La culture est l’identité d’un peuple. Et, un peuple sans repère culturel se désintègre. C’est cela le fil conducteur de la troupe culturelle Hadin Kay de Dakoro qui se bat dans un environnement difficile, où même le simple lieu de répétition laisse à désirer. La maison des jeunes et de la culture de Dakoro ne porte que le nom, parce qu’à première vue, rien ne la distingue d’une concession appartenant à un particulier. Elle ne dispose même pas de podium qui pourrait attirer l’attention d’un visiteur pour se dire qu’il est dans une maison des jeunes pouvant accueillir un événement culturel. Mais qu’à cela ne tienne ! La troupe culturelle Hadin Kay ne se décourage guère et elle continue inexorablement à faire la promotion de la culture avec les moyens de bord.
La troupe culturelle Hadin Kay de Dakoro a été créée il y a de cela un quart de siècle. Elle est composée de seize (16) membres dont quatre (4) femmes. La vocation première de cette troupe est de travailler d’arrache-pied pour la promotion de la culture nigérienne et l’émergence de talents à même d’assurer la relève. A la tête de cette troupe culturelle se trouve M. Yasidou Yahaya. « Notre troupe reste ouverte à tous les jeunes du département de Dakoro avec la promesse de respecter les principes et les règles établis », explique le président de la troupe. La troupe réalise des chants, sketchs et des pièces de théâtre sur une thématique diversifiée, notamment la sensibilisation sur la paix, la cohésion sociale et la solidarité entre communautés qui partagent un espace commun.
Selon le président de la troupe culturelle Hadin Kay, la conscience collective a longtemps opposé agriculteurs et éleveurs au Niger, alors que les deux domaines sont complémentaires. « C’est pourquoi, nous faisons beaucoup de sketchs et pièces de théâtre dans lesquels nous sensibilisons les acteurs par rapport à la coexistence pacifique », a-t-il ajouté. Il a souligné que plusieurs projets et ONG approchent la troupe Hadin Kay pour des prestations culturelles relatives à leurs centres d’intérêt. Ces sollicitations, poursuit-il, permettent aux membres de la troupe de générer des revenus pour se prendre en charge. « Nous passons régulièrement à la radio Hadin Kay de Dakoro pour faire des pièces de théâtre de sensibilisation. La population apprécie beaucoup notre approche d’aborder les problèmes qui minent le département », relate le président Yasidou Yahaya. Les retombées issues des prestations sont partagées entre les membres de façon consensuelle.
Surmonter les difficultés
Comme les autres métiers, celui d’artiste fait face à d’énormes problèmes. Parmi la panoplie de problèmes auxquels la troupe culturelle Hadin Kay de Dakoro est confrontée figure le manque de moyens roulants pour effectuer les déplacements dans les autres villages du département afin de recueillir non seulement des informations auprès des anciens pour produire des chants originaux, mais aussi organiser des soirées culturelles pour égayer le public. A côté des moyens de déplacement, viennent se greffer le manque criard des instruments culturels de pointe pour assurer convenablement les prestations de même que le sempiternel problème de financement pour la production d’œuvres culturelles de qualité. « Il existe beaucoup de talents au Niger dans le domaine de la culture. Mais, cette problématique de financement empêche l’éclosion ou la révélation de ces génies culturels », a fait remarquer M. Yasidou Yahaya, tout souriant.
Pour s’accrocher durablement à ce métier, les membres de la troupe culturelle Hadin kay ne se contentent pas uniquement de cette activité. Ils exercent aussi le commerce avec les revenus issus des prestations culturelles. Les revenus relatifs à cette activité secondaire permettent à la troupe de préfinancer certains déplacements à l’intérieur du département, et même jusqu’à Maradi.
Au fil des années, la troupe culturelle Hadin Kay a acquis de l’expérience pour se positionner parmi les meilleures du département et se fait une place à l’échelle régionale. Elle s’est maintes fois produite à Maradi, Dosso, Diffa, Arlit et Niamey à l’occasion des fêtes tournantes du 18 décembre et autres événements culturels. Mais ces dernières années, le président de la troupe culturelle Hadin Kay de Dakoro suspecte un manque de transparence dans la sélection des jurys lorsqu’il s’agit de représenter la région de Maradi aux compétitions nationales. « Les artistes ruraux, a dit M. Yasidou Yahaya, ne manquent pas d’attrait, d’originalité parce qu’ils prennent le temps nécessaire pour la recherche et la composition. Et tout cela avec peu de moyens », dit-il.
C’est pourquoi, le président de la troupe culturelle Hadin Kay de Dakoro plaide auprès de l’Etat et des partenaires pour la dotation conséquente des artistes en matériels de travail afin qu’ils puissent bien jouer leur rôle au sein de la société nigérienne. « En cette ère de la refondation où les populations doivent être suffisamment sensibilisées par rapport à nos valeurs socio-culturelles qui fondent la nation nigérienne et qui constituent le ciment de notre unité nationale, la troupe culturelle Hadin Kay a besoin de moyens roulants pour intensifier les actions de sensibilisation dans les villages et groupements du département de Dakoro », conclut-il.
Hassane Daouda (ONEP)
Envoyé spécial





