Dr Issa Abdoul Aziz
A. Les réformes et stratégies numériques
Dans le cadre de la digitalisation du processus des marchés publics, le Niger a pris plusieurs mesures formelles dont :
- Plateformes nationales : Le système SIGMAP-Niger (Système d’Information et de Gestion électronique des Marchés Publics) a été lancé fin 2016 et étendu par la suite. C’est une plateforme web centralisée (sigmap.marchespublics.ne) pour gérer les plans de passation, appels d’offres, avis d’attribution, contentieux, etc. Une nouvelle version SIGMAP 2.0 a été déployée depuis 2022 pour offrir plus de fonctionnalités et améliorer l’accès (mobile). Pour bien s’informer sur cet outil, la Direction Générale du Contrôle de Marchés Publics et des Opérations budgétaires (DGCMP/OB) a élaboré un MEMO SUR LE SIGMAP-Niger. Parallèlement, un portail national (www.marchespublics.ne ) diffuse publiquement tous les avis et décisions réglementaires. Ce portail régionalise aussi l’information via le portail UEMOA harmonisé des marchés publics ;
- Cadre réglementaire : L’arrêté n°0043/PM/CAB du 27 mars 2017 crée le système SIGMAP et en rend l’usage obligatoire. Puis l’ARCOP a publié un arrêté le 18 janvier 2023 qui élabore les modalités de dématérialisation des procédures de la commande publique (par exemple la signature électronique et l’approbation en ligne des contrats). Des circulaires explicatives (février 2023) ont précisé ces nouvelles dispositions. En outre, ARCOP et la DGCMP organisent conjointement des ateliers et formations pour familiariser les acteurs aux procédures électroniques ;
- Diffusion des informations : Depuis 2025, l’ARCOP accepte officiellement les versions électroniques des documents (plans annuels, avis d’appel, avis d’attribution) pour publication dans son journal, l’Hebdomadaire de la Commande Publique. Cela complète l’envoi classique papier et témoigne de la transition progressive des supports ;
- Initiatives d’accompagnement : Des projets appuient cette évolution. Par exemple, en 2019 l’AFD (Agence Française de Développement) a financé un programme de 700 000 € pour renforcer l’administration numérique (Agence National de Sécurité de système d’information), incluant le secteur des marchés publics. À l’échelle régionale, des études et réunions (2023) portent sur le développement de nouveaux modules logiciels pour la passation électronique (gestion des soumissions, des contrats, etc.), en coordination avec les partenaires de l’UEMOA. Il existe donc au Niger des exemples concrets des outils de la digitalisation.
B. Les outils de la digitalisation
- SIGMAP-Niger (www.sigmap.marchespublics.ne ) est la plateforme opérationnelle principale. Chaque acheteur public saisit dans SIGMAP son plan de passation, publie les avis d’appel d’offres et d’attribution, et gère le contentieux administratif. La création d’un compte SIGMAP se fait sur demande écrite à la DGCMP, qui attribue des habilitations aux administrateurs de chaque structure.
- Portail des marchés publics (www.marchespublics.ne ) publie en ligne tous les appels d’offres ouverts et avis d’attribution. Il offre un accès public aux informations (par ex. listes rouges des entreprises exclues) et met à disposition des utilisateurs guides et circulaires. Les données saisies alimentent automatiquement le site. Ce portail est lié à SIGMAP ;
- Hebdomadaire de la Commande Publique (HCOP) : bulletin officiel édité par l’ARCOP. Depuis fin 2025, les documents de passation peuvent être envoyés en format électronique pour publication, réduisant le recours aux versions papier. L’ARCOP rappelle que la publication dans l’HCOP est gratuite, ce qui allège les coûts pour les administrations et entreprises ;
- Portail régional UEMOA : Le Niger participe au SIGMAP-Plateforme UEMOA, un système de marché public électronique harmonisé dans la zone. Les données nationales sont ainsi interconnectées au plan régional, favorisant la transparence transfrontalière.
- Projets pilotes/études : La DGCMP et les partenaires (Banque mondiale, CEDEAO, etc.) ont lancé des études d’évaluation et de conception de modules complémentaires (e-procurement avancé, gestion contractuelle). Des ateliers de restitution d’audits 2021-2023 ont mis en lumière l’impact de la dématérialisation et les chantiers à venir. Suite à ces études des avantages de la digitalisation ont été constatés.
C. Les avantages constatés
La digitalisation a rapidement dégagé plusieurs avantages :
- Gain de temps et d’efficacité : Le traitement automatisé des dossiers réduit les lenteurs administratives. Les informations sont saisies et consultables en temps réel, évitant les envois postaux ou multiples copies papier. On constate « un gain de temps dans la collecte et la transmission d’information » grâce au traitement informatique ;
- Réduction des erreurs et des coûts : Les plateformes structurées limitent les risques d’erreurs de saisie (champs obligatoires, contrôles automatiques). Elles diminuent aussi les coûts liés à l’impression et la diffusion des documents : par exemple, la nécessité de publier dans les journaux officiels est atténuée (le HCOP étant gratuit). Sur le plan macro-économique, la numérisation des marchés publics est vue comme « économiquement transformationnelle », avec un rapport coût/bénéfice très favorable ;
- Transparence accrue : Publier en ligne les appels d’offres et résultats permet à tous les acteurs (entreprises, citoyens, ONG) de suivre la commande publique. Les données étant accessibles publiquement, les risques de malversation diminuent. L’Open Contracting rappelle que l’e-procurement améliore la concurrence et l’intégrité des marchés. De fait, la mise en place de SIGMAP a rendu plus systématique la publication des décisions et la disponibilité des informations à jour ;
- Accessibilité pour les PME : Les petites entreprises ont désormais un point d’entrée unique pour consulter les opportunités. L’accès direct à internet et à des notices électroniques favorise leur participation. Selon certaines études, la dématérialisation devrait augmenter la productivité jusqu’à 30 % et réduire jusqu’à 40 % le coût d’accès des PME aux marchés publics. (Ces chiffres illustrent les gains potentiels.)
Il est vrai que les avantages sont visibles mais, y’a-t-il pas encore des défis à relever ? Le Niger, est-il prêt à répondre à ces défis ? Malgré ces progrès, plusieurs difficultés subsistent. En tout cas, ils sont énormes surtout dans le domaine de la révolution numérique. La modernisation de l’administration au Niger est-elle au rendez-vous ? Dans le domaine du processus des marchés publics on relève ainsi des défis.
D. Les défis à relever
- Connectivité et inclusion : Avec seulement 17 % de la population en ligne (et moins de 1 % en zone rurale), de nombreux acteurs ont encore un accès limité au numérique. Les administrations éloignées ou les entreprises rurales peinent à utiliser SIGMAP faute d’internet stable ou de compétences informatiques ;
- Formation et adaptation : Passer au numérique exige un apprentissage. Certains personnels n’étaient pas ou ne sont pas encore préparés aux outils informatiques. Il faudra donc des formations répétées. Le manque d’expertise interne peut générer des lenteurs ou des erreurs (p. ex. difficultés à charger des fichiers volumineux ou à naviguer dans l’interface) ;
- Cybersécurité et fiabilité : Le stockage et le transfert électronique de données sensibles (offres financières, documents confidentiels) soulèvent des enjeux de sécurité. Le Niger affiche un indice de préparation faible (score 47 %) pour les systèmes e-gouvernementaux, ce qui implique qu’il faudra renforcer la protection contre les cyberattaques et garantir la disponibilité du service (plans de secours, hébergement sécurisé, etc.) ;
- Partie manquante du processus : Actuellement, le SIGMAP couvre surtout la publication des avis et la formalisation des plans d’achat. Comme le souligne l’Open Contracting, « en moyenne, les acheteurs publics ne peuvent effectuer que 3 à 8 étapes sur 10 électroniquement ». Autrement dit, la réception en ligne des offres, leur évaluation automatique, et la gestion complète du contrat ne sont pas entièrement intégrées dans tous les pays. Au Niger, le déploiement reste progressif et certaines étapes (dépôt des dossiers physiques, échanges par courrier) perdurent pendant la phase de transition ;
- Aspects organisationnels et financiers : Le financement à long terme du système doit être assuré (redevance, budgets d’État) pour couvrir maintenance, support et améliorations. Il faudra également institutionnaliser la coordination entre les différents acteurs (ARCOP, DGCMP, ministères, entités contractantes) pour tenir à jour les plateformes et les données.
En somme, aujourd’hui, le Niger fait partie des bons élèves dans le processus de la modernisation de l’administration de façon générale et surtout dans les procédures des passations des marchés publics et des délégations de service public de façon particulière.
La digitalisation du processus des marchés publics représente une transformation majeure pour l’administration publique. Elle permet de renforcer la transparence, de réduire les risques de corruption, d’améliorer la performance opérationnelle et de favoriser une participation plus large des entreprises, notamment les PME. Elle contribue également à une meilleure gouvernance grâce à la traçabilité des opérations, la sécurisation des documents et la disponibilité de données fiables pour l’analyse et le contrôle. Toutefois, cette transition nécessite un investissement dans les infrastructures numériques, la formation des acteurs et l’adaptation du cadre juridique.
Certes, la digitalisation n’est pas seulement une modernisation technique, c’est un véritable instrument d’amélioration de la gouvernance et de l’efficacité de la commande publique. Mais beaucoup restent encore à faire. Les enjeux sont là et les défis à relever sont présents. Que faut-il faire encore pour rendre beaucoup plus fiables.
Quelles sont les solutions numériques envisageables pour répondre aux défis et rendre les procédures de la commande publique fiables, transparentes et sécurisées.
Par M. Issa ABDOUL AZIZ, Cadre administratif Spécialiste en Passation des Marchés Publics et des Délégations de Service Public à la Direction Régionale de Niamey (DREN/A/PL)
