Salamatou Kadri, la voix féminine du journalisme sportif, en plein exercice de sa passion
À l’état-civil elle s’appelle Salamatou Kadri, mais ses camarades de la presse l’ont surnommée « Karaba la sorcière » en raison de sa capacité à défendre ses idées face aux hommes. Salamatou Kadri est journaliste au Studio Kalangou et elle représente la seule femme à faire carrière dans le journalisme sportif, une passion qui l’anime depuis son jeune âge. Dans presque toutes les rencontres sportives, elle est présente. Tantôt elle tremble de joie, tantôt de froid, Salamatou alias ‘’Karaba’’ est tout de même là.
Salamatou Kadri a débuté ses études à la rive droite avant de les poursuivre au Mali. Après l’obtention de son baccalauréat en 2010 au lycée Angna Diakité de Bamako, elle a entamé sa première année d’études à Bamako, au Mali. De retour à Niamey pour les vacances, elle a finalement préféré y rester pour suivre sa passion qui est le journalisme. Cette passion pour le journalisme sportif, Salamatou l’a développée en 2012, lorsqu’elle effectuait un stage à Tal TV. Encouragée par ses supérieurs avec des sujets innovants qui l’incitaient à aller sur le terrain pour couvrir des événements sportifs, elle a nourri une véritable flamme. Une passion d’enfance, puisqu’elle a commencé son parcours en tant que joueuse de volley-ball, et un peu au football, avant de se tourner vers le journalisme.
« À Tal TV, nous étions cinq journalistes, trois filles et deux garçons. Les quatre autres se sont dirigés vers d’autres rubriques, mais moi, je me suis lancée dans le sport. À l’époque, il n’y avait qu’une seule femme, paix à son âme, Salamatou Amadou, une journaliste sportive dégourdie qui aimait son travail. J’ai reçu non seulement ses encouragements, mais aussi ceux de Djibril Namalka, Djingarey et Issoufou Kodo, tous des journalistes sportifs », a-t-elle expliqué.
Salamatou Kadri couvre toutes sortes d’activités sportives, notamment les matchs de football, de basket et les compétitions de lutte traditionnelle. Elle a réalisé de nombreux reportages marquants et a voyagé un peu partout en Afrique et en Europe pour couvrir des événements sportifs, recevant au passage encouragements, félicitations, récompenses et reconnaissance pour son travail bien fait. Parmi ses réalisations, elle cite le portrait du jeune lutteur de Maradi, « Jaki Baworo », un reportage pour lequel elle a mobilisé tout le Studio Kalangou.
« Avant d’aller à une activité, je me renseigne sur l’heure, je me prépare, je prends mon enregistreur et mon calepin, je pars sur le terrain, je m’assois et je prends des notes jusqu’au moindre détail. Ensuite, je réalise des interviews et je monte mes éléments. Mon premier reportage m’a été proposé par chef Kodo. C’était sur l’engouement des supporters autour des matchs. Le travail a été bien fait et les gens m’ont encouragée. Dès lors, je me suis lancée », a-t-elle ajouté.
Elle évoque les défis qu’elle rencontre en tant que seule femme journaliste sportive, mais ne les considère pas comme des obstacles, car elle parvient toujours à s’en sortir sur le terrain. Elle précise qu’elle a toujours bénéficié du soutien de ses confrères et se sent « comme une reine parmi les hommes ». Elle affirme également apprécier les critiques, surtout lorsqu’elles sont constructives. « Si, sur le terrain, j’arrive à représenter le genre, le travail est fait. Je suis sûre que même parmi mille hommes, je peux défendre les femmes. On sentira qu’une femme dynamique et travailleuse est présente », dit-elle avec énergie.
Au studio Kalangou, Salamatou anime des émissions en français et en zarma. Elle a tenu à encourager les jeunes filles à s’intéresser au journalisme sportif, espérant que son exemple ouvrira la voie à d’autres femmes dans ce domaine. À cet effet, elle souligne son implication dans plusieurs actions de sensibilisation et exprime le désir de créer une plateforme pour intégrer davantage de femmes dans le journalisme sportif tout en mentionnant qu’elle pourrait bientôt réduire ses activités sur le terrain en raison d’autres responsabilités professionnelles.
Le chef service des sports d’alors à la RTN, M. Djibrilla Namalka, a indiqué que lorsque Salamatou était venue pour son stage académique avec ses camarades d’école, ils s’étaient dit avec Mahamadou Djingarey, « et si on essayait d’encourager ces jeunes filles à embrasser le sport, bien que ce ne soit pas leur tasse de thé ? ». « On lui avait dit d’oser et d’essayer, qu’elle ne regretterait pas d’avoir embrassé cette carrière, puisque le fait d’être un peu seule va lui ouvrir beaucoup de portes, et que chez nous, dans le sport, la porte est grandement ouverte à quiconque veut accompagner le développement du sport », a-t-il raconté.
M. Djibrilla Namalka pense que si Salamatou renforce ses capacités intrinsèques et sa documentation en suivant l’actualité sportive dans toutes les disciplines, elle va se frayer un chemin au point où elle-même ne regrettera pas d’avoir embrassé cette carrière de journaliste sportive. Il a tenu à encourager Salamatou à s’armer de courage, à faire preuve de lucidité, et à se mettre en tête qu’elle fait ce travail non pas pour quelqu’un, mais pour la nation nigérienne, parce qu’au-delà de tout, il y a le pays. Il l’a également invitée à prendre en compte les observations et remarques des aînés qui ont de l’expérience.
Assad Hamadou (ONEP)
