Des animaux dans un champ de pâturage
Surfer sur la vague AES pour faire rire la vache sahélienne, une mine inépuisable de richesse, sera une belle réponse à la nouvelle donne née du divorce entre les Etats du Sahel et la CEDEAO. La rupture requiert en effet un gros consentement de sacrifices et le développement par les peuples et leurs décideurs de nouvelles compétences et ressources afin de s’adapter au nouveau contexte.
Source d’énergie et de mouvement, la vague est vitale pour un surfeur. Elle lui permet de glisser, de progresser et de réaliser des actions prodigieuses qu’il n’aurait pu accomplir dans un contexte non favorable.
En septembre 2023, les chefs d’Etat du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont pris la courageuse et historique décision de se munir d’une planche triplace et de surfer sur la vague AES. L’acte posé est consécutif à l’incompréhensible menace brandit par la CEDEAO sur le peuple frère du Niger qui a décidé de prendre son destin en main suite au renversement du régime de Mohamed Bazoum.
La déferlante vague sahélienne a ainsi permis aux trois vaillants leaders de mutualiser leurs efforts dans plusieurs secteurs en vue d’atteindre des objectifs communs pour le bien-être des populations. Front conjoint contre l’hydre terroriste, mise en circulation du passeport biométrique AES, réalisation d’infrastructures pour renforcer la connectivité des territoires, réalisation de projets culturels, sportifs et éducatifs, harmonisation du discours diplomatique afin d’affirmer la souveraineté régionale, lancement d’une chaîne d’information AES, création d’une Banque d’investissements AES.
L’une des missions de la nouvelle institution financière inaugurée à Bamako est le financement de projets structurants qui existent à profusion. On peut citer entre autres, la création massive d’industries dans le florissant secteur de l’énergie solaire, l’exploitation efficiente des alternatives au démodé combustible bois et charbon, au très polluant emballage plastique à usage unique, à la vieille, anachronique et improductive houe que fuient systématiquement les jeunes ruraux, l’agro-industrie etc.
Le sous-secteur de la production animale tient une place centrale dans cette kyrielle d’initiatives de grandes envergures. Le cheptel du Mali leader de l’UEMOA avec plus de 14 millions de têtes de bovins, ajouté à ceux de ses frères du Faso et du Niger représentent une part importante du volume total de la sous-région, du coup un pilier stratégique pour leur économie.
Rieuse et hilare parce que très bien nourrie et soignée, la vache française (La vache qui rit) produit plus de 23 milliards de litres de lait annuellement et génère 31,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires (produits laitiers) et 300 000 emplois directs. Elle contribue ainsi de manière significative au Produit Intérieur Brut (PIB) et à la subsistance d’une grande partie de la population.
Environ 40% de sa production est exporté notamment dans le Sahel dont le marché d’une façon scandaleuse est inondé de marques de lait. De sa France natale et avec sa gaieté légendaire, elle vient narguer sa cousine sahélienne qui, affamée peine à mugir.
A l’inverse, la transhumante vache sahélienne, déclencheuse invétérée du sempiternel conflit entre éleveurs et agriculteurs se nourrit d’emballage plastique jeté dans la nature faute d’herbes fraîches en saison sèche. Chétive et pauvre en viande et en lait, sa triste condition ne lui permet ni de créer des emplois ni de générer des richesses.
Le Forum sur le Développement de l’Agriculture dans l’espace de la Confédération des États du Sahel tenu à Bamako en septembre dernier a posé les bases d’une coopération régionale durable. Présagerait-il un avenir meilleur pour la vache sahélienne ? Ou accoucherait-il d’une souris ?
Ces questions méritent d’être posées eu égard au fait que nos décideurs sont souvent coutumiers des grandes décisions dont les conclusions tardent à produire l’effet escompté ou dorment dans les tiroirs.
Le potentiel de la production animale (l’espèce bovine en particulier) est une mine inépuisable de richesse et un important levier de souveraineté alimentaire pour le Sahel. Tous ses produits, dérivés et sous-produits : lait, viande, cuir, bouse, corne et sabot représentent des matières valorisables à l’échelle industrielle.
Les PIB cumulés des trois pays qui représentent 70% de celui de la Côte d’Ivoire témoignent de notre statut de pays très pauvres et sous industrialisés. Raison suffisante pour fouetter notre orgueil à agir autrement.
Nous n’avons nullement besoin de réinventer la roue. *L’hydroponie (ou fourrage hors sol) une technique agricole en pleine expansion offre une solution clé face au stress hydrique, à la rareté des ressources et une intéressante source de revenus aux milliers de jeunes désœuvrés, proies faciles au terrorisme. En sus, une dose de volonté politique dans la ferveur AES combinée au capital humain et à la ressource animale dont dispose abondamment la Confédération, donneront le sourire à la vache sahélienne. Autrement, son maintien dans sa misère actuelle continuera à légitimer la jubilation de la vache française dans nos assiettes.
La brûlante quête de souveraineté politique, diplomatique et économique qui nous anime nous commande de mettre fin au rire de la joyeuse vache gauloise dans notre espace. Les sous-produits de l’animal avec le label AES vaudront leur pesant d’or et représenteront l’un des plus beaux symboles économiques de notre alliance.
*Google : « Burundi : l’hydroponie, un espoir »
Tidiani Hassimi Soumbounou, Citoyen AESien du Mali, E-mail : bahtidjo@yahoo.fr
Tél : 76 44 37 98 – 62 64 05 23
