Dr Abdou Ibro Hamid
L’apnée du sommeil est un trouble respiratoire chronique caractérisé par des arrêts ou des diminutions du flux respiratoire pendant la nuit. Il y a des apnées du sommeil qui sont centrales, dont la cause est cérébrale, et celles qui sont périphériques, dues à une obstruction. Lorsqu’il y a une obstruction, le plus souvent, elle est causée par un relâchement des muscles au niveau de la gorge. Quand les muscles relâchent, ils ont tendance à obstruer, à bloquer les voies aériennes, empêchant ainsi de respirer correctement.
Dans la majorité des cas, explique Dr Abdou Ibro Hamid, la somnolence chez les personnes atteintes de l’apnée du sommeil est due à la fragmentation du sommeil. L’oxygène n’arrive pas à passer dans les voies aériennes pour arriver au niveau du poumon. « De telle sorte que le patient est en hypoxémie, c’est-à-dire une diminution, une chute de l’oxygène dans le sang. Ce sont ces mécanismes qui empêchent le corps et le cerveau d’atteindre des phases de sommeil profond. S’il y’a pas suffisamment d’oxygène, le corps et le cerveau n’arrivent pas à se reposer », confie le cardiologue.
S’agissant même du sommeil, selon lui, il est de deux types. Il y’a un sommeil qui est profond et réparateur. « C’est le sommeil qui permet à la personne de ne pas être fatiguée en matinée. Mais, s’il y’a un défaut d’apport en oxygène, la personne n’aura pas de sommeil profond et réparateur. Faisant en sorte qu’au cours de la journée, elle va se sentir fatiguée. Durant la nuit, on se réveille et s’endort à plusieurs reprises suite au manque d’oxygène. Ce qui explique qu’en général, en matinée, quand le patient se réveille, il sent la fatigue comme s’il n’avait pas dormi toute la nuit », poursuit le praticien.
Le premier signe permettant de suspecter cette maladie, indique Dr Abdou Iro Hamid, est la fatigue. « Malgré la nuit passée, le patient est tout le temps fatigué. Il y’a la fatigue persistante, des maux de tête, et la somnolence. Au cours de la journée, la personne va passer son temps à somnoler. Ça peut aussi être des troubles neurologiques tels qu’une hyper irritabilité ou des ronflements au cours de la nuit », indique-t-il.
Pour ce qui est de la prise en charge, elle peut être pluridisciplinaire associant les pneumologues, les cardiologues et les médecins ORL voire les stomatologues. Cette prise en charge repose sur le régime hygiéno-diététique qui va nécessiter une perte de poids pour lutter contre l’obésité ou le surpoids, limiter ou arrêter la consommation d’alcool et du tabac. Parfois, une chirurgie est nécessaire, surtout si la cause est une obstruction due à une malformation mandibulaire. Dans ce cas précis, des orthèses d’avancée mandibulaire sont placées pour les cas modérés, et pour les cas sévères, une technique de traitement appelée ‘’pression positive continue’’ est adoptée », précise le cardiologue.
L’apnée du sommeil ne se transmet pas d’une personne à une autre
Selon Dr Abdou Ibro Hamid, l’apnée du sommeil n’est absolument pas une pathologie contagieuse. Il s’agit d’un trouble respiratoire dont la cause peut être mécanique ou neurologique, a-t-il fait savoir.
Les complications, dit-t-il, sont surtout cardiovasculaires à cause du manque d’apport en oxygène qui augmente du cœur, obligé de fournir un effort supplémentaire pour compenser ce manque d’oxygène. « Cet effort peut à la longue entrainer des troubles du rythme cardiaque, une insuffisance cardiaque, une augmentation de risque d’accident vasculaire cérébrale. Hormis ces complications cardiovasculaires, il y’a des complications métaboliques, notamment le développement d’un diabète de type 2, le surpoids, l’obésité, sans oublier les complications neurologiques et neuropsychiatriques telles que l’hyper-irritabilité, la dépression, la somnolence, la fatigue, la perte de mémoire », affirme le cardiologue.
D’après le praticien, il peut y avoir un impact social et professionnel pouvant entrainer une perte d’emploi parce que « le patient va passer une très mauvaise nuit et se rendre au service épuisé et très irritable, pouvant conduire vers la dépression ». Il souligne que toute personne, malade ou pas, doit maintenir un poids correct, avec un indice de masse corporelle inférieur à 25 kg/m2. Elle doit aussi adopter une activité physique régulière, lutter contre certains facteurs de risque cardiovasculaire tels que l’hypertension, le diabète, la dyslipidémie. « L’éviction de l’alcool, du tabac et souvent la prise de somnifères, peuvent cependant aider à garder les voies respiratoires ouvertes et améliorer la qualité du sommeil », a-t-il affirmé.
Farida. A. Ibrahim (ONEP)
