jeudi 5 novembre 2026

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Traditions et croyances : Le face-à-face captivant entre le guérisseur Waziri Dan Bako et les reptiles

· ONEP NE
Waziri Dan Bako dans le marché hebdomadaire de Tchadoua
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Originaire de la ville de Maradi, Waziri Dan Bako a grandi au contact des serpents et des plantes. Il propose des remèdes et attire les foules. Ce savoir, transmis de génération en génération, fait aujourd’hui de lui un passeur de mémoire. Sa charrette est son officine. Elle contient l’essentiel : des sachets de poudres soigneusement rangés, des écorces séchées et une caisse où cohabitent un boa et quelques autres serpents. Avec cela, il affronte la route.

Nous l’avons rencontré un vendredi du mois d’Août 2026 au marché hebdomadaire de Tchadoua. Pas de boutique, juste sa charrette et un micro. «« Je pratique le métier de charmeur de serpents depuis l’âge de douze (12) ans. Aujourd’hui, cela fait 20 ans. Je l’ai hérité de mon père. J’apprends toujours à ses côtés », confie-t-il.

D’un marché à l’autre, Waziri installe son univers éphémère. Il n’a ni enseigne ni diplôme accroché au mur. Sa légitimité tient à sa parole et à ses gestes. Il commercialise, à coup de flatteries et autres slogans, des poudres réputées efficaces contre les morsures de serpent et de scorpion. Il propose également des remèdes à base d’écorces pour traiter les hémorroïdes et les fièvres récurrentes. Des affections courantes pour lesquelles les populations se tournent souvent vers lui, faute de moyens ou par conviction.

Mais au-delà de la vente, c’est la démonstration qui captive. D’un geste assuré, il ouvre la caisse, le boa apparaît et le silence s’abat sur l’entourage. Dans ce face-à-face entre l’homme et le reptile se joue la crédibilité du guérisseur. Et, lorsque le danger semble écarté, les sachets trouvent preneurs.

D’où vient le remède ? De partout. « Il y a des écorces qu’on cueille en brousse, d’autres qu’on achète au marché et d’autres qu’on importe parce qu’on ne les trouve pas au Niger », dit-il. Et, il y a autre chose : « Il n’y a pas que le mysticisme, il y a aussi les versets coraniques qui nous aident ».

Chez les Dan Bako, on ne devient pas charmeur, on naît dedans. « Sept jours après la naissance, on met le bébé dans la caisse des serpents pour qu’il s’habitue », raconte-t-il. Waziri n’est pas le seul héritier. Ses petits frères sont déjà initiés. Mais son père, 49 ans de métier, qui a appris auprès des charmeurs du Cameroun, du Nigeria, du Bénin et de la Côte d’Ivoire, ne cache pas sa préférence : « De tous mes enfants, c’est le plus aguerri », déclare le vieil homme, avant de préciser que son fils est certes bon dans le métier, mais qu’il lui reste encore des choses à apprendre pour se parfaire.

Derrière le charmeur de serpents, il y a un chef de famille, une responsabilité. Waziri est marié à deux femmes et père de six enfants. Chaque franc gagné sur les marchés contribue à faire vivre le foyer. Les départs sont matinaux, les retours tardifs ou nocturnes. Il lui arrive de passer la nuit sur les lieux de commerce pour enchaîner les jours de marché. « Partout où je passe, on m’attend. Je suis sollicité de toutes parts », confie-t-il. En effet, de Tchadoua aux villages environnants, sa réputation le précède. On l’appelle en cas d’urgence. On l’attend pour les douleurs persistantes.

Le dernier rempart avec Waziri, c’est une part de la tradition qui résiste. Dans un contexte où la médecine moderne s’impose progressivement, il demeure ce recours ultime, celui vers qui l’on se tourne quand la science semble impuissante ou inaccessible. En refermant sa charrette, en rangeant ses derniers sachets, il sait déjà que le prochain marché l’appelle et les clients l’y attendent. « Le serpent ne peut rien me faire, sauf ce qui vient de Dieu. Et ce qui vient de Dieu, on ne le contrôle pas », conclut Waziri en refermant sa caisse.

Rahila Tagou (ONEP)

Envoyée spéciale