jeudi 5 novembre 2026

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Tillabéri/Culture : La troupe Zeghraz de Bankilaré : une identité musicale au carrefour des cultures

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Les membres de la troupe Zeghraz ...
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Réunir plusieurs communautés autour de la musique, chanter dans quatre langues et faire des traditions un matériau de création: c’est le créneau de la troupe Zeghraz de Bankilaré, créée en 2019. Zeghraz, qui signifie « la joie » en français. Depuis sa création, cette troupe culturelle construit son identité artistique autour de la diversité en réunissant plusieurs communautés autour de la musique et en chantant dans quatre (4) langues. Présente dans les cérémonies familiales et les manifestations culturelles, elle développe un répertoire consacré à la paix, à la tolérance et au vivre-ensemble. Son parcours reste toutefois tributaire des moyens matériels limités et d’un contexte sécuritaire qui réduit ses occasions de se produire.

La troupe Zeghraz est sollicitée lors des mariages, baptêmes et autres rassemblements festifs. Au fil des années, le groupe s’est produit dans plusieurs localités du Niger. « Nous faisons la fierté de Bankilaré, de jour comme de nuit. Lorsqu’il y a des festivités, les gens font appel à nous pour immortaliser les cérémonies », témoigne Hamadi Ahmed, membre de la troupe. Cette présence dans les événements communautaires constitue l’un des ancrages de Zeghraz, dont l’activité repose sur la rencontre avec le public et la participation aux manifestations locales.

… sur scène

La troupe compte huit membres actifs qui assurent l’essentiel des prestations. La singularité de Zeghraz tient à la diversité de ses membres issus des différentes communautés ethniques de Bankilaré. Cette composition se reflète dans les langues utilisées sur scène. Le tamasheq, le sonrai, le fulfulde et le français se côtoient dans les chansons du groupe. « Cette diversité se manifeste jusque dans nos chansons », explique Hamadi Ahmed. Par le choix de ces langues, les musiciens disposent de plusieurs registres d’expression et s’adressent à des publics aux références culturelles différentes.

Le répertoire s’appuie également sur des thèmes liés aux relations sociales. La paix, la sécurité, la tolérance, le vivre-ensemble et le cousinage à plaisanterie occupent une place importante dans les compositions. Le groupe réalise aussi des chansons en hommage à des personnalités qui se sont distinguées au sein de la communauté. Ces choix thématiques, poursuit Hamadi Ahmed, inscrivent la pratique musicale dans un environnement où les chants peuvent accompagner les célébrations, porter des messages et évoquer des valeurs collectives.

Au sein de la formation, Ibrahim Bilal contribue à ce travail musical comme guitariste et auteur-compositeur. Arrivé en janvier 2026, il a déjà composé cinq morceaux. Son parcours illustre la place accordée à la création au sein du groupe, au-delà de l’interprétation des chansons lors des prestations. Selon lui, la production musicale se heurte à des difficultés matérielles précises. Les instruments sont insuffisants et certaines guitares sont défectueuses. Le manque de matériel de sonorisation entrave également les prestations, ce qui oblige souvent la troupe à décliner des demandes de prestation.

Les revenus issus des prestations rémunérées et des concerts payants organisés à Bankilaré, contribuent à couvrir une partie des besoins des membres. Ces recettes sont cependant liées aux seules prestations publiques de la troupe. À ces difficultés s’ajoute l’insécurité. Les soirées musicales, organisées auparavant chaque semaine, ne peuvent plus se tenir avec la même régularité, malgré les sollicitations et l’intérêt du public.

La continuité de la pratique musicale constitue également une préoccupation pour la troupe. Ses membres forment des jeunes de Bankilaré à la musique afin de leur transmettre leurs connaissances. Ce travail de formation complète les prestations publiques et le travail de composition. Il ouvre aux nouvelles générations la possibilité de s’initier à cette expression artistique.

Pour Ibrahim Bilal, la musique remplit aussi une fonction sociale. Il estime qu’elle peut apaiser les esprits, transmettre des messages et aider les personnes à surmonter momentanément leurs préoccupations. Il appelle, dans cette perspective, les autorités et les artistes à accorder davantage de soutien à la culture et à améliorer les conditions de travail des musiciens. « Pour nous, l’enjeu est de poursuivre une activité qui associe création, animation culturelle et transmission, malgré les limites imposées par le manque d’équipements et l’insécurité », a-t-il conclu.

Adamou I. Nazirou

ONEP Tillabéri