendue mais consignée », explique M. Ousseini Issa. En principe, lorsqu’un client se présente pour la première fois, le centre emplisseur doit exiger une consigne remboursable. « Malheureusement, les centres ont vendu les bouteilles, et les revendeurs les ont achetées, alors qu’ils n’auraient pas dû. C’est une des difficultés qui a compromis l’organisation du secteur ». Cette vente de bouteilles a permis l’émergence d’acteurs non prévus dans la chaîne de distribution officielle, compliquant ainsi le contrôle et la traçabilité du produit. À Niamey, plus d’une dizaine de sociétés opèrent comme centres emplisseurs. Certaines de ces sociétés ne disposent même plus de leurs propres bouteilles, les ayant cédées à des tiers.
Sur le terrain, certains opérateurs confirment une amélioration progressive de la disponibilité du produit. M. Abdou Hinsa Issa, directeur commercial de SONIHY, affirme que les nouvelles dispositions ont permis de rétablir un fonctionnement plus équitable du marché. «… la disponibilité n’a jamais failli. À Niamey, nous pouvons injecter environ 150 tonnes par semaine, voire plus, et les prix sont respectés sur nos points de vente », indique-t-il, ajoutant que chaque société est désormais responsable de ses bouteilles.
Même constat du côté d’AHK Hydrocarbures. Son directeur comptable et financier, M. Sardaouna Mahé Maman, se veut rassurant : « Les gaz sont là. Nous ne sommes pas en rupture. Nous recevons du gaz de la SORAZ. Pour Niamey, nous pouvons parfois livrer jusqu’à 25 tonnes par jour, selon les périodes ». Il souligne que la société dispose de ses propres moyens logistiques pour assurer la livraison régulière des bouteilles aux dépôts.

Parallèlement à l’approvisionnement, les contrôles ont été intensifiés. Plus de 4 200 bouteilles de gaz ont été saisies à Niamey pour non-respect de la réglementation, une décision de justice a déjà ordonné la confiscation et la vente de 3 507 bouteilles au profit de l’État. « Nous avons considéré que ces bénéfices illicites, engrangés durant des années, ne peuvent pas compenser les pertes réalisées par l’État qui a continué à subventionner le gaz », justifie le directeur régional. Ces actions s’inscrivent dans l’application de l’arrêté du 10 décembre 2025, qui impose un cahier des charges strict aux centres emplisseurs et aux revendeurs.
L’arrêté du 10 décembre 2025 accorde un délai de trois mois aux centres emplisseurs pour se conformer pleinement aux nouvelles exigences. Passé ce délai, le Ministère du Commerce et de l’Industrie demandera à la SONIDEP de suspendre l’approvisionnement de tout centre ne respectant pas son cahier des charges. L’arrêté introduit également une nouveauté : la reconnaissance officielle des revendeurs indépendants, qui devront désormais obtenir une autorisation du Ministère du Commerce pour exercer leur activité. Cette autorisation sera conditionnée par le respect strict du cahier des charges.
Les autorités estiment que les effets des efforts fournis par l’État commencent à se faire sentir, même si la phase de mise en conformité se poursuit. Pour le ministère du Commerce et de l’Industrie, cette auscultation du secteur du gaz GPL doit aboutir à un assainissement durable du marché, afin de garantir aux ménages un accès régulier et équitable au gaz domestique.
Oumar Issoufou (ONEP)
