Vue d’un étal de tomate et de poivron au Petit Marché de Niamey
Au Niger, le mois de juin marque le début de la saison des pluies. Cette période n’est pas idéale pour les cultures maraîchères. Les légumes, qui sont des produits phares dans la cuisine nigérienne, se font rares. Sur les différents marchés de la capitale, notamment au Petit Marché et au marché Dolé, les plus connus pour la vente des légumes, les prix de certaines denrées connaissent de fortes fluctuations. Cette instabilité impacte directement le pouvoir d’achat des consommateurs.
Au marché Dolé, chaque matin, les commerçants s’installent de bonne heure. Dès l’entrée de ce marché, le client trouve une variété de légumes tels que la tomate, l’oignon, le poivron, le chou, le piment frais, la carotte et le concombre.
À notre arrivée le lundi 1er juin 2026 aux environs de 10 h au marché Dolé, Elhadji Ibrahim, un commerçant qui vend des oignons en gros comme en détail, explique que l’oignon fait partie des produits les plus vendus pour la consommation locale et provient de plusieurs régions du pays. « Présentement, nous recevons surtout l’oignon de Diffa et la distance parcourue par la marchandise influence le prix, ainsi que, dans certains cas, les conditions d’approvisionnement. Nous vendons en gros tout comme en détail. La grande tasse se vend à 5 000 FCFA et le seau moyen à 1 500 FCFA », a-t-il indiqué.
Chez ce commerçant, le sac de 50 kilogrammes d’oignon se vend actuellement à 12 000 FCFA, tandis que le sac de 100 kilogrammes coûte 30 000 FCFA. Le prix augmente petit à petit car la période n’est pas favorable à la production locale. À cause de la chaleur, certains produits se gâtent, d’où la hausse des prix des légumes. « S’il y a un retard dans l’acheminement, une partie se gâte, ce qui entraîne une perte. Cela impacte le prix qui passe à 15 000 FCFA au lieu de 12 000 FCFA, afin de couvrir les charges », a-t-il confié.
Ibrahim a expliqué qu’aujourd’hui, les vendeurs privilégient la production locale lorsqu’elle est disponible. « Le Niger est une référence dans ce domaine, certes, mais ces derniers temps, le Nigeria est en train de prendre le dessus dans la production de l’oignon. Nous disposons d’une seule période pour la production de l’oignon, contrairement aux pays voisins qui en ont plusieurs et disposent de terres plus propices », a souligné Ibrahim. « La contribution de l’État peut aider pour la bonne marche l’activité. Appuyer les producteurs locaux, les accompagner avec des engrais et des semences afin que la production nigérienne soit abondante. Cela permettra aux revendeurs et aux consommateurs d’en tirer profit », a-t-il souhaité.
Chez les vendeurs de chou, de carotte, de piment frais et de poivron, le même constat se dégage. Illiassou Boureima est également vendeur de légumes au marché Dolé. Il partage l’avis selon lequel la période joue un rôle déterminant sur les prix en créant une irrégularité des approvisionnements. « En cette période de forte chaleur, la production de légumes est faible, ce qui fait que nous importons nos légumes des pays voisins. Cela entraîne automatiquement une hausse des prix », a-t-il affirmé.
Il a cité l’exemple de la tomate. « Le 1er juin, le carton de tomates était à 22 000 FCFA. Or, à l’approche de la fête, il se vendait à 33 000 FCFA. Le prix de la tomate, en revanche est légèrement en baisse et varie selon la qualité », a-t-il indiqué. Le chou, quant à lui, provient de la région de Konni et se vend à 18 000 FCFA. Auparavant, le sac se négociait à 16 000 FCFA, a-t-il souligné.
La même atmosphère règne au Petit Marché. Alio, rencontré au Petit Marché de Niamey, confirme la même tendance haussière sur certains légumes. Pour le concombre, le prix n’a pas augmenté. « Nous nous ravitaillons à Niamey, dans les jardins de Saga et de Gamkalley. Le sac de 25 kg de concombre se vend à 7 000 FCFA. Le sac de 50 kg d’aubergine coûte 15 000 FCFA, contre 5 000 FCFA en début de saison. Le poivron se vendait au début à 8 000 FCFA et est aujourd’hui à 10 000 FCFA. À l’approche de la fête, le sac se vendait entre 18 000 et 20 000 FCFA, mais à la date du 1er juin, nous le vendons à
14 000 FCFA. Quant au carton de tomates, il se vend encore à 33 000 FCFA par endroits », a-t-il dit.
Les consommateurs entre adaptation et inquiétude
Pour les consommateurs, il est difficile de s’adapter à ces fluctuations des prix. Fati, une femme rencontrée au Petit Marché de Niamey, se plaint de la cherté des légumes. « Chaque jour, lorsque je viens acheter mes condiments, les commerçants disent que les prix des légumes ont grimpé. Je n’arrive pas à comprendre cela. Vraiment, avec mon petit budget, je préfère me ravitailler chez le boutiquier du quartier », a-t-elle affirmé.
Une autre cliente, Raki, rencontrée au marché, s’inquiète également de l’instabilité des prix des légumes. « Le marché Dolé est le meilleur endroit où l’on peut trouver des produits adaptés à sa bourse. Bien que ce soit loin de chez moi, je préfère me ravitailler là-bas. Mais ces derniers temps, certains légumes sont devenus inaccessibles. Je n’arrive plus à acheter du piment frais. La tomate aussi : auparavant, on pouvait en trouver à 100 FCFA, mais aujourd’hui, c’est à partir de 500 FCFA », explique-t-elle.
Rabi I. Guero (ONEP)
