Médecin CDP Mahaman Zangui
Pour la première fois, le Ministère de la Santé Publique et de l’Hygiène Publique du Niger dispose d’une Direction Générale dédiée à l’hygiène publique. À la tête de la toute nouvelle Direction Générale est nommé le médecin commissaire divisionnaire de Police, Mahaman Zangui. Dans l’interview qui suit, il explique comment il entend passer d’actions ponctuelles à une stratégie durable. De la prévention des maladies à la gestion sécurisée des déchets, en passant par la mobilisation des collectivités locales, il veut transformer l’hygiène en une culture nationale partagée et un pilier de santé publique pour tous. Ce spécialiste en Toxicologie Clinique, d’urgence environnementale en milieu de travail, Recherche Professionnelle et en Planification, Politique et Management des Services, veut faire de l’hygiène un engagement quotidien partagé par tous les citoyens.
Monsieur le directeur général, pourquoi la création de la Direction Générale de l’Hygiène Publique est-elle devenue nécessaire aujourd’hui ?
Je vous remercie pour l’opportunité que vous m’offrez pour m’exprimer dans les colonnes de votre journal. Avant de répondre directement à votre question, permettez-moi de faire un bref rappel. Comme vous le savez, notre département était auparavant dénommé Ministère de la Santé Publique, de la Population et des Affaires Sociales. Par le décret n°2025-197/PRN du 17 avril 2025, cette appellation a été modifiée pour devenir Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique. C’est dans ce cadre qu’a été instituée la Direction Générale de l’Hygiène Publique, par le décret n°2025-241/PRN/MS/HP du 16 mai 2025. En effet, l’Hygiène Publique, entendue comme l’ensemble des pratiques, des mesures et des politiques visant à préserver la santé des populations par la prévention des maladies et la promotion d’un environnement sain, répond, à elle seule à la nécessité de cette création.
La mise en place de la Direction Générale de l’Hygiène Publique (DGHP) procède ainsi de l’impératif de se conformer et de s’aligner sur les documents stratégiques nationaux, notamment la Politique Nationale de Santé (PNS) et le Plan de Développement Sanitaire et Social (PDSS), ainsi que d’assurer l’application effective de la loi portant principes fondamentaux de la santé et de l’hygiène publique afin de garantir un cadre de vie sain aux populations. Cette Direction Générale regroupe en son sein trois Directions Nationales ainsi qu’un service rattaché, en l’occurrence la Police Sanitaire, chargée de veiller au respect des normes d’hygiène et de salubrité publique.
Quelles sont les principales missions de cette nouvelle direction au sein du ministère de la Santé ?
Cette direction a pour mission de veiller à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des documents stratégiques ainsi que des politiques élaborées en matière d’hygiène publique, de santé environnementale, d’éducation pour la santé et de police sanitaire. Elle s’assure également du respect et de l’application des dispositions légales et réglementaires relatives à l’hygiène publique, à la santé environnementale et à l’éducation pour la santé.
Elle œuvre à garantir une gestion saine et sécurisée des déchets issus des soins, tout en veillant au respect des normes réglementaires en matière d’hygiène. À ce titre, elle procède au contrôle sanitaire des aliments et s’assure de la mise en œuvre effective des recommandations formulées dans le domaine de l’hygiène publique.
En outre, cette direction veille à la délivrance des attestations de salubrité conformément aux textes en vigueur et s’emploie à développer des partenariats intra et intersectoriels avec l’ensemble des parties prenantes intervenant dans le domaine de l’hygiène publique.
Concrètement, en quoi la Direction Générale de l’Hygiène Publique va-t-elle changer la gestion de l’hygiène et de la salubrité publique dans notre pays Niger ?
La création de la Direction Générale de l’Hygiène Publique marque le passage d’une action souvent dispersée à une vision unifiée, réfléchie et durable de la salubrité. Elle incarne la volonté de ne plus considérer l’hygiène comme une réponse ponctuelle aux urgences, mais comme une exigence quotidienne, un fondement silencieux de la santé et de la dignité collective.
Désormais, il ne s’agira plus seulement de nettoyer après coup, mais de prévenir, d’éduquer, d’organiser et de veiller. Par la coordination des acteurs, la clarification des responsabilités et le renforcement des contrôles, cette Direction donnera cohérence et continuité à des efforts longtemps fragmentés. Elle fera de la propreté des espaces publics, de la gestion maîtrisée des déchets et du respect des règles d’assainissement non plus des initiatives isolées, mais une discipline commune, portée par l’État et partagée avec les collectivités et les citoyens.
Ainsi, l’hygiène publique cessera d’être perçue comme une contrainte pour devenir une culture, presque un réflexe national, celui de protéger la vie avant que la maladie ne la menace, d’ordonner le cadre de vie pour préserver la santé, et d’inscrire, dans la durée, un environnement plus sain pour les générations présentes et futures.
Il faut aussi assurer une large vulgarisation des textes législatifs, notamment la loi et son décret d’application relatifs aux principes fondamentaux de la santé et de l’hygiène publique, afin d’en favoriser la compréhension et l’appropriation par tous. Veiller à l’application effective de ces dispositions légales, dans le respect des normes établies et pour le bien-être collectif. Promouvoir le développement d’infrastructures adaptées à l’évacuation et à la gestion sécurisée des déchets biomédicaux, qu’il s’agisse des déchets solides, des eaux usées ou de toute autre forme de résidus à risque. Organiser des actions régulières de sensibilisation destinées à renforcer les bonnes pratiques d’hygiène au sein des communautés et des structures de soins. Mener un plaidoyer soutenu sur les problématiques de santé liées à l’hygiène, en vue de mobiliser les acteurs concernés et d’encourager des réponses durables et concertées.
Vous êtes Commissaire Divisionnaire de Police. Comment votre expérience dans la sécurité et le maintien de l’ordre contribue-t-elle à votre mission actuelle ?
Mon expérience dans le domaine de la sécurité publique constitue un atout majeur dans l’exercice de mes fonctions. Elle s’appuie sur une connaissance approfondie des textes législatifs et réglementaires qui encadrent l’action administrative et judiciaire ainsi que sur une solide pratique acquise sur le terrain. Cette double compétence me permet d’agir avec rigueur, légalité et efficacité dans la prise de décisions, en veillant à ce que chaque intervention ou mesure appliquée respecte strictement le cadre juridique en vigueur. Elle garantit également la protection des droits des citoyens tout en préservant l’autorité de l’État, condition essentielle au maintien de la confiance entre les forces de sécurité et la population.
La DGHP dispose-t-elle de moyens légaux pour contrôler et sanctionner les manquements aux règles d’hygiène ?
Oui, nous disposons d’une Police sanitaire, dont les agents sont notamment chargés de rechercher et de constater les infractions à la législation relative à l’hygiène publique. Cette structure est actuellement en cours de renforcement en moyens humains, matériels et logistiques, grâce aux efforts soutenus du Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique.
Par ailleurs, l’ensemble des infractions est clairement défini dans le décret d’application de la loi portant principes fondamentaux de la santé et de l’hygiène publique, ainsi que dans divers arrêtés complémentaires.
En conséquence, nous disposons des éléments essentiels, à savoir un cadre réglementaire adéquat et un organe de contrôle dédié, en l’occurrence la Police sanitaire.
Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté depuis votre prise de fonction ?
Les difficultés persistantes dans la gestion des déchets issus des activités de soins et assimilées demeurent une préoccupation majeure, tant leur traitement apparaît encore insuffisamment conforme aux exigences sanitaires et environnementales. Cette situation se trouve aggravée par la méconnaissance, par les acteurs concernés, des textes réglementaires en vigueur, qui entrave l’application rigoureuse des normes établies. L’insuffisance des équipements et du matériel nécessaires à la mise en œuvre efficace des actions d’hygiène et d’assainissement limite considérablement l’impact des interventions, tandis que la rareté des ressources financières consacrées au secteur de l’hygiène publique compromet sa capacité à planifier et à agir de manière durable. À cela s’ajoutent le manque de coordination avec les autres Ministères sectoriels concernés, freinant l’harmonisation des initiatives en matière d’hygiène et d’assainissement, ainsi que la faiblesse des actions de sensibilisation et de communication, qui retarde l’adoption par la population de comportements favorables à la salubrité publique.
Comment comptez-vous impliquer les collectivités locales et les populations dans la promotion de l’hygiène publique ?
Nous comptons mobiliser les collectivités locales et les populations à travers plusieurs approches complémentaires : la vulgarisation des textes réglementaires relatifs à l’hygiène afin de rendre ces normes accessibles à tous ; la sensibilisation continue aux enjeux de la salubrité publique ; l’organisation d’échanges et la coordination d’activités avec les acteurs locaux ; le partage systématique de documents et de ressources pédagogiques ; ainsi que la formation ciblée des différents acteurs impliqués dans la promotion de l’hygiène.
Quelles actions prioritaires envisagez-vous à court terme ?
À court terme, nous prévoyons de rencontrer l’ensemble des partenaires pour leur présenter les nouvelles orientations stratégiques. Nous nous attacherons à vulgariser et diffuser largement les textes en vigueur, à assurer leur application rigoureuse par des contrôles réguliers, notamment à travers la Police Sanitaire sur l’ensemble du territoire, et à mobiliser les moyens financiers nécessaires à la mise en œuvre effective de ces initiatives.
Quel message adressez-vous aux citoyens pour faire de l’hygiène publique une responsabilité partagée ?
Nous invitons chaque citoyen à respecter scrupuleusement la réglementation en vigueur et à participer activement aux pratiques d’hygiène, convaincus que la santé publique ne peut s’améliorer que par un engagement collectif et une responsabilité partagée.
Notre ambition est d’élever le niveau général d’hygiène afin de garantir une meilleure santé pour nos populations, conformément aux orientations définies par nos autorités.
Interview réalisée par Seini Seydou Zakaria (ONEP)
