Au Niger, la dynamique des Samaria des années 70-80 a favorisé l’émergence de plusieurs troupes artistiques et culturelles et a contribué à former des animateurs devenus de véritables artistes. C’est dans cette vague qu’est née, en 1984, la troupe artistique Aikao de Maijirgui. Cette troupe s’est longtemps illustrée sur la scène culturelle nationale et continue de tenir encore, malgré des défis multiples.
Véritable moteur culturel de la région de Maradi, elle a su marquer les esprits des populations de la région de Maradi, et au-delà des Nigériens, par son énergie et sa créativité. La troupe n’a pas de nombre fixe d’artistes, mais elle compte actuellement 3 permanents dont deux animateurs, un percussionniste ainsi que plusieurs filles choristes. Sani Haladou est aujourd’hui le principal animateur et le chef de la troupe. Il a succédé à son défunt frère, le fondateur de la troupe, Garba Haladou, un compositeur nigérien de renom.

La troupe produit des prestations scéniques, des ballets, des chants et des animations au sein des maisons des jeunes et à l’occasion des compétitions. Mais son point fort reste le ballet. A l’âge d’or de son parcours, Aikao a dépassé le simple cadre des prestations offertes dans les maisons des jeunes et de la culture. Elle a représenté la région aux compétitions nationales. A son actif, elle compte une dizaine de ballets dont les plus célèbres sont Kahin Gari, Dan Almajiri, Baraw Manomi ainsi que plusieurs comédies musicales telles que Husaiba et Zumua qu’elle interpréte à l’occasion des grands évènements.
Lors des compétitions, souligne Sani Haladou, la troupe sort habituellement parmi les trois premiers grâce à ses prestations de qualité. Sa dernière victoire remonte à 2001 où elle a représenté la région de Maradi au festival national de la jeunesse. A chaque fois qu’il fallait créer des chansons thématiques, la troupe Aikao brillait, restant fidèle à sa réputation. Elle a déjà fait ses preuves en se produisant sur des sujets se rapportant à la poliomyélite, au paludisme, à l’éducation des jeunes filles et au mariage précoce.
Les instruments qui accompagnent les paroles mélodieuses des choristes sont principalement le tam-tam, le luth hausa (molo) et la flute traditionnelle. Tous ces exploits ont été rendus possibles grâce au talent inné des membres de la troupe. Selon le responsable, ils n’ont bénéficié que d’une seule formation officielle, en 2001.
Aujourd’hui, la troupe connait hélas une période de léthargie. Moins productive qu’autrefois, elle peine à maintenir le rythme de ses activités. Les causes sont multiples, souligne l’animateur. Il s’agit, entre autres, du peu d’intérêt accordé à la culture par les autorités et la population, à un moment donné de l’histoire du Niger. A cela s’ajoute le manque de moyens, poussant certains membres à abandonner la culture pour se lancer dans des aventures commerciales. « Malheureusement, la troupe peine à mobiliser de nouveaux talents », déplore-t-il.
Malgré ces défis, Aikao conserve une place importante dans le paysage artistique local. La troupe s’était préparée pour représenter la région de Maradi à la deuxième édition de la semaine Al’ada qui n’a pas eu lieu. Pour cela, l’animateur indique qu’ils avaient bénéficié du soutien de la mairie de Maijirgui qui les avait équipés en matériel.
Une lueur d’espoir pour cette troupe mythique
Marfoua Yahaya est l’une des jeunes filles choristes de la troupe. Agée de dix-sept (17) ans, elle a été recrutée l’an dernier et ambitionne de faire carrière dans la musique. Sa plus grande joie est d’être appelée ‘’chanteuse’’ partout où elle passe dans le village. « J’ai demandé à intégrer la troupe Aikao à cause de la passion que j’ai pour la musique », confie-t-elle. Depuis son enfance, elle avait suivi les activités de la troupe et a été marquée par le talent de plusieurs anciennes choristes de Aikao. Avant d’intégrer la troupe, Marfoua a fait ses preuves grâce à sa voix captivante et sa force d’esprit.

Agé de quarante-cinq (45) ans, Salissou Mato est le percussionniste principal de la troupe. Il y a consacré plus de la moitié de sa vie. Il maitrise l’ensemble des instruments utilisés par la troupe. Salissou Mato a vécu l’âge d’or de la troupe en tant que jeune disciple des pères fondateurs qu’il suivait avec admiration. Il porte toujours l’espoir d’avoir un avenir encore plus radieux avec la troupe. « Aujourd’hui, nous sommes concentrés uniquement sur les prestations locales. Demain Incha Allah, la donne changera et nous nous trouverons loin », dit-il.
Bachir Djibo (ONEP)
Envoyé spécial





