Lors de l’entretien
Dans le cadre du bilan de l’action gouvernementale, le ministre de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels, Pr Farmo Moumouni, était le mercredi 3 juin 2026 sur le plateau de la Radiotélévision du Niger (RTN). Au cours de cet entretien qui a duré plus d’une heure, Pr Farmo Moumouni a fait le point sur les réalisations enregistrées ainsi que les perspectives du secteur de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels.
Le ministre Farmo a rappelé l’évolution de son département ministériel qui se déroule entre naissance, renaissance et résurrection. Ce ministère a vu le jour en 2005 sous l’appellation ministère de la formation technique et professionnelle chargée de l’emploi des jeunes. Entre 2005 et 2007, le ministère change à peu près six fois de nom et sa dénomination actuelle date du 17 avril 2025. On peut donc dire que ce département est un ministère ressuscité qui a seulement 13 mois d’existence. « Le fonctionnement d’un ministère, la mise en œuvre de la politique sectorielle, le fonctionnement des services, de même que les investissements, dépendent du budget qui lui est alloué. Actuellement, le ministère a un budget de 17 milliards de FCFA. Pour vous donner quelques exemples tirés au hasard : le Sénégal, par exemple, accorde 123 milliards à ce secteur, la Côte d’Ivoire 182 milliards, le Maroc 244 milliards et l’Algérie 544 milliards. Mais au Niger, nous sommes raisonnables. Nous savons que le pays est en guerre, que les ressources sont rares. C’est pourquoi, nous travaillons à la mobilisation des ressources externes sans tomber dans la mendicité », a-t-il déclaré.
Pr Farmo Moumouni a mis en lumière deux défis majeurs de son département ministériel. Le premier est que le fonctionnement dudit ministère a été impacté par la mise en place lente du staff, par l’acquisition tardive du matériel de travail, mais aussi par le mouvement des agents entre le secteur de la formation technique et professionnelle et le secteur de l’éducation. Mais il faut dire également que le choix des hommes résolus à travailler pour l’intérêt général a également été un écueil. Le second trait, c’est l’existence dans ce ministère de cette chose qu’on appelle la matière d’œuvre. Objet de toutes les convoitises, objet de marchandage, de marché et donc de corruption. À ce propos, de nombreux agents répondent de leurs actes devant la CoLDEFF. « En ce qui concerne les agents indélicats qui ont été pris dans les filets de nos propres investigations, ils ont été contraints au remboursement et ils ont été éloignés des postes dans lesquels ils ont démontré leur capacité de nuisance », a relevé le ministre.
Selon Pr Farmo Moumouni, le ministère de la formation et de l’enseignement techniques et professionnels est un chantier immense. En termes d’infrastructures, le ministère dispose de 395 établissements tous niveaux confondus. Le ministère compte 4 444 agents composés notamment de titulaires, de bénévoles et des appelés du service civique national. « Nous disposons de 395 établissements, nous avons 1 610 classes. Le ratio de la norme est de 50 élèves par classe, mais en ce moment, nous en avons 60. Pour les ateliers, nous avons 790. La norme est de 20 apprenants par atelier », a-t-il expliqué.
Le ministre de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels a estimé que le budget alloué à son ministère n’est pas à la hauteur des ambitions. « Si l’on veut obtenir des résultats concrets, il faut multiplier ce budget par 10. Nous formons un corps dans lequel le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche représente la tête parce qu’il produit des ingénieurs. Je crois que la promotion de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels passe d’abord par une vision. Il faut savoir ce que l’on veut, où on va, afin de clarifier son itinéraire. C’est pour cette raison qu’en nous inspirant de la vision du Chef de l’État, bâtir un Niger nouveau où toutes les Nigériennes et tous les Nigériens unis et solidaires décident souverainement pour notre patrie dans l’intérêt supérieur de notre peuple, nous avons doté le ministère d’une vision qui peut être déclinée de la manière suivante : un enseignement et une formation techniques et professionnels au service de la prospérité, de l’indépendance et de la souveraineté du Niger », a-t-il affirmé.
Pr Farmo Moumouni a relevé que la promotion de l’enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels doit suivre trois avenues notamment celle des campagnes de communication, celle du développement justement des infrastructures et celle de l’adaptation de ce que le secteur offre au marché du travail. En ce qui concerne le premier point, c’est-à-dire les campagnes de communication, le ministère compte, selon le ministre, organiser des salons, des foires de l’emploi avec des entreprises d’État, mais également des entreprises privées. « Ce qui permettra à nos apprenants de s’informer, de s’orienter et de choisir, de faire des choix d’avenir. La promotion passe également par une communication, je dirais, écrite à laquelle je participe moi-même par mes écrits, mais fort est de constater que la portée est réduite », a-t-il précisé.
En ce qui concerne le développement des infrastructures, a-t-il poursuivi, cela répond à la nécessité de mettre les apprenants dans un environnement propice à l’apprentissage à travers la création de classes, d’ateliers, de laboratoires. « Il est essentiel enfin que nous adoptions notre offre aux besoins du marché. Il s’agit d’accorder la priorité au secteur porteur notamment le secteur agricole, le secteur pétrolier, le secteur minier, l’hydraulique, pour ne citer que ceux-là. Il faut qu’on arrive à leur faire croire que les filières que nous offrons mènent à des métiers honorables par lesquels ils peuvent contribuer à leur communauté et participer au développement du pays. De ce point de vue, je crois que le Lycée Technique Dan Kassawa de Maradi, le lycée Issa Beri ont produit des gens qui ont réussi », a-t-il indiqué.
Les réalisations et projets essentiels en cours
Au titre des réalisations, a dit Pr Farmo Moumouni, il y a eu la création en novembre 2025 de trois nouveaux lycées professionnels, un à Niamey, un à Maradi et un à Tillaberi. Il y a eu la création également en novembre 2025 d’un centre de formation professionnel et technique à Niamey, la création d’un centre de formation professionnelle pour les veuves et les orphelins de guerre à Zinder. A cela s’ajoute la création de trois lycées agricoles à Guidimouni, à Madawa et à Belende. « Nous avons obtenu avec la coopération algérienne la réhabilitation et l’extension du lycée de l’amitié Algérie-Niger. Mes réalisations portent également sur la sécurité. C’est qu’au cours de mes visites à l’intérieur du pays, j’ai constaté que nombre de nos écoles étaient construites au milieu de nulle part, sans aucune protection. Or, sans sécurité, il ne saurait y avoir ni enseignement, ni formation de qualité. C’est donc dans le souci de mettre nos apprenants, nos enseignants, nos équipements, nos matériels à l’abri de dangers multiformes que j’ai lancé l’opération dite ‘’zéro école aux quatre vents’’. Et cela a permis de lancer les travaux de construction de 8 murs de clôture. 12 ateliers sont en construction et 10 classes sont en construction », a-t-il ajouté.
Le ministre de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels a aussi évoqué que cette année le Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage Fonds d’Etat (FAFPA-FE) a, entre autres, financé les formations des jeunes, soutenu les entreprises et appuyé les institutions. « Cette année, 2 640 jeunes ont été placés en entreprise, 1 811 formateurs et agents d’entreprises ont été formés, 50 jeunes diplômés ont été reconvertis, 40 maîtres artisans ont été appuyés en équipements et 2 000 titres ont été offerts pour accompagner les jeunes », a-t-il précisé.
En ce qui concerne les programmes de développement, le ministre souligne que plusieurs programmes de formation ont été élaborés dans le domaine des industries pétrolières, la gestion de l’environnement, le génie électronique, la maintenance-réparation automobile, la mécatronique et l’énergie solaire photovoltaïque. « Il serait fastidieux que je cite les textes législatifs. Je me limite à dire que trois projets d’ordonnance ont été initiés, trois projets de décret, 32 arrêtés. Selon une impression largement partagée, l’enseignement et la formation techniques et professionnels a un visage privé. Mais la réalité est tout autre. En vérité, nous sommes présents sur l’ensemble du territoire national, ce qui n’est pas le cas du privé », précise Pr Farmo.
Un levier de lutte contre le chômage et vecteur de développement
Le ministre Farmo Moumouni a précisé que l’enseignement et la formation techniques et professionnels constituent des leviers pour lutter contre le chômage. Mais pour cela, il faut travailler à établir une adéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Il faut également créer des conditions de passage rapide entre l’école et l’emploi. « Les formations pratiques et l’entreprenariat permettent à nos jeunes de créer leurs propres emplois, donc de contribuer à l’économie du pays et à son développement. L’enseignement technique et professionnel doit être introduit dès le primaire de manière pratique et ludique, par exemple par le dessin, le modelage, la découverte des mécanismes, des machines, des outils. Également au niveau secondaire, par une combinaison d’enseignement général et d’enseignement technique », a-t-il estimé.
Les perspectives majeures attendues du ministère
Les perspectives renvoient aux ambitions du ministère qui consistent à lever au sein de la population la plus jeune, une armée de travailleurs, d’ouvriers spécialisés et d’ouvriers qualifiés, des ingénieurs qui construisent des routes, qui élèvent des édifices, qui, de proche en proche, élèvent le Niger au niveau de l’autosuffisance, de l’indépendance et de la souveraineté. « Pour ça, encore une fois, il faut des moyens qui soient à la hauteur de nos ambitions. Les défis sont colossaux, mais ils ne sont pas plus forts que notre détermination et notre volonté. J’appelle donc tous les agents du ministère, les collectivités territoriales, le secteur privé, les enseignants, les apprenants, les parents d’élèves et les syndicats à l’union pour qu’ensemble, nous surmontions ces écueils », a-t-il lancé.
Yacine Hassane (ONEP)
