Réflexions : ‘’Rodéos scolaires’’ : crise de jeunesse ou crise de société ?

Société
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«On se méprend quand on juge mineures les passions de jeunesse, ces incendies précoces. Certains cœurs sortent calcinés de l’enfance. Personne n’en porte le deuil. On sourit face aux cendres», écrivait avec justesse l’écrivaine française, Agnès Desarthe, dans son livre intitulé «L’éternel fiancé» ! C’est pourquoi l’éducation joue un rôle important dans le cycle de l’évolution ultérieure de l’enfant au sein de la société. Mais, la jeunesse, en tant que pan de la société, n’échappe pas aux vicissitudes auxquelles elle est souvent en proie.

A ce titre, la jeunesse est le symptôme de la société en général, c’est-à-dire qu’elle reflète fidèlement les multiples contradictions qui la caractérisent et la traversent de part en part. La société nigérienne d’aujourd’hui n’échappe sans doute pas à ce constat évident, face à certains actes, certaines dérives, auxquels l’on assiste ces derniers temps. Dans ces mêmes colonnes, nous avions, largement, évoqué la question de l’école pour souligner toute sa place dans le processus d’évolution du citoyen d’aujourd’hui et de demain. A ce sujet, nous avions déploré le délitement actuel de l’école publique nigérienne qui n’est plus, par la force des choses, la matrice formatrice de la citoyenneté première, sans doute, à cause d’un certain nombre de facteurs qu’il serait difficile d’examiner dans le cadre étroit d’un article de presse.

Aujourd’hui, assistons-nous à une faillite de nos instances disciplinaires avec tous ces excès que l’on observe ici et là, ces dérives sociétales qui font perdre la tête aussi bien aux parents qu’à leurs progénitures ? Comment comprendre aujourd’hui, que des gamins du collège, des mineurs au sens juridique du terme, puissent conduire de grosses cylindrées et s’adonner à des rodéos périlleux dans les rues de Niamey au point de s’exposer eux-mêmes, et avec eux les autres usagers, à des risques hautement potentiels d’accidents mortels ? On nous dit que des décisions des autorités compétentes ont été prises pour interdire ces pratiques dangereuses, mais force est de constater que leur strict respect reste encore à désirer.

Très malheureusement, le mardi 15 février dernier, une de ces mauvaises pratiques a fini par le drame : un élève fauché par une balle tirée par un agent de sécurité en faction au domicile d’une haute personnalité. Le drame en question serait, sans doute, à mettre sur le compte d’une méprise, d’une erreur, car des cas précédents du genre auraient probablement suscité l’instinct de la gâchette chez la sentinelle. A titre de rappel, l’on se souvient de l’attaque dont avait été victime la résidence du Président de l’Assemblée Nationale par des individus armés, ainsi que celle ayant visé le domicile du feu Ministre Ben Omar. On peut imaginer que ces scolaires à bord du véhicule croyaient qu’en agissant comme ils l’ont fait, ils ne représentaient un danger pour personne, mais les agents de sécurité qui sont constamment sur leurs gardes, eux, ne pouvaient savoir cela. Et voilà, hélas, que ce fut la tragédie !

A qui la faute, pourrait-on tenter de se poser la question ? Sans vouloir en rajouter à la peine qui étreint la famille éplorée et à la vive émotion ressentie par l’opinion nationale, l’on pourrait, de prime abord, pointer la responsabilité de ce drame à une certaine démission parentale que l’on observe, ces derniers temps, dans la société nigérienne. Une défaillance parentale qui donne beaucoup de liberté aux enfants en général, au point d’oublier les grands risques auxquels ces excès de liberté peuvent les exposer parfois, et aussi exposer la vie des autres citoyens. Il en est ainsi de la liberté que les parents accordent à leurs enfants mineurs de conduire des voitures. Le phénomène a pris une telle proportion que, parfois, ces gosses ne disposent même pas d’un permis de conduire, mais sont autorisés par des parents insouciants à être au volant de superbes bolides pour aller à l’école.

Plus grave, ces jeunes cascadeurs au volant de ces grosses cylindrées circulent dans les artères de la capitale en défiant toutes les règles élémentaires de la bonne conduite automobile ainsi que de la sécurité. On ne sait plus combien d’accidents mortels commis par ces jeunes sont restés impunis. Il se trouve en effet que, le plus souvent, les fautifs prennent la fuite au volant de véhicules sans plaque d’immatriculation. Comme si l’intention de nuire était déjà là !….

En définitive, qui veut-on imiter à travers de telles pratiques ? Quoi qu’il soit, il apparait clairement évident, aux yeux de tous, qu’il est temps de mettre de l’ordre dans la maison pour arrêter l’hécatombe.

Par Zakari Alzouma Coulibaly(onep)