Souley Koiro
Deux jeunes musiciens, tous originaires du département de Madawa, région de Tahoua, combinent leurs connaissances en chantant au rythme de leurs instruments traditionnels pour apporter de la joie et de la bonne humeur au public lors des événements festifs à Dosso. Le plus âgé dénommé Souley Koiro accompagne les mélodies de sa voix émouvante avec son ekonting, un instrument à cordes africain, tandis que le plus jeune appelle à la danse et à la célébration avec le son de son tam-tam.
« C’est le commerce de la musique qui nous a amenés à Dosso depuis trois ans de cela. Je n’ai pas d’autres activités que la musique traditionnelle. A travers notre musique, nous faisons la promotion de tout ce qui avantage les gens. Notre musique apporte la joie et le sourire aux lèvres. Actuellement, les musiciens qui sont là, qui viennent de partout, ne connaissent pas cela. Ils sont toujours étonnés de voir comment nous faisons la musique sans brancher les instruments », a indiqué Souley koiro.
Depuis son enfance, la musique traditionnelle a toujours été sa grande ferveur, sa source constante d’inspiration qui l’a façonné et guidé tout au long de sa trajectoire artistique. « Ce qui m’a entraîné dans le monde de la musique traditionnelle, c’est une citation qui, traduite en français, dit «Quiconque laisse la maison, la maison le laisse» . Et moi, je n’ai pas laissé ma culture et ma tradition, car elles sont la force d’une personne. Enfant, j’ai passé beaucoup de temps avec mes grands-parents et j’ai vu toutes les traditions. Voilà, maintenant que c’est une époque où la tradition est en train de disparaître, nous devrons la maintenir avec notre musique », a-t-il dit avec un ton confiant, souriant.
Au cœur de cette musique traditionnelle, l’ekonting, un instrument à cordes ancestral, se distingue par sa beauté et sa sonorité unique. Il est confectionné pour produire des mélodies émouvantes qui captivent les cœurs. « Cet instrument, nous le confectionnons avec une calebasse couverte de peau de varan qui sert de caisse de résonance, un manche en bois long et étroit avec trois cordes, un chevalet pour supporter les cordes et le cordier qui fixe les cordes au manche. On n’utilise rien en dehors de ces instruments », a expliqué Souley Koiro.
Chantant dans sa langue maternelle, le haoussa, ce musicien captive le public d’autres localités avec ses paroles et sa musique envoûtante, créant ainsi une connexion profonde avec son auditoire. « Pour vous dire, même en Amérique je suis allé ; j’ai parcouru 7 pays en Afrique. Donc ce n’est pas difficile pour moi, étant haoussa, de partir dans les régions Zarma pour chercher à vendre ma musique. Nous allons à des mariages Zarma, Haoussa et autres. Je suis allé au Nigeria (Lagos), Cotonou, Lomé, Ghana, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal, Gabon, pour ma musique traditionnelle. La musique traditionnelle m’a beaucoup apporté. Ce que je n’ai pas eu à travers cette musique, c’est uniquement une voiture et un avion. J’ai eu l’argent pour le mariage, tout ce qu’on peut faire à une personne, je l’ai eu. J’ai aussi construit une maison », a-t-il affirmé.
Utilisant sa musique comme un moyen pour s’exprimer, Souley Koiro n’a jamais abandonné face aux obstacles. Son véritable hic, c’est le manque de visibilité et de financement. « Ce que nous souhaitons, c’est que les gens nous prêtent main forte pour que la tradition revienne. Nous les appelons à ne pas oublier la tradition car elle est comme un grand livre d’histoire et de savoir transmis par nos aînés ; elle nous dit qui on est et d’où on vient », a-t-il mentionné.

S’agissant du jeune Maman Noura, ses mains dansent sur la peau tendue du tam-tam, créant des percussions contagieuses qui font bouger le pied et battre le cœur. « J’ai intégré son groupe parce que je suis quelqu’un qui aime beaucoup la tradition. Et comme nous sommes tous des frères d’une même localité, nous impressionnons les gens à travers notre savoir-faire. Tout ce que nous arrivons à gagner, nous le partageons équitablement. Des fois, nous donnons même à à la famille et à d’autres », a-t-il conclu.
Salima H. Mounkaila (ONEP)
